CONSERVATEUR
L'esprit positif, longtemps borné aux plus simples études, n'ayant pu s'étendre aux plus éminentes que par une succession spontanée de degrés intermédiaires, chacune de ses nouvelles acquisitions a dû s'accomplir d'abord sous l'ascendant exagéré des méthodes et des doctrines propres au domaine antérieur.
C'esl dans une telle exagération que consiste, à mes yeux, l'aberration scientifique à laquelle l'instinct public applique sans injustice la qualification de matérialisme, parce qu'elle tend, en effet, à dégrader toujours les plus nobles spéculations en les assimilant aux plus grossières.
Une semblable usurpation était d'autant plus inévitable que partout elle repose sur la dépendance nécessaire des phénomènes les moins généraux envers les plus généraux, d'où résulte une légitime influence déductive, par laquelle chaque science participe à l'évolution continue de la science suivante, dont les inductions spéciales ne pourraient autrement acquérir une suffisante rationalité.
Aussi toute science a-t-elle dû Longtemps lutter contre les envahissements de la précédente; el ces conflits subsistent encore, même envers les plus anciennes ('Indes.
Ils ne peuvent entièrement cesser que sous l'universelle discipline de la saine philosophie, qui fera partout prévaloir un juste sentiment habituel des vrais rapports encyclopédiques, si mal appréciés par l'empirisme actuel.
En ce sens, le matérialisme constitue un danger inhérent à l'initiation scientifique, telle que jusqu'ici elle dut s'accomplir, chaque science tendant à absorber la suivante au nom d'une positivité plus ancienne et mieux établie.
Le mal est donc plus profond et plus étendu que ne le supposent la plupart de ceux qui le déplorent.
On ne le remarque aujourd'hui qu'envers les plus hautes spéculations, qui, enefl'et.y participent davantage comme subissant les empiétements de toutes les autres : mais il existe aussi, à divers degrés, pour un élément quelconque de notre hiérarchie scientifique, sans même excepter sa base mathématique, qui semblerait d'abord en être naturellement préservée.
Un vrai philosophe reconnaît autant le matérialisme dans la tendance du vulgaire des mathématiciens actuels a absorber la géométrie ou la mécanique par le calcul, que dans l'usurpation plus prononcée de la physique par l'ensemble de la mathématique, ou de la chimie par la physique, surtout de la biologie par la chimie, et enfin dans la disposition constante des plus éminents biologistes à concevoir la science sociale comme un simple corollaire ou appendice de la leur.
(Test partout le même vice radical, l'abus de la logique déductive, et le même résultat nécessaire, l'imminente désorganisation des éludes supérieures sous l'aveugle domination des inférieures.
Tous les savants proprement dits sont donc aujourd'hui plus ou moins matérialistes, suivant la simplicité et la généralité plus ou moins prononcées des phénomènes correspondants.
Les géomètres se trouveni ainsi le plus exposés à cette
aberration, d'après leur tendance involontaire à constituer L'unité spéculative par l'ascendant universel des plus grossières contemplations numériques, géométriques ou mécaniques.
Mais les biologistes qui réclament le mieux contre une telle usurpation méritent, à leur tour, les mêmes reproches, quand ils prétendent, par exemple, tout expliquer en sociologie par des influences purement secondaires de climat ou de race, puisqu'ils méconnaissent alors les lois fondamentales, que peut seule dévoiler une combinaison directe des inductions historiques.
Cette appréciation philosophique du matérialisme explique à la fois la source naturelle et la profonde injustice de la grave méprise dont j'indique ici la rectification décisive.
Loin que le vrai positivisme soit aucunement favorable à ces dangereuses aberrations, on voit, au contraire, qu'il peut seul les dissiper irrévocablement d'après son aptitude exclusive à procurer une juste satisfaction aux tendances très légitimes, dont elles n'offrent qu'une empirique exagération.
Jusqu'ici le mal n'a été contenu que par la résistance spontanée de l'esprit théologico-métaphysique ; et cet office provisoire a constitué la destination, indispensable quoique insuffisante, du spiritualisme proprement dit.
Mais de tels obstacles ne pouvaient empêcher l'énergique ascension du matérialisme, ainsi investi, aux yeux de la raison moderne, d'un certain caractère progressif, par sa liaison prolongée avec la juste insurrection de l'humanité contre un régime devenu rétrograde.
Au->i. malgré ces impuissantes protestations, l'oppressive domination des théories inférieures compromet-elle beaucoup aujourd'hui l'indépendance et la dignité des ('■ludes supérieures.
En satisfaisant, au delà de toute possibilité antérieure, à ce qu'il y a de légitime dans les prétentions opposées du matérialisme et du spiritualisme, le positivisme les écarte irrévocablement à la fois, l'un comme anarchiquej l'autre comme rétrograde.
Ce double service résulte spontanément de la simple fondation de la vraie hiérarchie encyclopédique, qui assure à chaque étude élémentaire son libre essor inductif. sans altérer sa subordination déductive.
Mais cette conciliation fondamentale sera surtout due à l'universelle prépondérance, logique et scientifique, que la nouvelle philosophie pouvait seule procurer au point de vue social.
En faisant ainsi prévaloir les plus nobles spéculations, où la tendance matérialiste est la plus dangereuse et aussi la plus imminente, on la représente directement comme non moins arriérée désormais que son antagoniste, puisqu'elles entravent également l'élaboration de la science finale.
Par là, cette double élimination se trouve même liée à l'ensemble de la régénération sociale, que peut seule diriger une exacte connaissance des lois naturelles propres aux phénomènes moraux et politiques.
J'aurai bientôt lieu de faire aussi sentir combien le matérialisme sociologique nuit aujourd'hui au véritable art social, comme disposant à méconnaître son principe le plus fondamental, la division systématique dis deux puissances, spirituelle et temporelle, qu'il s'agit surtout de rendre maintenant inaltérable, en reprenant, sur de meilleures bases, l'admirable construction du moyen âge.
On reconnaîtra ainsi que le positivisme n'est pas moins radicalement opposé au matérialisme par sa destination politique que par son caractère philosophique.
A lin de rendre cette sommaire appréciation, à la fois plus impartiale et plus décisive, j'y ai écarté à dessein les graves inculpations morales que suscite ordinairement une telle, accusation.
Même quand elles sont sincères, ces imputations, si souvent démenties par l'expérience, se trouvent, en effet, contraires à la vraie théorie de la nature humaine, puisque nos opinions, saines ou vicieuses, sont heureusement incapables d'exercer sur nos sentiments et notre conduite l'empire absolu qu'on leur attribue communément.
D'après leur relation provisoire avec l'ensemble du mouvement d'émancipation, les aberrations matérialistes furent, au contraire, souvent, liées, chez les modernes, aux plus généreuses inspirations.
Mais, outre que cette solidarité passagère a déjà cessé, il faut aujourd'hui reconnaître que, même dans les meilleurs cas, une telle tendance intellectuelle a toujours altéré, à un certain degré, l'essor spontané de nos plus nobles instincts, en disposant à écarter ou à méconnaître des phénomènes affectifs, que ces grossières hypothèses ne pouvaient représenter.
On en voit un exemple trop décisif, dans le déplorable arrêt prononcé par l'éminent Cabanis contre l'admirable chevalerie du moyen âge.
Quoique le cœur de ce philosophe fût aussi pur. et même aussi tendre, que son esprit était élevé et étendu, le matérialisme contemporain l'a essentiellement empêché d'apprécier l'heureuse organisation du culte habituel de la femme chez nos énergiques ancêtres.
En concevant l'ordre comme immobile, sa théorie préliminaire a pu surgir dans l'antiquité, et le grand Aris-
tote l'ébaucha admirablement, de même que, en biologie, les spéculations . purement statiques y naquirent sans aucune conception dynamique.
