M. STUART MII.I, KT LA PHILOSOPHIE POSITIVE
conceptions ihéologiques du monde, il veut une autre méthode, un autre dogme; non pas une méthode ou un dogme pris dans les j)hilosoiiliies théologiques ou métaphysiques, car il ne les admet pas, mais formé par chaque individu pensant et pour son propre usage. Il est manifeste qu'il y a là une contradiction. M. Mill énonce une idée qu'il ne Vf^ut pas poursuivre jusqu'à ses dernières conséquences. Si l'on pense qu'il soit compatible avec l'esprit scientifique de notre époque, de croire à une intelligence qui dirige le monde et ses destinées, en se conformant aux lois fixes de ce qu'on nomme !a nature ; alors, à quoi distinguera-t-on les théologiens qui affirment que le créateur a fait les lois, mais qu'il ne veut pas les changer, et les matérialistes qui soutiennent que ce sont des atomes qui ont construit et réglé l'univers ? Il n'y aurait qu'une différence dans l'interprétation d'une idée et non une différence de principes. Si l'on peut être positiviste, tout en croyant qu'il y a au-dessus de nous un être absolu, dont la volonté n'est limitée que par sa propre création, alors il est vrai aussi qu'on peut être positiviste en admettant plusieurs êtres, plusieurs forces plus ou moins puissantes, présidant à l'ordre cosmique. Car, en reléguant celte croyance dans le domaine que nos recherches scientifiques ne peuvent directement atteindre, il est évident que cet être ou ces êtres, quels que soient les attributs que nous leur supposerons, ne gêneront en rien nos spéculations positives. Dans une telle doctrine, comme on le voit, tout se confond pour former un système où le panthéisme le plus mystique, le matérialisme le plus extravagant pourront trouver leur place à côté des résultats certains de la science. Un pareil ordre de choses ne peut exister comme régime social, il ne peut constituer qu'un état transitoire entre les conceptions purement métaphysiques et les conceptions réellement positives. Il est impossible de se figurer un homme qui,