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leurs continuera d'être, comme à présent, une question d'arrangement volontaire entre eux et leurs patrons; le dernier recours, des deux côtés, étant le « refus de concours », ou en d'autres termes une grève ou coalition, avec l'ordre sacerdotal pour médiateur, en cas de besoin. Mais bien que les salaires doivent être une affaire de libre contrat, leur règle sera, non la concurrence du marché, mais la répartition des produits, dans une porportion équitable, entre les travailleurs relativement à leurs besoins, et l'employeur relativement à ses besoins et à sa dignité. Comme c'est un des principes de M. Comte, qu'on ne peut pas proposer une question d'une manière profitable si l'on n'essaie pas de la résoudre, il donne, dès le début, ses idées sur ce que doit être le revenu normal d'une famille ouvrière. Elles prennent de telles proportions qu'il n'y a pas à s'étonner qu'il juge nécessaire (tant qu'il ne se sera pas produit quelque grande extension dans les ressources scientifiques du genre humain) de limiter autant que possible le nombre de ceux qu'on doit soutenir avec la portion restante du produit. En premier lieu, l'habitation du travailleur, qui doit se composer de sept chambres, sera, avec tout ce qu'elle contient, sa propriété particulière : c'est la seule propriété foncière qu'il lui soit permis de posséder; mais chaque famille doit avoir la possession absolue de tout ce qui est destiné à son usage exclusif. Le logement se trouvant ainsi fourni d'une manière indépendante, et l'éducation ainsi que les soins médicaux étant assurés gratuitement par les arrangements généraux de la- société, la paye i\u travailleur doit se composer de deux parts : l'une mensuelle et dont le montant est fixé, l'autre hebdomadaire et proportionnée au produit de son travail. M. Comte fixe In
première à 100 francs par mois de vingt-huit jours, c'està-dire à 1300 francs par an : et le taux de la pièce d'ouvrage doit être calculé de façon à faire monter la seconde part à une moyenne de sept francs par jour de travail.
Conformément à la règle de M. Comte, qui est de charger tout fonctionnaire public de nommer son successeur, le capitaliste a le pouvoir illimité de transmettre son capital par don ou par legs, après sa mort ou sa retraite. En général, il vaut mieux qu'il le confère dans son intégrité k une seule personne, à moins que l'affaire ne permette une subdivision avantageuse. Il le laissera naturellement à un ou à plusieurs de ses fils si leur capacité est suffisante : et il est bon qu'il en soit ainsi, les richesses héréditaires étant, au jugement de M. Comte, préférables à celles qui sont acquises, parce qu'elles sont habituellement gérées d'une manière plus libérale. Mais la simple qualité de fils ne donne à ceux-ci aucun droit moral à cette fortune. M. Comte reconnaît ici encore un des principes sur lesquels reposera, croyons-nous, la constitution de la société régénérée. Il soutient (comme ont fait d'autres, dans la génération présente) que le père ne doit rien à son fils, hors une bonne éducation et un <ecours pécuniaire suffisant pour lui permettre de débuter avantageusement dans la vie; qu'il a le droit, et peut être moralement obligé, de laisser le gros de sa fortune à quelque autre personne ou à plusieurs autres individus convenablement choisis, qui lui paraissent devoir en faire, selon toute probabilité, un usaue plus profitable. C'est là le premier des trois points importants sur lesquels la théorie de la famille, selon M. Comte, toute fausse qu'elle soit dans ses fondements, croyons-nous, est cependant en avant des théories prédominantes et des
institutions existantes. Le second est la réintroduction de l'adoption, non-seulement au défaut d'enfants, mais pour accomplir les desseins et satisfaire les besoins sympathiques auxquels il peut arriver que certains enfants (comme il y en a) ne répondent pas. Le troisième est un point des plus importants, — l'incorporation des domestiques à la famille en qualité de membres véritables. Il est douteux qu'il y ait dans la présente constitution de la société rien de plus essentiellement vicieux, et de plus préjudiciable moralement aux deux parties que les rapports de maîtres à serviteurs. Rendre ces rapports réellement humains et moraux est un des principaux desiderata du perfectionnement social. Le sentiment du vulgaire de toutes les classes, qu'il y a quelque chose de particulièrement abject dans le service domesque, est un sentiment dont l'abjection n'est surpassée par aucun autre. Dans