Mais toute idée réelle de progrès social était nécessairement étrangère aux philosophes anciens, faute d'une suffisante manifestation historique du mouvement continu de l'humanité.
Ce mouvement a commencé à devenir, au moyen âge, assez prononcé pour susciter un premier instinct réel de notre perfectibilité, par l'universelle persuasion de la supériorité du catholicisme sur le polythéisme et le judaïsme, même avant que la substitution du régime féodal au régime romain complétât cette appréciation spirituelle par une indispensable contirmation temporelle.
Quelque confus que dût être ce sentiment primitif du progrès humain, il présentait déjà un haut degré d'énergie et de popularité, trop amorti ensuite dans les luttes théologico-métaphysiques.
11 faudra toujours remonter jusque-là pour comprendre la véritable origine de cette ardeur progressive, qui distingue l'ensemble de la grande famille occidentale et qui y a spontanément contenu tant d'aberrations doctorales. là surtout où la métaphysique protestante ou déiste a le moins altéré les nobles inspirations du moyen âge.
Pour compléter cette indication des tendances propres à la nouvelle situation française, il suffit de noter que la marche générale des débats, et surtout des événements. en faisant mieux ressortir qu'auparavant le besoin fondamental d'une véritable doctrine universelle, propre à contenir les divagations et à éviter ou corriger les per-
turbations, manifeste aussi la nécessité spéciale de l'autorité spirituelle, qui peut seule assurer l'efficacité pratique d'une telle philosophie.
Au milieu de leurs innombrables divergences, toutes nus sectes métaphysiques s'accordent spontanément sur cette intime confusion des deux puissances élémentaires, qui. depuis le xive siècle, constitua de plus en plus, surtout sous l'impulsion protestante, le principal dogme révolutionnaire, en haine du régime propre au moyen âge.
Comme leurs pères grecs, les prétendus philosophes modernes, psychologues ou idéologues, ont toujours convoité la suprême concentration des divers pouvoirs humains : ils ont même propagé celte aberration chez les savants spéciaux.
Le positivisme systématique fait seul apprécier aujourd'hui l'admirable instinct qui poussa tous les hommes éminents du moyen âge à introduire, entre la puissance morale et la puissance politique, une division fondamentale, chef-d'œuvre social de la sagesse humaine, et seulement trop prématurée alors pour comporter un succès irrévocable, soit d'après la nature théologique des principes dirigeants, soit par le caractère militaire de l'existence active.
Cette séparation nécessaire, principale base du régime final, n'est maintenant comprise et respectée que dans la nouvelle école philosophique, sauf les sympathies spontanées que conservent encore, sans aucune formule. les populations préservées du protestantisme.
Dès le début de la révolution, l'orgueil doctoral a directement tendu vers l'omnipotence sociale qu'il avait toujours rêvée comme le type idéal de la perfection politique.
Quoique les progrès naturels de la raison publique interdisent déjà tout dangereux essor à cette utopie rétrograde, ils sont encore trop peu systématiques pour empêcher, à cet égard, des tentatives caractéristiques.
Tous les novateurs métaphysiques aspirent donc, plus que jamais, à la suprématie pratique et théorique, maintenant que la situation ne borne plus leurs ambitions aux simples existences ministérielles.
La profonde divergence de leurs opinions respectives. et leur commune discordance avec le milieu actuel, empêchent de craindre qu'ils parviennent jamais à entraver sérieusement la liberté. de discussion, en nous imposant la vraie consécration légale d'une doctrine quelconque.
Mais ils l'ont assez tenté déjà pour éclairer l'esprit public sur le caractère nécessairement oppressif de toute théorie sociale contraire au vrai principe fondamental de la politique moderne, la séparation normale des deux pouvoirs essentiels.
Cet essor perturbateur des ambitions métaphysiques tendra donc à faire spécialement apprécier les démonstrations décisives de la nouvelle philosophie, qui, de plus en plus, représentera cette division comme également indispensable à l'ordre et au progrès.
Si les penseurs positivistes continuent d'éviter toute séduction contraire à leurs convictions, leur paisible attitude spéculative, au milieu de cette vaine agitation politique, achèvera de réconcilier le public impartial avec cette grande notion, entièrement affranchie désormais des croyances qui durent présider à sa première ébauche historique.
Ce contraste involontaire fera de plus en plus sentir que la vraie liberté, comme la convergence réelle, ne peuvent aujourd'hui émaner que des doctrines positives, seules capables de supporter une discussion complète, parce que seules elles reposent sur de véritables démonstrations.
Mûrie par une situation décisive, la sagesse vulgaire imposera bientôt aux philosophes, avec une irrésistible énergie, l'obligation continue de concentrer tous Leurs efforts vers le gouvernement direct des esprits et des
cœurs, sans aucune tendance à la domination temporelle, dont la poursuite sera dès lors érigée chez eux en symptôme irrécusable de l'impuissance mentale et même de l'insuffisance morale.
L'abolition de la royauté assure d'ailleurs aux vrais penseurs une pleine liberté d'examen, et même d'exposition, tant qu'ils sauront assez respecter les conditions d'ordre.
Car l'émancipation théologique se trouve ainsi complétée par l'extinction de ce dernier reste du régime des castes, qui jusqu'alors concentrait chez une famille exceptionnelle la décision régulière des hautes questions sociales.
Quelles que puissent devenir les velléités oppressives des magistratures républicaines, cet attribut royal ne saurait passer sérieusement à des pouvoirs purement temporaires, qui. même individualisés, émanent toujours de suffrages incompétents.
La philosophie positive démontrera sans difficulté* que de tels mandataires sont pic-que aussi étranger- que leurs commettants aux conditions logiques et scientifiques qu xige aujourd'hui toute élaboration systématique des doctrines morales et sociales.
' les autorités, dépourvues de sanction spirituelle, peuvent bieu déterminer l'obéissance au nom de l'ordre ; mais elles ne sauraient obtenir un vrai respect qu'en se renfermant scrupuleusement dans leurs attributions temporelles, sans chercher aucune suprématie mentale.
Avant même que le pouvoir central parvienne à - vrais organes pratiques, la situation républicaine aura t'ait assez ressortir cette conséquence nécessaire chez une population déjà purgée de tout fanatisme rétrograde ou anarchique.
I ue telle réaction s'y développera d'autant mieux que [es sollicitudes croissantes relative- à l'ordre matériel
détourneront davantage les autorités actives de toute prétention envers l'ordre spirituel, dont la reconstruction se trouve ainsi pleinement réservée aux libres penseurs.
11 n'v a rien de fortuit, ni même de personnel, dans le pas immense que l'ensemble de ma carrière a déjàréalisé envers la liberté d'exposition, d'abord écrite, puis orale, sous divers régimes oppressifs.
Tout vrai philosophe obtiendra désormais une équivalente faculté, en offrant, comme moi. lesjustes'garanties, intellectuelles et morales, que le public et le magistrat doivent exiger des organes systématiques de l'Humanité.
Quelques violences que puisse jamais inspirer un besoin empirique de comprimer les niveleurs. j'ose assurer que les constructeurs seront toujours respect"'-, ei bientôt invoqués au secours d'un ordre public qui ne peut plus se passer longtemps d'une sanction rationnelle.
D'après une telle disposition générale, le positivisme ne doit jamais dissimuler la relation fondamentale de la réorganisation spirituelle qu'il vient accomplir avec l'admirable ébauche qui constitue le principal caractère du moyen âge.
Loin de proposer à l'humanité une régénération dépourvue de tous antécédents, nous nous honorerons toujours d'appeler aujourd'hui sa maturité à réaliser enfin la noble tentative que conçut son adolescence avant que les conditions mentales et sociales permissent un succès décisif.
Nous sommes trop pleins de l'avenir pour craindre jamais d'être sérieusement taxés de retour au passé! Cette imputation serait surtout étrange chez ceux de n<>- adversaires qui font aujourd'bui consister la perfection poli-
1851 il
tique dans la confusion primitive, soit théocra tique, soit militaire, des deux puissances élémentaires.
