‹ Auguste Comte et la philosophie positiveChapitre 51 sur 68 · RETOUR A L'ÉTAT THÉOLOGIQUE · texte numérisé non relu

RETOUR A L'ÉTAT THÉOLOGIQUE

: finale, dit-il, institue la synergie d*après une synthèse

L fondée sur la sympathie, en concevant toute activité dirigée

: par Tamour vers l'harmonie universelle (Synthèse subjective,

p. 9). » Dépouillée des mots abstraits qui la composent, cette phrase signifie que tout ce qui se fait, tout ce qui est œuvre de l'activité de la matière vivante ou inorganique, est dirigé vers Tharmonie universelle par l'amour. Cette proposition serait une très>suffisante définition de la providence théologique. Considérer le monde comme secondant l'humanité intentionnellement, qu'est-ce autre chose que croire à des volontés supérieures qui choient l'homme et lui arrangent sa terrestre demeure? Ainsi, tandis que la philosophie positive, fondée par M. Comte, avait posé que, délaissant les choses d'origine et de fin qui nous sont interdites, le savoir humain ne reconnaît que des lois générales toujours obéies, sans marque h nous visible, de volonté, d'amour ni de haine, voilà que les volontés conduites par M. Comte rentrent dans la philosophie et remettent les esprits au même point. La finalité, qui est, par essence, le caractère de la théologie, reparaît naturellement dans une théologie nouvelle.

Dans ce travail à vide de sa pensée, M. Comte ne s'est pas aperçu qu'il accolait deux régimes mentalement incompatibles. La théologie parle au nom des révélations; les personnes divines sont venues sur la terre; les ancêtres vénérés ont reçu de leur bouche les suprêmes commandements que transmettent des livres sacrés. En cet état, on comprend la force et l'efficacité des croyances. Ici, au contraire, qu'avons-nous? une fiction? mais une fiction volontaire n'est l'objet d'aucune croyance, au sens sérieux de ce mot. Une réalité? mais qui Voudra croire que la terre ait eu des volontés et de bonnes intentions pour le futur genre humain , et régler d'après cela son adoration et sa conduite ? Il est donc vrai de dire que de pareilles conceptions ne

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peuvent rentrer ni comme fictions ni comme réalitéfl, et que les deux régimes, le théologique et le positif, sont absolu* ment exclusifs l'un de l'autre; tenter de les réunir est une contradiction. Que la méthode subjective en reste chai^iée.

Mais je n'ai pas encore touché le point décisif et le nœud ; il faut y arriver. Dans les conceptions de la fin de sa vie, M. Comte confesse ouvertement que l'esprit humain ne peut se passer de croire à des volontés indépendantes qui interviennent dans les événements du monde. Si cela est vrai, l'esprit humain est nécessairement théologique, et il y aurait autant de folie à lutter contre cette nécessité que contre toutes les autres nécessités physiques ou oi^niques. Mais alors jamais n'a été fait aveu plus mortel à la philosophie positive. Elle repose sur cette donnée, que Tesprit humain n'est, nécessairement, ni théologien ni métaphysicien, et qu'il ne l'est que transitoirement S'il l'est nécessairement, de chétives conceptions ne peuvent entrer en compétition avec la théologie émanée des profondeurs de l'histoire et consacrée par la grandeur des institutions et des services. Mais, s'il ne l'est que transitoirement, alors la philosophie positive a place pour inaugurer un nouveau régime mental. En tout cas, il faut opter entre elle et les volontés.

Vouloir les faire régner ensemble, en plaçant les lois dans le domaine abstrait et les volontés dans le domaine concret, comme dit M. Comte, c'est perdre à la fois les avan* tages de l'un et l'autre régime, et former un composé qui n'a de nom dans aucune langue, de conception dans aucune philosophie, d'action dans aucune société. L'irrationalité évidente d'une conception, si c'est une conception, qui soumet à deux régimes contrahres, les phénomènes généraux et les phénomènes particuhers, la nullité d'une fiction, si c'est une fiction, qui est dénuée de toute autorité sur les croyances, tout cela montre qu'il ne s'agit plus ici de philo-

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Sophie, déductive ouinductive, mais que la méthode subjective a tout absorbé et a pris un empire absolu sur l'esprit de M. Comte. Sous cet empire, les plus simples notions de la biologie se sont obscurcies : le grand fétiche, la terre, reçoit en attribution Vinnervation, c'est-à-dire une fonction nerveuse, sans nerfs; Tintelligence lui est départie (p, 10), mais la pensée lui est refusée (p 8); l'action de ces fétiches s'exerce dans le sens de V amélioration j et pourtant elle est aveugky ce qui est contradictoire; car, étant aveugle, le fétiche ne peut discerner le bien faire du mal faire.

De tout cela, la méthode subjective est responsable. C'est de déduction en déduction qu'elle conduit ceux qui s'y livrent. Pour moi, de tels exemples m'attachent sans réserve à la méthode positive» que le dix-4ieuvième siàde doit au génie de H. Comte.

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