‹ Auguste Comte et Stuart Mill :Chapitre 12 sur 18 · M. STUART MILF. ET LA PHILOSOPHIE POSITIVE. G · texte numérisé non relu

M. STUART MILF. ET LA PHILOSOPHIE POSITIVE. G

part, nous pourrons toujours y arriver. (1 est évident qu'un pareil enchaînement n'a rien do commun avec les causes premières, qui seraient, au contraire, la néf,^ition de tout enchaînement, car elles tendraient à dérouler le ressort circulaire pour en fixer immuablement les deux bouts.

Ou a fait une autre objection, ou plutôt on a donné une autre forme à la même objection. On a dit: puis:jue rien ne se fait de soi-même, la matière aussi ne pouvait être créée que par une force étrangère. C'est là plutôt un jeu de mots qu'un argument philosophique.

Lorsque nous disons que rien ne se produit sans une cause déterminante, nous parlons de phénomènes et de manifestations qui résultent des diverses propriétés, des diverses manières d'être de la matière. Lorsque, au contraire, nous prétendons que la matière elle-même, dont nous ne connaissons et dont nous ne connaîtrons jamais que les propriétés, doit être le fait d'une création, nous entendons une force créatrice en dehors de la tpatière. Ces deux ordres de choses ne sont donc pas comparables. Le premier est tout concret, puisque nous ne faisons qu'énoncer un fait, parfaitement accessible à l'observation ; les causes créatrices sont, dans ce cas, matérielles, puisqu'elles ne sont, comme les phénomènes créés, que des propriétés de la matière. Le second est tout abstrait, car il commence par une hypothèse pour aboutira une hypothèse où la puissance première qu'on fait intervenir se conçoit comme une intelligence, une force, un créateur. 11 est impossible de soutenir que l'acide carbonique qui se dégage dans la respiration, soit créé par une divinité quelconque, tandis qu'il est facile, je dirai plus il est naturel, de vouloir expliquer la création de la matière par l'action d'un agent unique.

C'est en confondant les réalités avec les abstractions

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qu'on tombe toujours dans Terreur, et c'est en les distinguant d'une manière rigoureuse que la philosophie positive a pu se constituer. A ce point de vue, ce qu'il y a à reprocher à M. Mi 11, ce n'est pas de tolérer l'explication de l'origine des choses par l'intervention d'une intelligence, car dans ce cas toutes les explications sont également bonnes, mais de croire que la question des causes puisse se débattre en dehors du cercle des manifestations de la matière.

Si maintenant on cherche à se rendre compte de la raison qui a poussé M. Mill si loin de la limite des spéculations positives, on la trouve facilement dans une doctrine pour laquelle l'illustre penseur anglais semble avoir de grandes sympathies, nous voulons parler de la doctrine de l'utilitarisme. Dans chacun des arguments avec lesquels M. Mill veut renverser la doctrine de M. Comte, il y a au fond toujours une pensée utilitaire. On l'aperçoit déjà dans la discussion des causes linales, elle devient évidente dans SCS idées psychologiques et plus évidente encore lorsqu'il parle d'économie politique.

Pourquoi ne pas admettre un être qui gouverne l'univers, du moment que cet être laisse tout gouverner par des lois? Tolérons en philosophie une conception qui, en philosophie aussi, n'a plus le pouvoir d'être nuisible. Telle semble être l'arrière-pensée de M. Mill. En effet, rien dans tout son livre ne vient reprendre, pour les confirmer, ces idées de transaction que nous combattons. Elles semblent là entre parenthèses, comme des considérations secondaires auxquelles l'auteur n'attache pas d'importance, et non un système de convictions qu'il serait prêt à détant que doctrine, ces idées ne sont pas imporfet, et nous ne les aurions pas relevées si elles ■.{î^i3;ifc!ûiiPfaik\t à une question de méthode, c'est-à-dire à vitale d'un système philosophique.

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