Leur séparation au moyen âge constitue le plus grand pas qu'ait pu faire jusqu'ici la théorie générale de l'ordre social. Quoique sa réalisation finale fût réservée à de meilleurs temps, cette tentative caractéristique n'en a pas moins marqué le but essentiel, et même ébauché les principaux résultats.
C'est là que remonte ce dogme fondamental de la subordination continue de la politique envers la morale, qui distingue la sociabilité moderne, et qui, malgré de graves et fréquentes atteintes, a toujours survécu, même à la chute des croyances qui d'abord le proclamèrent, comme le montre aujourd'hui sa sanction républicaine chez la nation la mieux émancipée.
De là date, par suite, cet actif sentiment de la dignité personnelle combinée avec la fraternité universelle, qui caractérise les populations occidentales, surtout celles qui ont échappé au protestantisme.
Il faut y rapporter aussi cette unanime tendance à estimer les hommes suivant leur propre mérite intellectuel et moral, indépendamment de leur office social, tout en respectant l'indispensable classement résulté d'une inévitable prépondérance pratique
On y doit donc rattacher les habitudes populaires de libre discussion morale et même politique, d'après le droit et le devoir de chacun d'appliquer au jugement des actes et des personnes la doctrine universelle établie dans l'éducation commune.
Enfin, il serait superflu d'indiquer la tendance directe de eette grande institution à organiser l'unité occidentale, qui n'avait pas d'autre lien systématique.
Tous ces effets sociaux, vulgairement attribués àl'excellence de la doctrine chrétienne, sont ramenés, par une
saine appréciation historique, à leur véritable source principale, la séparation catholique des deux puissances.
Ils sont demeurés propres aux seuls pays où ce régime a pu prévaloir, quoiqu'une morale équivalente, ou même une foi identique, régnât aussi ailleurs.
La décomposition de l'organisme catholique les a. du reste, notablement altérés, malgré leur consécration spontanée par l'ensemble des mœurs modernes, là surtout où l'on s'efforçait de rendre à la doctrine sa pureté el sou autorité primitives.
Sous tous ces aspects, le positivisme a déjà rendu au catholicisme une plus complète justice qu'aucun de ses propres défenseurs, sans excepter l'éminent de Maistre, comme l'ont d'ailleurs reconnu quelques organes sincères de l'école rétrograde.
Mais cette équitable appréciation ne repose pas seulement sur la grandeur de la tâche ainsi destinée au moyen âge dans l'évolution totale de l'Humanité.
Elle résulte aussi d'une exacte démonstration historique de la précocité d'une telle entreprise, dont l'avortement politique dépendit surtout de l'imperfection des doctrines dirigeantes et de l'opposition du milieu correspondant.
Quoique le monothéisme répugne beaucoup moins que le polythéisme à la séparation continue des deux puissances, la nature nécessairement absolue de tout esprit théologique tendait toujours à faire dégénérer ce régime en une pure théocratie.
Sa chute fut même déterminée par la prépondérance finale de cette inévitable tendance, contre laquelle les rois devinrent, au xive siècle, les organes spontané- de la réprobation générale
De même, quoiqu'une telle division se concilie davantage avec les guerres essentiellement défensives du moyen âge qu'avec le système de conquête- de l'antiquité, cepen-
dant tout véritable esprit militaire la repousse radicalement, comme contraire à la concentration d'autorité qu'il exige pour durer.
Aussi cette séparation n'a-t-elle pu alors devenir vraiment systématique, sauf dans la pensée de quelques éminents personnages, spirituels et temporels.
Sa réalisation passagère fut surtout le résultat nécessaire de l'ensemble de la situation mentale et sociale. Elle ne consista presque jamais qu'en une sorte d'équilibre très précaire, flottant toujours entre la théocratie et l'empire.
C'est uniquement à la civilisation positive de l'Occident moderne qu'il appartient d'accomplir aujourd'hui ce qui abus ne put être que tenté, en utilisant d'ailleurs non seulement celle admirable ébauche, mais aussi l'indispensable préparation qu'elle a déterminée.
L'esprit scientifique de la nouvelle philosophie et le caractère industriel de la nouvelle activité concourent naturellement à rendre désormais inévitable, et même vulgaire, une séparation continue, à la fois spontanée et systématique, qui ne pouvait, au moyen âge, être que confusément pressentie, sous les plus heureuses inspirations d'un ardent instinct de progrès.
Mentalement envisagée, elle se réduit, en effet, à la division nécessaire entre la théorie et la pratique, déjà admise, quoique empiriquement, dans tout l'Occident. envers les moindres sujets, et qu'il serait étrange de repousser pour l'art et la science les plus difficiles.
Sous l'aspect social, elle proclame surtout la distinction naturelle entre l'éducation et l'action, ou entre la morale et la politique, dont personne aujourd'hui n'oserail directement méconnaître l'essor continu comme l'un des principaux bienfaits d'une civilisation progressive.
La moralité réelle et la vraie liberté s'y trouvent pro-
fondement intéressées, afin que la conduite et le jugement puissent comporter de véritables principes, dont l'application, même la mieux démontrable, serait presque toujours insuffisante, si elle restait livrée à l'impulsion spéciale et directe du commandement ou de l'obéissance.
Pour l'harmonie générale des forces politiques, il est clair que les deux pouvoirs, théorique et pratique, ont des sources et des voies tellement différentes, quant au cœur, à l'esprit et au caractère, que l'intluence consultative et l'influence impérative ne sauraient, désormais, appartenir aux mêmes organes essentiels.
Toute tendance sérieuse à réaliser cette utopie rétrograde ne pourrait aboutir qu'à l'intolérable domination de médiocrités également incapables dans les deux genres.
La suite de ce discours montrera d'ailleurs que cette division fondamentale se trouvera de plus en plus placée naturellement sous l'irrésistible protection spéciale des deux éléments sociaux où résident surtout le bon sens et la moralité.
Destinée à manifester une irrévocable renonciation au régime ancien, mais sans pouvoir aucunement indiquer la nature de l'état final, la partie négative de la Révolution se résuma tout entière dans une devise profondément contradictoire. Liberté, Égalité, qui repoussait toute organisation réelle.
Car un libre essor développe nécessairement les différences quelconques, surtout mentales et morales; en sorte que, pour maintenir le niveau, il faut toujours comprimer révolution.
Mais cette incohérence radicale n'altérait point l'énergie
négative de celte formule initiale, où la haine du passé suppléait à la conception de l'avenir.
Sa tendance progressive modérait alors sa nature anarchique, au point d'inspirer la première tentative directe pour fonder la vraie politique sur l'ensemble de L'histoire, dans l'ébauche immortelle, quoique avortée, qu'essaya mon éminent précurseur Condorcet.
Ainsi la prépondérance finale de l'esprit historique s'annonçait déjà sous le principal ascendant d'un esprit anti-historique.
La longue rétrogradation qui dut suivre cet ébranlement décisif ne comporta jamais de véritable devise, d'après la secrète antipathie qu'elle inspira toujours aux têtes pensantes et aux cœurs énergiques.
Elle ne pouvait laisser d'autres résultats durables que l'universelle conviction, d'abord expérimentale, puis systématique, de l'impuissance organique de la métaphysique révolutionnaire, et l'élaboration historique qui concourut à préparer le positivisme par une première appréciation du moyen âge.
Quand une mémorable secousse eut terminé cette réaction rétrograde, commencée par Robespierre, développée par Bonaparte, et prolongée par les Bourbons, la halte équivoque qui vient de linir fit surgir une nouvelle devise passagère.
La célèbre formule Liberté, Ovdre public, qui prévalut ainsi pendant une demi-génération, caractérisa fidèlement le milieu social d'où elle émanait.