les temps féodaux, les jeunes nobles du plus haut rang s'honoraient de remplir des fonctions aujourd'hui qualifiées de serviles, auprès de la personne de ceux de leurs supérieurs des deux sexes pour qui ils éprouvaient du respect : et, comme l'observe M. Comte, il y a beaucoup de familles qui ne peuvent d'aucune aulre manière servir l'humanité aussi utilement qu'en veillant aux besoins corporels d'autres familles appelées à des fonctions qui exigent que toutes leurs pensées s'y dévouent. Nous ajouterons, par manière de supplément à la doctrine de M. Comte, que, même dans les familles opulentes, une grande partie du travail physique quotidien du ménage pourrait (si de sottes notions de dégradation, communes à toutes les classes, n'intervenaient pas) être accomplie avec avantage par la famille même ou tout au moins par les plus jeunes de ses membres, à qui cela donnerait un exer-
cice salutaire du corps (qu'on va aujourd'hui chercher dans des pratiques infiniment moins utiles), ainsi qu'une connaissance familière des travaux réels du monde, et une disposition morale à prendre leur part de ses charges : toutes qualités qui, chez la grande majorité de ceux qui sont le plus à leur aise, ne reçoivent aujourd'hui aucune culture.
Nous avons encore à parler des fonctions directement politiques des riches, ou, comme les appelle M. Comte, des patriciens. Le gouvernement politique tout entier sera dans leurs mains. Mais auparavant, les nations existantes doivent être morcelées en petites républiques, dont la plus grande ne dépassera pas l'étendue de la Belgique, du Portugal ou de la Toscane, vu que des nationalités plus considérables sont incompatibles avec l'unité de besoins et de sentiments qui est nécessaire, non-seulement pour donner la force convenable au sentiment du patriotisme (toujours très-puissant dans les petits États), mais encore pour prévenir une compression injuste; car aucun territoire, pense M. Comte, ne peut être gouverné d'un centre éloigné sans oppression. L'Algérie sera donc abandonnée aux Arabes, la Corse à ses habitants, et la France proprement dite doit être, avant la fin du siècle, divisée en dix-sept républiques, lesquelles correspondent au nombre des grandes villes, sauf Paris, qui (est-il besoin de le dire?) succède à Rome en qualité de métropole religieuse du monde. L'Irlande, l'Ecosse et le pays de Galles doivent être séparés de l'Angleterre, qui, naturellement, se détachera de toutes ses dépendances transmarines. Dans chaque État ainsi constitué, l'autorité gouvernementale sera remise à un triumvirat composé des trois principaux banquiers, qui doivent respectivement prendre les départements des affaires étrangères, de l'intérieur et
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des finances. On ne voit pas bien clairement comment ils pourront conduire le gouvernement et rester banquiers; mais il faut que M. Comte entende leur faire cumuler les deux emplois, car il n'attache à l'office politique aucune rétribution pécuniaire. Leur pouvoir équivaudra à une dictature (c'est son propre mot); il est donc mal fondé à dire qu'il donne le pouvoir aux riches, puisqu'il le confie, pour l'exercer sur les riches aussi bien que sur tous les autres, à trois d'entre eux, non pas même choisis par le reste de leur classe, mais nommés par leurs prédécesseurs. Alin de mettre un frein à l'autorité des dictateurs, la liberté de parler, d'écrire, d'imprimer et de s'associer à volonté doit être complète; et tous les actes importants du gouvernement, sauf en cas d'urgence, doivent être annoncés assez longtemps d'avance pour assurer une ample discussion. Ceci constitue, avec l'influence du Pouvoir Spirituel, les seules garanties qu'il y ait contre le mauvais gouvernement. Quand on considère que l'autorité suprême tout entière, chez chacune des nations qui composent le genre humain, se trouve ainsi confiée à quatre hommes seulement — car ie Pouvoir Spirituel doit être sous la direction entière et absolue d'un seul Pontife pour toute la race humaine — on demeure épouvanté devant le tableau de la sujétion et de la servitude complètes qui nous sont recommandées comme étant le dernier et le meilleur résultat de l'évolution de l'Humanité. Mais cette conception devient terrifiante, quand on nous dit de quelle façon on entend que l'unique Grand- Prêtre de l'Humanité emploie son autorité. C'est l'exemple le plus instructif que nous connaissions des aberrations effroyables auxquelles un esprit puissant et compréhensif peut être conduit par la poursuite exclusive d'une idée unique.
