‹ Auguste Comte et la philosophie positiveChapitre 60 sur 68 · LETTRES A MISS HENRIETTE MARTINEAU · texte numérisé non relu

LETTRES A MISS HENRIETTE MARTINEAU

ceux qui veulent devenir théoriciens. Mais l'immense majorité des lecteurs, où la culture théorique est seulement destinée à préparer la raison pratique, peut désormais et même doit préférer la lecture habituelle de votre admirable condensation, qui vient pleinement réaliser un vœu que j'avais formé depuis dix ans^ En me plaçant, autant que possible, au point de vue de la postérité, je n'hésite pas à vous annoncer que vous avez rendu votre nom inséparable du mien, en exécutant le seul travail qui subsistera parmi tous ceux qu'a déjà suscités mon livre fondamental.

< Une telle association me fait espérer que vous lirez avec intérêt le grand ouvrage que je vais prochainement terminer, et dont celui que vous avez condensé fournit la base nécessaire. En attendant le quatrième et dernier volume, qui paraîtra dans six ou sept mois, j'ai remis hier les trois volumes déjà publiés de mon Système de politique positive à quelqu'un dont le voyage à Londres lui permettra bientôt de porter ce paquet chez votre éditeur, que je charge de vous le transmettre immédiatement.Vous y trouverez aussi mon Catéchisme positiviste, destiné surtout à propager chez votre sexe, par une sommaire exposition, la construction religieuse qui devait résulter de ma fondation philosophique, en remplaçant irrévocablement Dieu par l'Humanité, suivant la tendance croissante que votre sagacité dut sentir dans l'ensemble du traité que vous avez si fructueusement étudié.

« Avant que vous ayez examiné la religion positive autant que la philosophie correspondante, votre excellent travail vous fait involontairement concourir à son avènement, en honorant spontanément le sexe que le positivisme vient

1. L'étude du traité systématique de H. Comte reste indispensable. L'abrégé qu'en a fait Miss Martineau augmentera le nombre de ceux qui peuvent le lire , en en portant la connaissance et la doctrine en des cordes qui autrement y seraient demeurés étrangers.

entin placer au premier raog de la société normale. Ma fondation d'un nouveau pouvoir spirituel consiste surtout k mettre irrévocablement au service du sentiment l'intelligence, qui jusqu'ici fut essentiellement vouée à servir la force matérielle. De là résulte un intime rapprochement entre la classe contemplative et le sexe affectif, également opprimés aujourd'hui par une brutale activité. Mais cette combinaison décisive exige que chacun de ces deux éléments puisse assez participer au caractère de l'autre pour en subir dignement Tinfluence continue. L'ouvrs^ge que je vous envoie vous montrera comment j*ai rempli cette condition nécessaire, puisque je n'aurais pu Taccomplir sans la régénération morale que je dois à Tange auqij^l je l'ai justement dédié. D'une autre part, votre éminente élaboration constate irrévocablement que la prééminence affective de votre sexe ne l'empécbe point de développer l'aptitude spéculative qu'exige son concours normal avec le sacerdoce rénovateur.

« Je ne dois pas terminer cette lettre sans vous témoigner combien me paraissent judicieuse^, en général, les suppressions que votre projet vous a forcée d'opérer çnvers mon ouvrage. Celle qu'indique spécialement votre préface sur mon dernier chapitre d'astronomie reste même audessous de ce que je souhaitais. En effet, dans un projet, récemment avorté, de réimpression du second volume de ma Philosophie^ j'avais expressément recommandé de supprimer entièrement ce chapitre comme relatif à des questions qui doivent être irrévocablement écartées, en tant que oiseuses, même quand elles deviendraient assez accessibles. Mon traité spécial d'astronomie populaire élimina réellement en 1844 ce domaine sidéral ou cosmogonique. Parmi vos autres suppressions, je ne regrette jusqu'ici que celle du court passage que ce second volume consacre à l'éminente Sophie Germain, dont la mémoire philosophique

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