AIT.I STE COMTE
lois générales établies de la nature humaine; si (pour user des exemples de M. Comte) elle implique dans la masse du genre humain quelque pente naturelle très-marquée dans une direction bonne ou mauvaise; si elle suppose que la raison, chez la moyenne dis rires humains, l'emporte sur les désirs, ou les désirs désintéressés sur les désirs personnels; nous pouvons connaître par là que l'histoire a été mal interprétée et que la théorie est fausse. D'un autre côté, si des lois des phénomènes sociaux, tirées delà généralisation empirique de l'histoire, peuvent, une fois qu'elles oui élé suggérées, s'associer aux lois déjà connues delà nature humaine; si l'on peut apercevoir que la direction réellement prise par la société dans ses développements et dans ses changements est telle que l'avaient antérieurement rendue probable les attributs de l'homme, ainsi que ceux du lieu de sa résidence, les généralisations empiriques sont érigées en lois positives et la sociologie devient une science.
Les politiques de l'école pratique ou empirique ont beaucoup parié et écrit, depuis des siècles, contre les théories fondées sur les principes de la nature humaine, sans base historique; et les théoriciens, à leur tour, ont avec succès pris leur revanche sur les sectateurs de la pratique. Mais nous ne connaissons aucun penseur qui ait, avant M. Comte, pénétré jusqu'à la philosophie du sujet, et placé sur sa vraie base la nécessité des études historiques, en tant que fondement de la spéculation sociologique. Depuis cette époque, tout penseur politique qui s'imagine pouvoir se passer d'une vue d'ensemble des grands faits de l'histoire considérés comme un enchaînement de causes et d'effets, doit être regardé comme n'étant pas au niveau de son
siècle; tandis que le mode vulgaire de traiter l'histoire en y cherchant des cas parallèles, comme s'il y avait des cas parallèles, ou comme si une seule circonstance, ou même plusieurs circonstances qui n'ont pas été comparées et analysées pouvaient révéler une loi, sera discrédité plus que jamais, et le sera irrévocablement.
L'interversion du rapport qui existe ordinairement entre la déduction et l'induction n'est pas le seul point oùT d'après M. Comte, la méthode propre à la sociologie diffère de celle des sciences du monde inorganique. L'ordre commun de la science passe des détails au tout. La méthode de la sociologie doit passer du tout aux détails. Il n'y a point de principe universel qui règle l'ordre de l'étude, sauf celui de passer du connu à l'inconnu, en choisissant, pour nous frayer un chemin jusqu'aux faits, le point le plus ouvert à notre observation. Dans les phénomènes de l'état social, le phénomène collectif nous est plus accessible que les parties dont il se compose. C'est là une chose qui est déjà vraie, à un haut degré, du simple corps animal. Cela est essentiel à l'idée d'organisme, et encore plus vrai de l'organisme social que de l'organisme individuel. L'état de chaque partie du tout social a, en tout temps, une connexion intime avec l'état contemporain de toutes les autres. La croyance religieuse, la philosophie, la science, les beauxarts, les arts industriels, le commerce, la navigation, le gouvernement, sont tous mutuellement dans une dépendance étroite les uns des autres; si bien que lorsqu'un changement considérable a lieu dans l'un, nous pouvons par là connaître qu'un changement parallèle dans tous les autres l'a précédé ou le suivra. Le progrès de la société, d'un état général à l'autre, est, non pas une somme de