‹ Auguste Comte et Stuart Mill :Chapitre 15 sur 18 · M. STUART MILL ET LA PHILOSOPHIE POSITIVE · texte numérisé non relu

M. STUART MILL ET LA PHILOSOPHIE POSITIVE

pas une seule manilestation de l'intelligence qui soit étudiée par eux avec assez de détails pour pouvoir être formulée sous forme de loi, la loi étant considérée comme l'expression du fait qui se reproduit toujours de la même manière et dans les mêmes conditions. Les psychologues n'observent que les derniers résultats de certains phénomènes vitaux, et encore abstraction faite des conditions variées au milieu desquelles peuvent se produire ces phénomènes ; car parmi ces conditions s'en trouvent un grand nombre qui découlent de la relation existant entre l'organe et la fonction, et ces relations ne sont pas assez connues. A ce titre, la psychologie, quel que soit le nombre de faits observés qu'elle a déjà accumulés et qu'elle accumulera encore, ne pourra jamais constituer non-seulement une science distincte de la biologie, mais encore un corps de doctrines scientifiques quelconques; toutes ses déductions seront fondées sur des probabilités, et non sur la certitude.

A cet égard, il y a un rapprochement très-instructif à faire. 11 existe un ensemble de laits qui se décore aussi du nom pompeux de science, et qui, cuuiiue la psychologie, dans son état actuel, n'a aucun avenir. Nous voulons parler de la météorologie. Tout le monde connaît le nombre prodigieux d'observations minutieuses qu'on a recueillies dans tous les pays sur la physique du globe, et pourtant aucun résultat scientifique n'a été obtenu. Il est vrai qu'on est arrivé, à force de recherches, à prédire certains phénomènes; mais ces prédictions, sur quoi sont-elles fondées? sur la moyenne d'une grande série d'observations. C'est le calcul des probabilités appliqué à la physique; or ce calcul, étant applicable h toutes les sciences, ne peut être la méthode propre à aucune d'elles. La prévision, dans les sciences exactes, ne peut être fondée que sur des lois, car leo lois ne changent pas, et non sur des faits isolés, qui

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changent toujours. Quel que soit le nombre de ces faits, la variabilité de chacun d'eux ne diminue point; ils restent les produits du hasard tant qu'une liaison nécessaire n'a pas été découverte entre eux. Cette liaison, c'est dans les conditions multiples au milieu desquelles se passent les faits que nous devons la trouver. Or, justement, en météorologie comme en psychologie, on ne connaît pas ces conditions. Les météorologistes commencent déjà à sentir qu'ils sont sur une fausse route, que leurs résultats, trèsutiles quelquefois pour la pratique, ne peuvent jamais se coordonner. Cette période de doute arrivera également en psychologie, dans laquelle, les phénomènes étant plus complexes, l'illusion est aussi plus naturelle. On verra alors que tout ce qui a été donné comme loi n'est réellement qu'une moyenne arithmétique d'un nombre d'observations plus ou moins grand, que tous les faits prétendus positifs n'ont l'apparence de fixité et d'immuabilité que parce qu'au lieu de voir un seul phénomène dans un groupe de conditions données, on a observé simultanément plusieurs phénomènes dans plusieurs groupes de conditions. Lorsque je parle ici de lois, j'entends les lois rationnelles comme les lois empiriques, les unes comme les autres ne pouvant faire abstraction des circonstances qui accompagnent le phénomène. En contestant à la psychologie ses lois, je lui conteste donc également les lois empiriques. Elle n'a que des données essentiellement empiriques et des généralisations trop arbitraires pour être scientifiques.

Le jour où les psychologues reconnaîtront leur erreur, ils viendront eux-mêmes placer leur science sous le drapeau de la biologie ; car, la méthode de l'observation de soi-même reconnue fausse, il n'y a plus qu'une méthode possible pour l'étude des facultés intellectuelles, c'est la méthode physiologique. La ['sychologic ancienne étudiait l'âme, la

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