Sa signification fut d'autant plus réelle que sa source fut purement spontanée, sans jamais susciter aucune sanction solennelle.
Elle indiquait une raison publique qui, ne voyant sur aucun drapeau la vraie formule de l'avenir social, se
bornait à proscrire la conciliation des deux conditions indispensables à sa préparation.
Cette seconde devise se rapprocha davantage que la première du but organique de la Révolution. On y élimina la notion antisociale d'égalité, dont tous les avantages moraux se retrouvent, sans aucun danger politique, dans le sentiment indestructible de la fraternité universelle, qui, en Occident, n'a plus besoin, depuis le moyen âge, d'être distinctement formulé. '
La grande notion de l'ordre s'y trouvait empiriquement introduite, avec la réserve propre à un temps où l'anarchie des esprits et des cœurs prescrivait de se borner à l'ordre matériel, intérieur et extérieur.
Cette devise provisoire ne pouvait suffire depuis que l'ascendant politique du principe républicain nous ouvre directement la partie positive de la révolution, déjà commencée, pour les vrais philosophes, quand je fondai la véritable science sociale.
Mais, en abandonnant une telle formule, la raison publique ne saurait la remplacer par une consécration rétrograde de celle qui ne convenait qu'à l'ébranlement initial.
Quoique le défaut total de convictions sociales explique maintenant celte sorte de résurrection officielle, elle n'empêchera point les bons esprits et les cœurs honnêtes d'adopter spontanément la devise systématique de l'avenir. Ordre et Progrès.
Son caractère, à la fois philosophique et politique, a été assez expliqué, dans la seconde partie de ce discours, pour que je doive ici me borner à indiquer sa filiation et son avènement.
Elle se rattache à la précédente, ainsi que celle-ci se liait à la première, par l'un des éléments de cette combinaison sociale, nécessairement binaire comme toute autre
quelconque, même inorganique. D'ailleurs elle consacre aussi, à sa manière, la notion commune aux deux autres, puisque tout progrès suppose la liberté.
Mais elle accorde directement à l'ordre la prééminence qui lui convient, et sans laquelle il ne peut embrasser l'ensemble de son domaine naturel, à la fois public et privé, théorique et pratique, moral et politique.
En y associant le progrès, comme but et manifestation de l'ordre, elle proclame une notion qui, préparée par l'ébranlement initial, dominera la terminaison organique de la Révolution occidentale. La conciliation, jusqu'alors impossible, de ces deux grands attributs, est déjà systématisée pour tous les esprits avancés.
Quoique la raison publique ne l'ait pas encore sanctionnée, tous les vœux spontanés s'y rapportent depuis la dernière phase de la rétrogradation.
Lu contraste décisif annonce son prochain avènement, d'après la coïncidence croissante qui se manifeste maintenant entre les tendances rétrogrades et les tendances anarchiques, de plus en plus liées aux mêmes inspirations.
Après avoir assez défini l'ensemble du domaine mathématique, il convient d'apprécier davantage le caractère logique et la composition scientifique de ses diverses parties fondamentales. Pour mieux diriger cette appréciation spéciale, je dois d'abord indiquer quelques réflexions générales sur le besoin de restreindre et de rectifier les études mathématiques, conformément à leur destination normale dans l'état final de l'humanité.
Depuis que Descartes les a coordonnées, en y organisant
la relation élémentaire entre l'abstrait et le concret, elles ont réellement fait plus de progrès essentiels que pendant tous les siècles antérieurs. Mais cet immense essor a été bientôt altéré par le développement simultané de l'anarchie scientifique, d'après la rupture nécessaire de l'ancienne discipline philosophique.
En même temps, les encouragements naturels émanés de l'admiration publique et de la munificence sociale y ont de plus en plus écarté les vraies vocations théoriques, en y suscitant une culture vulgaire, où le prétendu dévouement à la science couvre presque toujours un orgueil aveugle et une ignoble cupidité. Ces études intéressées ont d'ailleurs tendu graduellement à devenir machinales, d'après une vicieuse appréciation des grandsuccès dus à l'emploi du calcul.
La géométrie proprement dite, qui constitue le principal domaine mathématique, comme but du calcul et base de la mécanique, a été bientôt envahie par les spéculations algébriques, aspirant aveuglément à un essor indéfini. Toutefois, le développement de la mécanique céleste a longtemps contenu ces aberrations en procurant un utile emploi à l'impulsion analytique.
Mais, depuis que cette construction est terminée, le titre de géomètre a été le plus souvent usurpé par de simples algébristes, presque étrangers à toute vraie méditation géométrique. Au lieu de cultiver le calcul pour la géométrie et la mécanique, on ne voit guère, dans ces deux sciences, que des sujet- d'exercice pour un facile essor analytique, où les signes tiennent fréquemment lieu d'idées.
C'est ainsi que l'absence de toute discipline philosophique a radicalement vicié la première base du vrai système de no.- connaissances théoriques.
L'irrationnelle consécration accordée au prétendu calcul
des chances suffirait à caractériser, pour tous les bons esprits, les ravages scientifiques d'une telle anarchie mathématique.
Par une étrange dégradation, la science du calcul, qui fui le berceau systématique du dogme fondamental de la philosophie naturelle, semble alors, d'après d'immenses progrès, aboutir à des spéculations où l'on suppose les événements dépourvus de toute loi.
La contradiction est d'autant plus décisive que. cependant, on ne ramène point ces phénomènes sous l'empire des anciennes volontés, en sorte qu'ils ne suivent aucun régime, sauf l'académique.
Dans les plus vaines discussions scolastiques du moyen âge, il n'y a peut-être rien d'aussi creux, ni même d'au-si absurde, que les notions officielles de nos algébrisles sur la mesure des probabilités et surtout des espérances.
.Mais le reste du domaine mathématique n'est guère moins encombré aujourd'hui de spéculations puériles et de conceptions vicieuses, offrant à l'esprit un exercice beaucoup moins salutaire que celui résulté des énigmes vulgaires.
On a peine à concevoir des abus intellectuels aussi dégradants, par exemple, que les efforts relatifs à l'évaluation de stériles intégrales, qu'on ne sait plus déterminer entre des limites autres que celles du thème factice.
Les ravages logiques du régime académique correspondent trop exactement à ses résultats scientifiques. Il a profondément altéré les précieuses propriétés toujours attribuées aux études mathématiques, comme sources élémentaires de la saine méthode philosophique.
L'analyse, où Descartes voyait surtout un puissant moyen de généralisation, l'ail ainsi prévaloir un misérable esprit de détail, qui tend à détruire toute vue d'easemble.
Sous l'usurpation algébrique, un vain ergotage et un aveugle mécanisme dénaturent de plus en plus le vrai raisonnement mathématique, qui pourrait offrir les premiers germes de tous les procédés logiques que l'on croit exclusivement propres aux études supérieures.
De là résulte même une sorte de rétrogradation vers le régime métaphysique, par une tendance involontaire à rétablir l'absolu dans les théories qui s'en affranchirent les premières.
L'emploi routinier de la déduction fait totalement oublier la part que l'on y accordait jadis à l'induction, qui y fut encore si puissante chez Descartes.
Aussi les notions fondamentales de géométrie et de mécanique ont-elles pris ainsi un caractère beaucoup moins philosophique que celui qu'elles offraient au xviic siècle, avant l'invasion analytique.
Même dans la science du calcul, toutes les conceptions qui exigent des vues d'ensemble sont déjà tombées en dissolution.
L'importante doctrine des séries, si heureusement élaborée par Euler et Lagrange, se trouve aujourd'hui décomposée radicalement sous d'irrationnels scrupules, incompatibles avec son efficacité analytique, et qui tiennent surtout à une confusion empirique entre l'arithmétique et l'algèbre.
