‹ Auguste Comte et le positivismeChapitre 13 sur 20 · MO AUGUSTE COMTE · texte numérisé non relu

MO AUGUSTE COMTE

l'accuser de s'être complètement mépris des le début de ses operations, — d'avoir conçu d'une manière fondamentalement fausse l'office propre d'une règle de conduite. IL commit l'erreur qu'on impute souvent, mais à tort, à la classe tout entière des moralistes unitaires : il voulut que la règle de la conduite en fût aussi le moteur exclusif. De ce que le bien de la race humaine est le critérium ultime du juste et de l'injuste, et de ce que la discipline morale consiste à entretenir la plus grande aversion possible pour toute conduite préjudiciable au bien général, M. Comte en infère que le bien d'autrui est le seul motif d'après lequel nous devions nous permettre d'agir, et qu'il nous faut nous efforcer d'étouffer la totalité des désirs qui tendent à notre contentement personnel, en leur refusant toute satisfaction qui n'est pas strictement exigée par les nécessités physiques. La règle cardinale de la morale, dans la religion de M. Comte, est de « vivre pour autrui ». Faire aux autres ce que nous voudrions qu'on nous fit, et aimer notre prochain comme nous-mêmes, sont des principes qui ne lui suffisent pas : ils participent, pense-t-il, de la nature des calculs personnels. Nous devons nous efforcer de ne pas nous aimer du tout. Nous n'y réussirons pas; mais nous devons en approcher le plus possible. *I1 ne faut rien moins pour le satisfaire, à l'égard de l'Humanité, qu'adresser à celle-ci le sentiment qu'offre à Dieu Thomas à Kempis, un de ses écrivains favoris : Ame m te plus quam me, nee me nisi propter te. Toute éducation et toute discipline morale ne doivent avoir qu'un objet : c'est de faire prévaloir l'altruisme (un mot de sa façon) sur l'égoïsme. Si cela voulait seulement dire que l'égoïsme est astreint tit doit être dressé à céder aux intérêts bien en-

tendus d'un altruisme compréhensif, aucun de ceux qui reconnaissent, en quoi que ce soit, une morale quelconque, n'aurait d'objections à faire à cette proposition. Mais M. Comte, s'appuyant sur le fait biologique que les organes se fortifient par l'exercice et s'atrophient faute d'usage, et fermement convaincu que chacun de nos penchants élémentaires a son organe cérébral distinct, pense que le grand devoir de la vie est non-seulement de fortifier les affections sociales par une pratique constante et par l'habitude de leur rapporter toutes nos actions, mais encore de paralyser par la désuétude, autant qu'il est possible, les passions et les inclinations égoïstes. Il faut même que l'exercice de l'entendement soit soumis, comme à une loi imperative, à la domination des sentiments sociaux sur l'intelligence, « du cœur sur l'esprit ». On doit mortifier les instincts physiques et autres instincts personnels, sans tenir compte des exigences de la santé corporelle, sur lesquelles d'ailleurs la morale de l'avenir n'insistera guère, de peur d'encourager « les calculs personnels ». M. Comte ne condamne que les austérités qui, diminuant la vigueur de la constitution, nous rendraient moins capable d'être utiles cà autrui. L'abandonnenient à toute jouissance, même en fait de nourriture, est par lui blâmé comme immoral, à moins que la santé et les forces ne le demandent. Les satisfactions de toutes sortes, sauf la satisfaction de nos affections, ne doivent être tolérées qu'à titre « d'infirmités inévitables ». Novalis disait de Spinosa qu'il était un homme enivré de Dieu; M. Comte est un homme enivré de morale. Toute question, avec lui, est une question de morale, et nul motif n'est permis, si ce n'est un motif de morale. Nous trouvons l'explication de ceci dans un tour

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