‹ Auguste Comte et Stuart Mill :Chapitre 11 sur 18 · M. STUART MILL ET LA PHILOSOPHIE POSITIVE. G · texte numérisé non relu

M. STUART MILL ET LA PHILOSOPHIE POSITIVE. G

nombre pour remplacer rinsuflisance des connaissances scientifiques; celui (|ui n'nura pas fait des études assez sérieuses et assez complètes ijour pouvoir directement démontrer une vérité scienlilique, la rotation de la terre autour du soleil par exemple, sera nécessairement forcé d'accepter la démonstration de ^^ns plus compétents que lui, mais il ne l'acceptera qu'autant qu'il verra le reste des phénomènes à lui connus s'enchaîner avec le fait qui va être pour lui un article de foi. Aucune autre croyance que la croyance raisonnée ne peut exister sous le règne de la science. Or, la croyance aux origines premières des choses n'est pas de ce nombre ; elle esi au contraire de la catégor ie de celles sur lesquelles était fondé tout l'édifice tliéologique, de celles qui, nées d'une ignorance complète des lois de la nature, ne se sont soutenues que par le désir ardent qui pousse l'homme à tout expliquer. Il était naturel de rattacher des phénomènes inconnus à une cause inconnue également; mais on ne conçoit pas par quel enchaînement d'idées on irait chercher dans le vague des abstractions l'explication de faits dont on connaît les moindres détails. Ici une objection peut naître : on dira qu'aucune connaissance, quelque exacte qu'elle soit, ne peut être le dernier mot sur un phénomène quelconque; il y aura toujours quelque chose à voir, toujours quelque chose à apprendre, et dans ce quelque chose se placera naturellement la question de l'origine première et de la tin dernière, pour laquelle il faudra nécessairement recourir à l'abstraction. Mais à cet argument la réponse est fort sinaple. Rien, dans ce que nous savons sur les propriétés de la matière, ne nous porte à penser qu'une pareille origine et une pareille lin existent réellement. Toutes les lois de la nature nous présentent au contraire un enchaînement perpétuel de causes et d'effets, une succession ininterrompue de phénomènes qui ne commencent que pour finir et qui ne finissent que

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pour recommencer. Tout ce qui, depuis Lavoisier, a été fait en chimie et en physique, tend à démontrer que rien ne se perd, que rien ne se crée, mais que tout se transforme. Où sont donc les faits qui nous feraient croire qu'à une époque au«si reculée de nous que l'on voudra, la marche des phénomènes ait été autre?

On a dit souvent que, puisque nous voyons tout commencer et tout finir, il faut en conclure, par analogie, qu'aux deux termes extrêmes de la série des phénomènes qui sont du domaine de notre observation, il se trouve un commencement et une fin. Cette manière de raisonner n'est pas sérieuse. Entre le relatif et l'absolu, il y a la différence du réel à l'arbitraire. L'origine d'un phéno-. mène au point de vue de la science n'est que la terminaison d'un phénomène précédent, de même que sa fin n'est que le commencement d'un phénomène suivant. Il n'y a origine et fin que parce que nous les rapportons à un mon-ent donné. Je m'explique par un exemple : Les produits variés du règne végétal ont pour origine première un petit nombre de combinaisons chimiques qui sont absorbées par les plantes. Parmi ces combinaisons, l'eau, l'acide carbonique et l'ammoniaque jouent le principal rôle. En }3artant de ces trois corps, on arrive, par une série de termes intermédiaires, aux combinaisons les plus complexes, aux combinaisons quaternaires qui constituent la dernière limite de la complexité chimique. Ces trois corps sont donc un commencement, une origine, pour une longue série de phénomènes; mais ils sont, d'un autre côté, les derniers termes d'une série non moins longue, car ils sont les produits de la décomposition des matières animales, lesquelles, à l^ur tour, se sont formées d'éléments chimiquement fort simples. Il y a là un cercle dans lequel il fjiut nécessairement tourner. De même, pour toutes les manifestations de la matière. Quel que soit le point de dé-

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