Pour bien apprécier cette anarchie mathématique, il faut enfin considérer que ses ravages intellectuels, tant logiques que scientifiques, sont toujours accompagnés de graves dangers moraux.
Si le régime académique rétrécit la raison et flétri! l'imagination, il tend encore davantage à dessécher le cœur et à dégrader le caractère.
Chez les Occidentaux, qui, préservés du protestantisme, ont le mieux conservé l'heureuse culture morale du
moyen âge, l'instinct public a pressenti et contenu cette fatale tendance de nos études mathématiques, tant redoutées surtout des mères espagnoles.
En sanctionnant cette antipathie spontanée, la >aine philosophie l'explique et la circonscrit, en la rattachant non à la vraie nature d'une telle science, mais à sa dégénération actuelle. La principale source de ces ravages moraux réside, en effet, dans cette même usurpation algébrique d'où dérivent les vices intellectuels que je viens de caractériser.
On sait que les aberrations de l'esprit tiennent presque toujours à la corruption du cœur, qui les fortifie quand elle ne les inspire pas. Le cas actuel confirme profondément cette sentence empirique, aisément explicable aujourd'hui d'après la vraie théorie morale.
Si nos algébristes aspirent à dominer tout le système mathématique, et. par suite, l'ensemble de la philosophie naturelle, sans quitter son plus bas échelon, cette prétention ne vient pas seulement de leur impuissance réelle envers les études supérieures.
Elle est surtout due au secret besoin d'obtenir, à peu de frais; des satisfactions égoïstes, en abusant de l'aveugle crédit que le public continue d'accorder, quoique plus faiblement, à leurs vains travaux.
Quelle que soit leur médiocrité mentale, si leur cœur était pur. ils -auraient ou renoncer loyalement à une carrière qui excède leurs forces, ou diriger noblement leur essor vers sa vraie destination principale.
Chaque science inférieure ne doit être préalablement cultivée (piaulant que l'esprit humain en a besoin pour -'('•lever solidement à la science suivante, jusqu'à ce qu'il soil ainsi parvenu à l'étude systématique de l'Humanité, sa seule station finale.
Telle est la loi générale du vrai régime préliminaire,
Quoiqu'elle n'ait pu être démontrée que de nos jours, elle fut constamment pressentie des véritables organes de cette grande préparation, ainsi embellie d'un puissant attrait pour leur cœur comme pour leur esprit.
Ce noble instinct est très sensible chez la plupart des savants si dignement appréciés par Fontenelle, et même encore chez ceux que jugea Condorcet. Les moindres d'entre eux s'honoraient de coopérer à la haute mission que Descartes et Bacon avaient assignée à la science moderne pour préparer la saine philosophie, base nécessaire de la vraie rénovation sociale.
Depuis que cette préparation est suffisante, que la construction philosophique a surgi, et que la situation occidentale en réclame l'active consécration, toute tendance à dominer les études supérieures par les inférieures doit être autant flétrie comme preuve d'immoralité que comme signe d'incapacité.
Sous cet aspect décisif, l'abus du calcul en mathématique constitue réellement la première phase spéciale du matérialisme systématique, assez caractérisé, en général, dans mon discours préliminaire.
L'usurpation de la physique par les géomètres, de la chimie par les physiciens, et de la biologie par les chimistes, deviennent ensuite de simples prolongements successifs d'un vicieux régime, dont le principe est toujours le même, et qui ne peut être radicalement rectifié qu'en son germe inaperçu.
11 développe partout un pareil abus de la ju>te influence déductive que chaque science préliminaire exerce nécessairement sur la suivante, d'après son indépendance el sa généralité plus grandes.
Cette appréciation définitive caractérise à la bus l'extrême importance et la source normale de la rectification
mathématique dont il s'agit ici. Ainsi liée aux plus hautes questions philosophiques, et même aux principaux hesoins sociaux, elle ne peut émaner que de l'universelle discipline instituée parla religion sociologique.
La science finale reposant sur l'ensemble des sciences préliminaires, toutes la menacent d'usurpations analogues à celle que chacune d'elles subit de la précédente.
Mais ici la résistance est spontanément assurée par la difficulté et l'importance des questions, trop évidemment supérieures à de telles vues déductives, quoiqu'elles puissent et doivent les utiliser beaucoup.
La sociologie se trouve ainsi conduite, en reconnaissant le besoin des diverses études préparatoires, à se réserver toujours leur usage systématique, qu'elle seule peut apprécier.
Par là, elle écarte irrévocablement un ténébreux matérialisme, sans recourir à un vain spiritualisme. La fluctuation, logique et scientifique, de toute notre philosophie naturelle entre la rétrogradation et l'anarchie se résout alors par l'application convenable de ce principe universel : chaque science doit diriger l'emploi normal de la précédente pour sa propre constitution. En puisant ce principe incontestable à sa vraie source sociologique, on lui procure partout l'autorité résultée de ses autres vérifications.
Mais, en outre, on invoque ainsi le sentiment à l'appui de la raison, dont les scrupules et les hésitations disparaissent en présence des graves nécessités morales et sociales qui prescrivent un tel régime intellectuel. C'est là un nouvel exemple décisif de l'intime solidarité finale établie, au chapitre précédent, entre la logique du cœur el celle de l'esprit.
D'après ce principe général, il faut donc que les vrais géomètres, à l'exclusion des purs algébristes, se chargent
désormais d'appliquer le calcul aux questions géométriques et mécaniques, en réduisant son domaine à ce qui est indispensable pour cette destination.
Mais, au fond, le même vice renaîtrait sous une autre forme si les géomètres proprement dits devaient, à leur tour, rester exclusifs, au lieu de concevoir leur science comme une simple préparation à la suivante.
On est ainsi conduit, de proche en proche, à reconnaître que de véritables philosophes, dignement voués au sacerdoce de l'Humanité, peuvent seuls désormais cultiver sagement les sciences, même préliminaires, qu'il faut entin ùter aux purs savants, en brisant avec énergie le rég i me académique .
Il n'y a pas d'autre moyen pour que les travaux de détail se subordonnent toujours aux vues d'ensemble, comme l'exigent à la fois le bon sens et la morale.
Loin de constituer une véritable innovation, cette indispensable réforme se réduit, au fond, à reconstruire sur de meilleures bases la discipline scientilique, rompue exceptionnellement pendant h'- deux derniers siècles.
Sa salutaire sévérité dissipera, sans doute, la majeure partie des spéculations actuelles, et rectifiera presquetoutes les autres. Mais, loin d'y voir un inconvénient, tous les vrais penseurs se féliciteront, autant que le public, de ces résultats nécessaires, qui ramèneront à de dignes travaux des forces consumées aujourd'hui en divagations stériles, ou plutôt pernicieuses, tant à l'esprit qu'au cœur.
A la vérité, ce régime normal fera quelquefois négliger d'utiles recherches théoriques, qui n'auraient aucune relation, directe ou indirecte, avec les études supérieures. En scrutant davantage ces cas exceptionnels, on reconnaît qu'ils ne peuvent vraiment affecter que de- questions susceptibles d'applications pratiques.
Dès lors, les dignes praticiens se chargeront eux-mêmes dune élaboration dont ils doivent seuls comprendre assez Le but et l'esprit, saut à provoquer, s'il y a lieu, quelques nouveaux développements préalables de la théorie correspondante.
Cet état normal de la culture scientifique sera solidement fondé sur le système complet d'éducation universelle, déjà indiqué au discours préliminaire. 11 fait précéder et diriger l'initiation théorique par un essor affectif et une évolution esthétique, dont l'irrésistible ascendant y rappellera toujours la raison au service ou du sentiment ou de l'activité.
La culture scientifique n'est moralement justifiable que par sa nécessité théorique et pratique. Car elle n'exerce point sur le cœur cette précieuse réaction qui procure tant de valeur directe à la culture poétique, seule pleinement adaptée à notre nature.