L'idée unique de M. Comle, sur ce point, esl que l'intellect doit être entièrement surbordonné aux sentiments; ou, pour faire passer sa pensée de la langue sentimentale dans la langue logique, que l'exercice de l'intellect, comme de toutes nos autres facultés, doit avoir pour seul objet le bien général. Tout autre emploi de l'entendement doit être réputé, non-seulement vain et frivole, mais moralement coupable. Étant entièrement redevable à l'Humanité de la culture d'où dépendent nos facultés mentales, nous sommes obligés, en retour, de les consacrer entièrement à son service. Une fois que M. Comte a décidé qu'il devrait en être ainsi, il n'y a plus qu'un pas, pour lui, de là à la conclusion que le Grand-Prêtre de l'Humanité doit veiller à ce que cela soit ; et c'est sur ce fondement qu'il organise un système élaboré dont le but est la suppression de toute pensée indépendante. Il n'invoque pas, à la vérité, le bras de la loi, ni ne demande aucunes prohibitions. Le clergé doit n'avoir aucun monopole. Chacun peut cultiver la science, s'il en a les moyens; écrire et publier, s'il peut trouver des lecteurs; s'adonner à l'enseignement privé, si quelqu'un consent à recevoir ses leçons. Mais, comme les seuls individus que le corps sacerdotal n'absorbera pas dans son sein, sont ceux qu'il jugera intellectuellement ou moralement incapables d'exercer de pareilles fonctions, tous les précepteurs rivaux seront, ainsi que le calcule M. Comte, si bien discrédités d'avance, que leur concurrence ne sera pas redoutable. Dans le sein du sacerdoce même, le Grand- Prêtre a le pouvoir de veiller à ce qu'il n'y ait pas d'opinions ni d'exercice de l'esprit autres que ceux qu'il approuve; car il décide seul des devoirs et de la résidence de tous les membres du Clergé, et peut même les expulser
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de ce corps. Avant de nous résoudre à vivre sous celte règle, nous (''prouvons la curiosité bien naturelle de connaître de quelle façon on doit l'appliquer. L'Humanité n'a encore eu qu'un Pontife, et c'en est un dont l'aptitude mentale pour ce poste ne sera probablement pas souvent surpassée : c'est M. Comte lui-même. Il est de quelque importance de savoir quelles sont les idées de ce Grand- Prêtre touchant le gouvernement, moral et religieux de l'entendement humain.
Une des doctrines sur lesquelles M. Comte insiste le plus vivement dans ses derniers écrits, est que, durant l'évolution préliminaire de l'humanité à laquelle la fondation du Posilivisme a mis fin, le libre développement de nos forces de toutes sortes était l'affaire importante; mais que, dorénavant, ce qui est surtout nécessaire, c'est de les régler. Autrefois le danger était qu'elles fussent insuffisantes; mais désormais le danger est qu'on en abuse. Disons, en passant, que nous répudions complètement cette doctrine. Quiconque pense que la misérable éducation que les hommes ont jusqu'ici reçue, développe leurs facultés mentales (sauf chez un petit nombre de gens d'élite) à un degré suffisant ou même passable, doit être très-facile à satisfaire, et l'abus de ces dernières, bien loin de devenir proportionnellement plus grand, à mesure qu'augmentent la connaissance et la capacité mentale, va en diminuant avec rapidité, pourvu que toujours la diffusion de ces qualités marche du même pas que leur accroissement. L'abus de la force intellectuelle n'est à redouter que lorsque la société est divisée en deux classes : un petit nombre d'intelligences éminemment cultivées et une multitude ignorante et stupide. Mais la force mentale est une chose que M. Comte ne demande pas, ou
