CHAPITRE XIII
Lettres à Miss Henriette Martinçi^u. -r- Lettres à M. Gélestin de Blignières, ancien élève de l'École polytechnique.
SoMMAiRB : Les trois lettres qui suivent sont adressées à Miss Martineau, qui, ayant terminé le beau livre dont il a été parlé ci-dessus, p. 277, en avait envoyé un exemplaire à M. Comte. M. Comte Ten remercie comme il convient; il salue avec bonheur cette association; et en effet Miss Marti neau s'est associée par cette œuvre à ses travaux et à sa gloire. Avec grénérosité, Miss Martineau fait une part k M. Comte dians les profils de la vente; avec générosité aussi, M. Comte n'accepte cette part qu'à la condition d'en faire un emploi impersonnel. Pourtant l'emphase habituelle à M. Comte lors d'un succès sô montre, quand il prétend voir dans le livre de Miss Martineau le signe d'une alliance entre les femmes et le sacerdoce de Thumanité; et il y a de la préoc • cupation à le présenter comme n'ayant pu émaner que d'une main féminine. On remarquera en outre la discordance de ses opinions sociologiques sur la femme, avec ses opinions biologiques (voy. p. 401).
« Mademoiselle,
« On m'a remis avant-hier Texemplaire que vous avez bien voulu m'adresser du précieux travail que vous venez de publier. J'en ai déjà lu la noble préface et Texcellente table, ainsi que quelques articles décisifs. Cette lecture me suffit pour caractériser la droiture, la justesse et la sagacité que vous avez constamment développées dans cette longue et difficile opération.
« Les esprits vulgaires s'étonneront seuls qu'une telle élal^oration émane de votre sexe ; |iiai3 les vrais philosophe3
sentiront au contraire qu*elle ne pouvait guère surgir ailleurs, puisque c'est surtout là que se trouvent aujourd'hui l'-esprit d'ensemble et la généreuse liberté, presque incompatibles avec le régime dépressif qui domine actuellement chez les hommesr, principalement même parmi les lettrés. Toutefois, si les femmes distinguées possèdent naturellement les dispositions mentales et morales qu*ezigeait une pareille entreprise, elles manquent encore, le plus souvent^ de l'initiation encyclopédique indispensable à son accomplissement. Cette éducation, qui, suivant le programme do grand Molière, procure des clartés de tout, sera certainement accordée h tous dans l'état normal de l'humanité régénérée par le positivisme. Mais elle est maintenant très-rare, et les femmes ne peuvent l'acquérir que d'après une suite persévérante d'efforts spontanés, dont la plupart d'entre elles ne sont pas susceptibles. Celles qui les comportent n'accomplissent ordinairement cette préparation théorique qu'en altérant leur cœur et même leur esprit par une vanité pédantesque, oubliant qu'une telle acquisition doit finalement devenir familière aux moindres intelligences.Une vraie supériorité cérébrale peut seule préserver d'un semblable danger, en fournissant d'avance, comme le fait spontanément l'ensemble de votre carrière, le véritable type de l'état féminin où la culture spéculative aboutit à développer Texistence affective.
« D'après l'opération capitale que vous avez heureusement conçue et dignement accomplie, ma Philosophie positive va bientôt acquérir un degré de sage propagation que je ne pouvais nullement espérer de mon vivant. Si, comme auteur, je vous en dois personnellement de profonds remercimentSy ce travail mérite surtout ma gratitude en accélérant la régénération à laquelle j'ai systématiquement voué ma vie. Grâce à vous, la pénible étude de mon traité fondamental ne reste indispensable qu'au petit nombre de