Tout en lui conférant sa légitime consécration, la vraie religion, toujours attentive à l'ensemble des rapports humains, restreindra donc la science entre ses justes limites. >péciales et générales.
Comme plus ancienne et plus dispersive, la mathématique devra subir davantage cette indispensable épuration finale, qui doit d'ailleurs commencer là. afin de s'étendre ensuite à tous les autres cas. d'après ce type fondamental.
Lu achevant d'apprécier une telle restriction systématique de chaque science préliminaire à l'essor nécessaire pour constituer la suivante, on reconnaît aisément la profonde rationalité de cette discipline. Car l'étude directe d'une >cience quelconque ne peut jamais être que provisoire, même envers ses propres conceptions.
Leur principale appréciation résulte toujours, et surtout
en mathématique, de leurs relations essentielles avec les théories supérieures, puisque les sciences ne s'unissent que par leurs grandes faces.
Il faut donc hâter le plus possihle ces indispensables préparations, pour s'établir au seul poste d'où l'on puisse embrasser réellement tous les aspects théoriques. Ainsi, la discipline sociologique doit être aussi invoquée au nom même de la vraie dignité scientifique.
C'est seulement en statique sociale que Ton commence à sentir la véritable grandeur des diverses théories préliminaires d'après leurs relations mutuelles, qui ne pouvaient assez surgir auparavant. Mais cette appréciation ne devient même complète que dans la sociologie dynamique, qui les caractérise mieux par leur filiation historique.
Aucune science ne peut être dignement comprise sans son histoire essentielle, et aucune véritable histoire spéciale n'est possible que d'après l'histoire générale. De vrais sociologistes sont donc seuls capables de bien connaître la mathématique, dont les meilleurs géomètres n'ont pu concevoir l'ensemble.
Lagrange en a mieux approché qu'aucun autre, parce que ses principales méditations ont été aussi profondément historiques que son temps le permettait. Pour sentir l'intime réalité d'une telle maxime philosophique, il suffit de reconnaître qu'aucun astronome n'a jamais pu s'expliquer pourquoi Hipparque ne découvrit point les lois de Kepler.
Quelque simple que paraisse une telle question, la sociologie peut seule y répondre, parce qu'elle dépend de la marche réelle de l'évolution humaine, tant sociale que mentale.
À celte base logique de la mécanique rationnelle, succède sa base physique, qui permet aussitôt d'instituer ses diverses théories élémentaires.
Elle consiste dans l'ensemble des trois lois générales du mouvement, respectivement découvertes par Kepler, Galilée et Newton, d'après une saine interprétation des phénomènes les plus vulgaires, où elles furent enveloppées jusqu'à eux, faute d'une convenable disposition mentale.
La première détermine la propre nature de chaque mouvement simple, comme étant toujours rectiligne et uniforme, quelle que soit sa source extérieure.
Dans la seconde loi, on reconnaît l'indépendance totale des mouvements relatifs envers le mouvement commun aux diverses parties d'un système quelconque.
Enfin la troisième proclame l'égalité constante entre la réaction et Faction, pour tous les modes possibles d'influence mutuelle.
Combinées avec l'institution de l'inertie, à laquelle leur réalité est subordonnée, ces trois Jois, évidemment irréductibles, fournissent un fondement suffisant à toutes les théories dynamiques.
La première ayant caractérisé les divers mouvements isolés, les deux autres posent aussitôt les règles élémentaires de leur composition et de leur communication, objets respectifs des deux grands problèmes mécaniques.
Aucune nouvelle base inductive ne saurait être indispensable dans une étude dont l'ensemble est ainsi saisi. Tout son essor systématique dépend alors d'une construction
purement rationnelle, fondée sur une gradation convenable des principales difficultés.
Quelque lointaines ou détournées qu'y deviennent les déductions, elles doivent toujours offrir la même réalité que le point de départ, dont elles peuvent, à leur tour, confirmer la légitimité.
Outre l'importance propre à ces conséquences, générales ou spéciales, les trois lois fondamentales de la mécanique offrent, en elles-mêmes, un puissant intérêt philosophique, au titre de première manifestation directe du sentim'ent systématique de l'ordre naturel.
Le positivisme représente chacune d'elles comme le germe nécessaire d'une plus grande loi qui convient à tous les phénomènes d'activité, quoique d'abord elle ait semblé bornée à ceux du mouvement.
Ainsi la loi de Kepler devient un cas particulier de la loi de persistance qui règne partout, et d'où dérivent, par exemple, l'habitude chez les corps vivants, l'instinct conservateur dans les sociétés.
De même, la loi de Galilée se rattache à la loi générale qui concilie toujours l'activité des parties avec l'existence de l'ensemble, et d'où résulte, en sociologie, l'harmonie fondamentale entre l'ordre et le progrès.
Eniin la loi de Newton convient, encore plus clairement, à toutes les mutations possibles, sauf la juste mesure spéciale des actions et des réactions.
Son entière extension mécanique conduit au célèbre principe construit par d'Alembert, pour ramener l'étude du mouvement d'un système quelconque à celle de l'équilibre correspondant.
Or les plus nobles phénomènes permettent aussi, d'après une marche analogue, une équivalente réduction des conceptions dynamiques aux notions statiques.
C'est ainsi que j'ai construit le grand aphorisme socio-
logique {le progrès est le développement dp l'ordre) sur lequel repose tout ce traité.
Pleinement appréciée, cette troisième loi biologique termine la célèbre controverse, encore essentiellement pendante, sur la perpétuité des espèces. Car une telle loi, assurant l'hérédité organique à chaque génération, la prolonge aussi après une succession nouvelle. Elle consiste, au fond, à maintenir spontanément l'intégrité du type, quel que soit le nombre des transmissions.
C'est pourquoi tous ceux qui ont supposé la variabilité indéfinie des espèces se sont trouvés bientôt conduits à concevoir les corps vivants comme pouvant se former, de toutes pièces, par de simples actions chimiques, au moins chez les êtres inférieurs.
De tels paradoxes doivent peu surprendre dans un ordre de spéculations où la positivité n'a pu jusqu'ici surgir que d'en bas. Maintenant que la sociologie permet enfin de l'y faire aussi pénétrer d'en haut, la revision systématique de toutes les études provisoires écartera définitivement ces vains débats.
Ils offrirent d'abord une utilité indirecte, surtout Logique, pour poser quelques questions et susciter certaines conceptions. Désormais le même office sera mieux rempli par la culture encyclopédique, qui disposera toujours à saisir l'ensemble des aspects biologiques.
i lu sentira alors que l'opinion de l'instabilité des espèces esl uni' dangereuse émanation du matérialisme cosmologique, d'après une irrationnelle exagération delà réaction vitale des milieux inertes, qui n'a jamais été bien conçue. Cette aberration serait directement contraire à l'indépen-
dance normale de la biologie, qu'il faut aujourd'hui consolider avant tout.
Quand la spontanéité vitale aura été dignement appréciée, il conviendra de compléter sa théorie fondamentale parcelle des modifications dues au milieu. .Mais l'introduction prématurée de ces questions complémentaires ne peut aujourd'hui susciter que des débats anarchiques, plutôt contraires que favorables au vrai progrès de la biologie.
Il serait ici superflu de signaler expressément l'importance sociologique, encore plus évidente pour cette dernière loi biologique qu'envers les deux autre-. Un y sent aussitôt le germe direct de la continuité historique, qui constitue le principal caractère du grand organisme. Dans l'ordre pratique, l'hérédité vitale n'a pas moin- de prix, comme première source naturelle de l'hérédité sociale.
Notre dernière crise a fait, ce me semble, irrévocablement passer la République française «le la phase parlementai ri-, qui ne pouvait convenir qu'à une révolution négative, à la phase dictatoriale, seule adaptée à la révolution positive, d'où résultera la terminaison graduelle de la maladie occidentale, d'après une conciliation décisive entre Tordre et le progrès.