il la demande infiniment moins qu'il ne fait la soumission et l'obéissance. Il dit sans cesse que de tous les éléments de la nature humaine, l'intellect est celui qui a le plus grand besoin d'être discipliné et tenu en bride. C'est le plus turbulent, « le plus perturbateur » de tous les éléments mentaux; il l'est même plus que les instincts égoïstes. Dans tout le cours de la transition moderne qui commence à la Grèce ancienne (car M. Comte nous dit que depuis lors nous avons toujours été dans un état de transilion révolutionnaire), l'intelligence a systématiquement été en insurrection contre « le cœur ». Les métaphysiciens et les « lettrés », après avoir contribué à abattre la religion et l'ordre social anciens, sont devenus radicalement hostiles à la construction de la religion et de l'ordre social nouveaux, et ne désirent rien tant que de prolonger le scepticisme et l'anarchie intellectuelle qui existent présentement, et qui leur assurent un ascendant social à bon marché, sans qu'ils aient à se donner la peine de le mériter par une solide préparation scientifique. Les savants, de qui on aurait pu attendre mieux, sont pires, s'il est possible. Manquant de vues larges, méprisant tout ce qui est trop vaste pour leur compréhension, adonnés exclusivement chacun à sa science spéciale, ayant une indifférence dédaigneuse pour les intérêts moraux et politiques, leur seul but est d'acquérir une réputation facile, et, en France, de se procurer un lucre personnel (au moyen des Académies et des chaires rétribuées), en faisant aboutir leurs sciences à des recherches vaines et stériles (à des spéculations oiseuses) qui ne servent en rien les intérêts véritables du genre humain, et tendent à en détourner la pensée. Un des devoirs qui incombent surtout à l'opinion et au Pouvoir Spirituel, c'est
de stigmatiser comme immoral et de supprimer complètement cel emploi inutile des facultés spéculatives. On doit s'abstenir de tout exercice de la pensée qui n'a pas quelque tendance avantageuse, quelque utilité réelle pour le genre humain. M. Comte, naturellement, n'est pas homme à dire qu'il faut que ce soit une utilité purement matérielle. Si une spéculation a une valeur logique, sans avoir de valeur doctrinale — si elle jette quelque lumière sur la Méthode universelle — elle mérite encore plus d'être cultivée que si son utilité était purement pratique; mais, soit comme méthode, soit comme doctrine, il faut qu'elle profite à l'Humanité, autrement elle est, non-seulement méprisable, mais criminelle.
Qu'il y ait une portion de vérité au fond de tout cela, nous serions lés derniers à le nier. On ne doit aucun respect a tout emploi de l'intelligence qui ne tend pas au bien du genre humain : un pareil exercice intellectuel est exactement de niveau avec tout amusement oiseux, et doit élre condamné comme une perte de temps, si on le pousse au delà des limites où l'amusement peut être permis. Et quiconque consacre ses forces mentales (qui pourraient rendre à l'Humanité des services dont elle a un besoin urgent) à des spéculations et à des études dont elle pourrait se passer, encourt le discrédit qui s'attache au fait d'être justement soupçonné de se soucier fort peu de l'Humanité. Mais qui peut dire positivement de spéculations guidées par des méthodes scientifiques convenables, sur des sujets réellement accessibles à l'entendement humain, qu'elles ne sont susceptibles d'aucun usage? Personne ne sait quelles connaissances se trouveront être utiles, et quelles sont destinées à être sans valeur. Tout ce qu'on peut dire, c'est que cer-
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tains genres de connaissances sont d'une utilité plus certaine et surtout plus actuelle que d'autres. Combien de fois les résultats pratiques les plus importants ont-ils été la' conséquence éloignée d'études que personne n'aurait pensé devoir y conduire! Les mathématiciens qui, dans les écoles d'Alexandrie, recherchaient les propriétés de l'ellipse , pouvaient-ils prévoir que près de deux mille ans plus tard leurs spéculations fourniraient l'explication du système solaire, et, peu après, permettraient aux vaisseaux d'accomplir en sûreté la circumnavigation de la terre? Dans l'opinion même de M. Comte, il est heureux pour le genre humain qu'on ait pensé , dans ces temps reculés, que la connaissance méritait d'être poursuivie pour elle-même. Et la « fondation du Positivisme » n'a pas, imaginons - nous, tellement changé les conditions d'existence de l'humanité, qu'il soit aujourd'hui criminel d'acquérir, par l'observation et le raisonnement, la connaissance des faits de l'univers, en laissant à la postérité le soin d'en trouver l'usage. Et même dans ces deux ou trois dernières années, est-ce que la découverte de métaux nouveaux (laquelle peut devenir importante même pour les arts pratiques), n'est pas née d'une de ces investigations que M. Comte condamne, de la façon la plus expresse, comme oiseuses, à savoir : la recherche de la constitution intime du soleil? En outre, parmi les découvertes qui ont changé la face du monde, combien sont peu nombreuses celles auxquelles on est arrivé, ou auxquelles on aurait pu arriver, par des investigations tendant directement à cet objet! Est-ce que des tentatives directes pour perfectionner la navigation auraient jamais fait trouver la boussole? Est-ce qu'aucune somme d'efforts pour obtenir un moyen
