WYROUBOFF
nourri dès le bas âge d'études positives, ayant trouvé applicable la méthode à posteriori dans toutes les branches des connaissances humaines, conserve encore assez d'illusions philosophiques, non pour vouloir résoudre, mais pour poser seulement ces problèmes qui n'ont aucune réalité puisqu'ils comportent autant de solutions qu'il est possible d'en imaginer, toutes ces soluîions étant également bonnes. M. Mill se trompe en disant qu'on peut être classé parmi les philosophes positifs, du moment qu'on admet l'histoire comme une science et qu'on ne croit pas aux révélations. 11 aurait dû dire, pour être dans le vrai, qu'il y a bien des penseurs qui, satisfaisant seulement à ces conditions mentales, se considèrent comme atTranchis des anciennes doctrines. Personne ne disconviendra que ces penseurs inaugurent dans l'humanité une nouvelle phase de conception, et qu'ils apportentun tribut important aux idées déjà acquises ; mais il ne s'ensuit nullement qu'ils soient arrivés au dernier mot de la philosophie moderne. Ce dernier mot, ils ne l'atteindront jamais s'ils tentent des compromis entre l'ancien et le nouveau, entre la métaphysique et le positivisme.
L'ordre ancien est renversé si ce n'est encore en fait, du moins déjà en principe ; M. Mill l'admet lui-même, pourquoi donc vouloir y revenir? Pourquoi ranimer des idées qui n'ont plus aucune efficacité morale et intellectuelle? Le régime scientifique, qui de jour en jour gagne du terrain dans le domaine de la philosophie, pour être réellement logique, ne peut pas accepter les causes premières, non-seulement sous forme de doctrine, mais même sous forme de croyance.
Le caractère de la croyance doit changer avec l'avénement des conceptions positives; de vague et incertaine qu'elle était, elle devient rationnelle. Son rôle aussi se restreint considérablement, car elle ne sert plus qu'à un petit