Si même un trop vicieux exercice de la dictature qui vient de surgir forçait à changer, avant le temps prévu, smi principal organe, cette fâcheuse nécessité ne rétablirait pas réellement la domination d'une assemblée quelconque, sauf peut-être pendant le court intervalle qu'exigerait l'avènement exceptionnel d'un nouveau dictateur.
D'après la théorie historique que j'ai fondée, l'ensemble du passé français tendit toujours à faire prévaloir le pouvoir central. Cette disposition normale n'aurait jamais h ce pouvoir n'avait pas enfin pris un caractère rétrograde, dès la seconde moitié du règne de Louis Xl\ . De là provint, un siècle après, l'entière abolition de la uté française; d'où la domination passagère de l'unique assemblée qui dût être vraiment populaire parmi non-.
Son ascendant ne résulta môme que de sa digne subordination envers l'énergique Comité surgi de son sein pour diriger l'héroïque défense républicaine. Le besoin de remplacer la royauté par une vraie dictature se fit bientôt sentir, d'après la stérile anarchie que développait notre premier essai du régime constitutionnel.
Malheureusement, cette indispensable dictature ne tarda point à prendre aussi une direction profondément rétrograde, en combinant l'asservissement de la France avec l'oppression de l'Europe.
C'est uniquement par contraste à cette déplorable politique que l'opinion française permit ensuite le seul essai sérieux qui pût être tenté parmi nous d'un régime particulier à la situation anglaise.
Il nous convenait si peu que, malgré les bienfaits de la paix occidentale, sa prépondérance officielle pendant une génération nous devint encore plus funeste que la tyrannie impériale ; en faussant les esprits par l'habitude des sophismes constitutionnels, corrompant les cœurs d'après des mœurs vénales ou anarchiques, et dégradant les caractères sous l'essor croissant des tactiques parlementaires.
Vu la fatale absence de toute véritable doctrine sociale, ce désastreux régime subsista, sous d'autres formes, après l'explosion républicaine de 1848. Cette nouvelle situation, qui garantit spontanément le progrès et tourna vers l'ordre toutes les graves sollicitudes, exigeait doublement l'ascendant normal du pouvoir central.
Au contraire, on crut alors que l'élimination d'une vaine royauté devait susciter le plein triomphe du pouvoir antagoniste. Tous ceux qui avaient activement participé au régime constitutionnel, dans le gouvernement, dans l'opposition, ou dans les conspirations, auraient du être, il y a quatre ans, irrévocablement écartés de la
scène politique, comme incapables ou indignes de diriger notre République.
Mais un aveugle entraînement leur confia, de touteparts, la suprématie d'une constitution qui consacrait directement l'omnipotence parlementaire. Le vote universel étendit même aux prolétaires les ravages intellectuels et moraux de ce régime, bornés jusqu'alors aux; classes supérieures et moyennes.
Au lieu de la prépondérance qu'il devait reprendre, le pouvoir central, qui perdait ainsi les prestiges d'inviolabilité et de perpétuité, gardait pourtant la nullité constitutionnelle qu'ils voilaient auparavant.
Réduit à une telle extrémité, ce pouvoir nécessaire vient heureusement de réagir avec énergie contre une intolérable situation, aussi désastreuse pour nous que honteuse pour lui.
L'instinct populaire a laissé tomber sans défense un régime anarchique. On sent de plus en plus, en France, que la constitutionnalité convient seulement à une prétendue situation monarchique, tandis que notre situation républicaine permet et exige la dictature.
La plus sage des dix constitutions promulguées depuis 1789 vient d'ailleurs de régulariser, quoique toujours empiriquement, cette dictature républicaine, en sorte qu'elle puisse se modifier paisiblement suivant les vraies exigences sociales et d'après les saines lumières théoriques.
<.elte nouvelle phase politique permet enfin d^élaborer directement la réorganisation universelle. Auparavant, il n'y avait d'activement posée, pour l'opinion publique, que la question du progrès, isolée de celle de l'ordre, qui en constitue pourtant la souche nécessaire, tant intellectuelle que sociale. Non moins irrationnelle qu'immorale,
une toile thèse ne pouvait convenir qu'aux parleurs, en écartant les penseurs comme les faiseurs.
Une vaine métaphysique, se sentant incapable d'aborder sérieusement l'immense question de l'ordre, avait même tenté de l'interdire, en imposant matériellement un respect légal pour les dogmes révolutionnaires que toute doctrine vraiment organique doit préalablement exclure.
Mais cette indivisible question ayant enfin prévalu dans la situation républicaine, qui seule comporte et réclame sa pleine solution, rien ne peut plus empêcher son ascendant croissant, si notre milieu social contient une doctrine vraiment propre à diriger une telle élaboration. Or vous savez. Monsieur, mieux que personne, combien cette compétence appartient à la philosophie positive que j'ai construite.
D'après cette triple appréciation, on reconnaît que. en se bornant même à l'unité personnelle, il faudrait bénir la nécessité extérieure qui nous impose le régime altruiste comme seule base d'une harmonie réelle et stable ; car il devient aussi l'unique garantie du vrai bonheur individuel.
Sanctionnant à jamais les vagues inspirations qui surgirent sous la dernière synthèse provisoire, la raison systématique érige en biens principaux de chaque homme les trois conditions fondamentales de l'existence sociale : l'amour, la foi. et l'espérance.
La première constitue la source intérieure de l'unité, dont la seconde fournit le fondement extérieur; tandis que la troisième, toujours liée à l'activité, devient d'abord le résultat et ensuite le stimulant de chacune des deux autre- .
Cet ordre naturel semble altéré dans les temps d'anarchie, sociale ou personnelle, qui paraissent laisser seulement subsister l'espérance, inséparable de toute vie.
Mais un meilleur examen la montre alors rattachée à un régime antérieur d'amour et de foi qui survit empiriquement à ses garanties systématiques.
D'ailleurs une tendance trop fréquente au désespoir privé ou public confirme spécialement, dans ces états exceptionnels, combien l'amour et la foi sont indispensables à l'espérance.
Quoi qu'il en soit, l'ensemble de ces trois qualités caractérise notre véritable unité, à la fois affective, spéculative et active.
A mesure que l'ordre occidental se rétablira, on sentira, mieux qu'au moyen âge, que ces trois conditions essentielles du bien public fournissent aussi les principales sources du bonheur privé.
La religion de l'Humanité étant reconnue seule propre à constituer pleinement l'unité personnelle, sa prééminence est encore moins contestable envers l'unité sociale, car cette aptitude à rallier résulte directement de son principe affectif et de sa base spéculative, qui tendent également à réunir tous les hommes daus un même sentiment et une même croyance.
Xi la théorie positive de notre nature, ni l'étude historique de notre évolution ne permettent de concevoir aucun autre régime qui puisse établir une active communauté d'amour et de foi entre tous les membres de notre espèce.
Enfants du même Grand-Etre, tous deviennent d'abord ses serviteurs objectifs, et enfin ses organes subjectifs. Cette immense connexité ne peut se borner au présent : le cœur el L'espril s'accordent à v comprendre l'ensemble du passé et l'ensemble de l'avenir humains, l'un comme source, l'autre comme but nécessaires.
Une telle continuité successive caractérise davantage la vraie religion que la simple solidarité actuelle. Elle y détermine la véritable destination de notre existence objective, transmettre amélioré' à nos successeurs l'héritage progressif que nous avons reçu de nos prédécesseurs.
Ainsi conçu dans son ensemble, le service de l'Humanité devient essentiellement gratuit. Car chaque génération doit rendre gratuitement à la suivante ce qu'elle-même reçut gratuitement de la précédente.
L'amélioration qu'elle y ajoute ne constiliu' jamais qu'une faible fraction, d'ailleurs toujours décroissante de la valeur totale. Il faut étendre à la répartition individuelle la notion ainsi résultée de la transmission collective.