de communication instantanée aurait jamais conduit à l'invention du télégraphe éleclrique, si Franklin n'avait pas identifié l'électricité avec la foudre et Ampère avec le magnétisme? Le fait archéologique ou géologique le plus insignifiant en apparence se trouve souvent jeter sur l'histoire humaine une lumière que M. Comte, dont la philosophie sociale a pour base l'histoire, devrait être le dernier à dénigrer. La direction de l'entrée des trois grandes Pyramides de Gizèh, en montrant quelle était la position des étoiles circumpolaires à l'époque où ces monuments furent bâtis, est la meilleure preuve que nous ayons encore aujourd'hui de l'immense antiquité de la civilisation Egyptienne1. Le seul point noir sur lequel la doctrine de M. Comte ait quelque couleur de raison, est le cas de l'astronomie sidérale : car ce que nous pouvons réellement eu savoir est bien peu de chose, et la connexion de ce peu avec, les intérêts terrestres est, autant que nous avons le moyen d'en.juger, infiniment petite. Il est certainement difficile d'imaginer comment l'humanité peutretirer un grand avantage delà connaissance des mouvements des étoiles doubles : et si jamais ceux-ci deviennent de quelque importance pour nous, ce sera dans un temps si prodigieusement éloigné que nous ne pouvons nous permettre de rester ignorants la-dessus, au moins jusqu'à ce que toutes nos difficultés morales, politiques et sociales aient été réglées. Cependant la découverte de ce fait que la gravitation s'étend jusqu'à ces régions lointaines, donne une force additionnelle à la conviction que nous avons de l'universalité des lois naturelles : et l'habitude de méditer sur d'aussi vastes
1. Voyez les Eléments d'Astronomie de sir John Herscliell, p. 319.
objets et d'aussi énormes distances n'est pas sans avoir une utilité esthétique, en tant qu'elle enflamme et qu'elle exalte l'imagination, faculté dont M. Comte est tout à fait capable d'apprécier la valeur intrinsèque aussi bien que la réaction sur l'entendement. Il répliquerait, toutefois, qu'il y a de meilleurs moyens d'arriver à ces fins. C'est dans le même esprit qu'il condamne l'étude même du système solaire, quand elle s'étend aux planètes, à l'exception de celles qui sont visibles à l'œil nu et qui seules exercent sur la terre une influence gravitatrice exceptionnelle. Il pense même qu'il est oiseux d'étudier les perturbations, si ce n'est simplement pour en avoir une idée générale ; et il estime que l'astronomie ferait bien de borner son domaine aux mouvements de la terre, du soleil et de la lune, ainsi qu'a leur action mutuelle les uns sur les autres. Il compte sur une semblable expurgation de toutes les autres sciences. Dans un passage il dit expressément que la plus grande partie des recherches qui nous sont réellement accessibles sont vaines et stériles. Il voudrait rogner toutes les sciences d'aussi près que possible. Il va répétant sans cesse que nulle science, en tant qu'étude abstraite, ne devrait être poussée plus loin qu'il n'est nécessaire pour poser les fondements de la science qui est immédiatement au-dessus d'elle, et par là, en dernier lieu, de la science morale, qui est la fin principale de toutes les autres. Toute extension ultérieure des sciences mathématiques et physiques doit être simplement « épisodique », et bornée à ce que peuvent demander de temps en temps les besoins de l'industrie et des arts : on doit laisser aux classes industrielles le soin de poursuivre un pareil objet, excepté lorsqu'elles jugent nécessaire de s'adresser à l'ordre sacerdotal pour en obtenir