‹ Auguste Comte et la philosophie positiveChapitre 50 sur 68 · RETOUR A L'ÉTAT THÉOLOGIQUE · texte numérisé non relu

RETOUR A L'ÉTAT THÉOLOGIQUE

mais de fictions de ce genre, voilà ce qu'il pensait et écrivait en 1851, dans un passage où j'aime à le retrouver. « Nous sommes, au fond, plus incapables de concevoir tous les corps comme vivants que comme inertes. Car la seule notion de vie suppose nécessairement des existences qui n'en soient pas douées.... Les êtres vivants ne peuvent exister que dans des milieux inertes qui leur fournissent à la fois un siège et un aliment, d'ailleurs direct ou indirect. C'est pourquoi le panthéisme métaphysique convient encore moins à notre intelligence que le pur fétichisme, dont il constitue, à vrai dire, une savante parodie. Si tout vivait, aucune loi naturelle ne serait possible; car la variabilité, toujours inhérente à la spontanéité vitale, ne se trouve réellement limitée que par la prépondérance du milieu inerte.... Ceux qui voulaient concevoir notre planète comme un immense animal, ne pouvaient avoir aucune idée générale de l'animalité; autrement, ils auraient senti qu'une telle hypothèse est profondément contradictoire. Les moindres lois physiques, même celles de la pesanteur, deviennent incompatibles avec une terre vivante, outre que les projectiles participeraient aussi à cette vie universelle. Nos prévisions quelconques, rationnelles ou empiriques, cesseraient alors de comporter aucune réalité, si d'ailleurs notre propre existence pouvait admettre cette absurde supposition ( 5i/5/èm6 de politique positive^ 1. 1, p. 440, 441).» Si ce sont des fictions, comme il le dit quelquefois, on ne peut en faire l'objet d'un culte ; aucun culte ne repose sur des fictions dont les croyants aient conscience. Si ce ne sont pas des fictions, comme il le dit d'autres fois, on n'y peut voir que des chimères. Le dilemme est insoluble. La pensée de M. Comte flotte d'une de ces deux alternatives à l'autre ; mais Tidée du culte finit par exclure la première et imposer la seconde. Écoutons-le en effet : « Élaborés par notre enfance et notre adolescence, les éléments synthé-

tiques de notre maturité n'ont besoin que d'être convenablement transformés pour constituer l'état normal. Une inaltérable trinité dirige nos conceptions et nos adorations, toujours relatives, d*abord au Grand Être, puis au Grand Fétiche, ensuite au Grand Milieu. Fondée sur la théorie de la nature humaine et sur la loi du classement universel, cette hiérarchie offre un accroissement continu du caractère propre à la synthèse subjective. On y vénère au premier rang l'entière plénitude du type humain, où l'intelligence assiste le sentiment pour diriger l'activité. Nos hommages y glorifient ensuite le siège actif et bienveillant dont le concours, volontaire quoique aveugle, est toujours indispensable à la suprême existence. Il ne se borne point à la terre avec sa double enveloppe fluide, et comprend aussi les astres vraiment liés à la planète humaine comme annexes objectives ou subjectives, surtout le soleil et la lune que nous devons spécialement honorer. A ce second culte succède celui du théâtre, passif autant qu'aveugle, mais toujours bienveillant, où nous rapportons tous les ar tributs matériels dont la souplesse sympathique facilite l'appréciation abstraite à nos cœurs comme à nos esprits {Synthèse subjective^ p. 24). »

Ailleurs il se sert des termes : le triumvirat religieux, la terre ou grand fétiche, l'espace ou grand milieu, l'humanité ou grand être. Il dit encore ; la trinité positive, l'espace, la terre, l'humanité. A ce besoin de trouver, coûte que coûte, le nombre trois et une trinité, on peut soupçonner des influences de son enfance catholique; car on sait que ces influences, tout endormies qu'elles paraissent, se réveillent parfois, non sans force, au déclin de la vie. Quoi qu'il en soit, le grand fétiche, le grand milieu et le grand être devenant l'objet d'un culte, on ne peut donner que le nom de théologie à un pareil ensemble qui nous présente les êtres à adorer et l'adoration à leur rendre. < La sagesse

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