Quand j'établirai, dans la suite de ce volume, la théorie positive du salaire, je montrerai qu'il ne paye jamais la partie essentielle du service correspondant, mais seulement sa partie matérielle.
Tout travail humain consomme certains matériaux, qui ont besoin d'être renouvelés, soit pour remplacer les provisions, soit pour réparer les instruments.
Le salaire consiste toujours dans ce double renouvellement, sans concerner jamais le service rendu, qui ne peut être dignement récompensé que d'après une juste réciprocité.
Cette appréciation, déjà reconnue envers les plus hautes fonctions sociales, est systématisée, par la religion de l'humanité, pour toute coopération réelle. Elle nous purifiera des altérations morales résultées du régime égoïste, et qui entraveraient le régime altruiste, en y excitant l'essor habituel des sentiments qu'il doit comprimer.
Telle est l'aptitude sociale de la vraie religion que toute association durable a toujours tendu spontanément vers une semblable synthèse. Les bons sentiments peuvent
seuls nous réunir, et jamais l'intérêt n'a déterminé des liaisons stables, même avec peu d'extension.
Aussi retrouve-t-on partout la consécration des efforts individuels d'après une destination collective et continue, dont la notion, de plus en plus généralisée, prépara graduellement la conception et le sentiment du Grand-Etre.
Même quand l'association n'a qu'un but destructeur, elle repose encore sur l'affection mutuelle, alors bornée seulement à une population spéciale. Toutefois, cette activité militaire s'oppose directement à l'unité morale, en excitant habituellement des sentiments hostiles envers la majeure partie de l'humanité.
C'est pourquoi le cœur exige, encore plus que l'esprit, l'extension totale de la communauté humaine à l'ensemble de notre espèce. Aucun antagonisme collectif entre les divers serviteurs de l'Humanité ne peut habituellement se concilier ni avec la notion, ni surtout avec le sentiment, du vrai Grand-Etre.
.Néanmoins, l'ordre naturel empêchera toujours l'extension absolue du régime altruiste; car l'union ne franchira jamais les limites de notre espèce, sauf les races animales qui peuvent réellement s'y associer.
Hors de cette vaste coalition, destinée à l'exploitation • lu domaine terrestre, notre planète présente encore une foule d'êtres sensibles, qui ne sont point assimilables, et envers lesquels notre activité restera destructive, sans qu'aucun sophisme puisse nous dissimuler cette cruelle nécessité.
La synthèse altruiste doit donc être toujours relative, quoique son domaine s'étende constamment. Même quand la personnalité serait assez subordonnée à la sociabilité, cet égoïsme collectif ne permettra jamais que l'amour devienne pleinement universel.
Ces limites nécessaires ne sauraient pourtant altérer notre enthousiasme, quoiqu'on doive aujourd'hui les con-
sidérer pour mieux éliminer l'absolu. 11 faut seulement déplorer que les imperfections naturelles de Tordre universel nous interdisent un plein essor des affections disposées à tout embrasser.
Pour compléter l'appréciation sociale de la vraie synthèse, on doit remarquer son aptitude spontanée à rallier sans comprimer.
Car la saine notion du Grand-Etre consacre autant l'indépendance que le concours, comme également nécessaire au service fondamental, puisque toutes les fonctions collectives exigent finalement des organes individuels.
Une sincère impulsion sociale ne méconnaît jamais la liberté personnelle que faute de lumière, et même d'extension. Ce conflit résulte surtout d'une grossière ébauche, mentale et morale, de la synthèse altruiste, quand elle se borne à la solidarité, en négligeant la continuité.
Il faut donc s'inquiéter peu d'une telle aberration, directement contraire aux conceptions et aux sentiments qui caractérisent le mieux la religion systématique de l'Humanité.
Envers le vrai Grand-Etre, le service subjectif domine de plus en plus le service objectif. Or la subjectivité suppose toujours des sources individuelles, -que leur libre concours peut seul convertir en impulsions collectives.
Loin d'altérer l'indépendance, la religion positive la sanctifie et la développe, en lui o tirant une noble destination. Indispensable à la dignité personnelle, cette condition n'importe pas moins au service social, que paralyserait toute oppression.
Le vrai concours doit toujours être facultatif, sauf la juste appréciation des motifs qui détermineraient à le refuser. En un mot, le régime altruiste suppose et produit la confiance, comme il exige et développe la responsabilité.
D'une autre part, il consacre directement toutes les vraies supériorités, naturelles ou acquises, en vouant toujours les forts au service des faibles.
Loin de disperser la puissance, spirituelle ou temporelle, il la concentre systématiquement pour la mieux adapter à son office social.
En appréciant le passé, il honore dignement les éminentes individualités dont chacune a tant influé sur l'ensemble des destinées humaines.
La religion positive inspire à tous les serviteurs du Grand-Etre une sainte émulation pour le représenter autant que possible. Elle appelle la vénération universelle sur chaque personnalité vraiment digne.
Son avènement normal peut seul contenir aujourd'hui les tendances, aveugles ou envieuses, qui poussent à comprimer les inégalités réelles au lieu de les utiliser.
Un juste sentiment de la valeur individuelle doit habituellement seconder la moralité positive, en disposant à mieux combattre les impulsions vicieuses qui altéreraient une force consacrée au Grand-Etre.
Les besoins irrésistibles auxquels notre activité doit toujours pourvoir étant nécessairement personnels, notre existence pratique ne saurait immédiatement offrir un autre caractère.
Il s'y développe à la fois de deux manières, l'une positive, l'autre négative, en excitant les instincts égoïstes et comprimant l'essor sympathique.
Outre que les tendances bienveillantes ne correspondent point à un tel but, tant qu'il reste individuel, elles ont trop peu d'énergie naturelle pour imprimer d'abord une suffisante impulsion.
Une semblable appréciation convient encore davantage aux efforts intellectuels que suscite l'activité matérielle
La préoccupation qu'ils exigent nous détourne spontanément des émotions sympathiques, et ils excitent les instincts personnels en nous procurant un sentiment exagéré de la valeur individuelle.
Ainsi l'activité commandée par nos besoins physiques exerce d'abord une influence doublement corruptrice, directe sur le cœur et indirecte sur l'esprit.
Mais cette fatalité ne prévaut qu'autant que l'existence pratique demeure strictement individuelle: ce qui peut longtemps persister dans les milieux défavorables.
Dès qu'elle commence à devenir sociale, même au simple degré domestique, la coopération continue, soit simultanée, soit surtout successive, tend à transformer de plus en plus le caractère égoïste de toute l'industrie primitive.
Cette transformation décisive, qui fonde nos vraies destinées, ne peut être scientifiquement appréciée qu'eu établissant d'abord deux lois corrélatives, méconnues jusqu'ici, envers notre existence matérielle.
Leur combinaison naturelle constitue aussitôt la théorie positive des accumulations, sans lesquelles une semblable modification resterait toujours impossible.
Aussi l'admirable sagesse spontanée qui dirige l'institution graduelle de notre langage a-t-elle partout qualifie de capital chaque groupe durable de produits matériels. afin de mieux indiquer son importance fondamentale pour l'ensemble de l'existence humaine.
De ces deux lois économiques, l'une pourrait être dite subjective et l'autre objective, puisque la première se
rapporte à nous-mêmes, et la seconde au monde extérieur.
Elles consistent dans ces deux faits généraux: d'abord, chaque homme peut produire au delà de ce qu'il consomme; ensuite les matériaux obtenus peuvent se conserver au delà du temps qu'exige leur reproduction.
Il faut, évidemment, borner cette double propriété à la simple existence physique; car, les richesses intellectuelles ne se perdant point par leur propre usage, mais seulement d'après notre incurie, leur accumulation continue ne présente pas les mêmes difficultés.
Aussi ces nobles trésors se forment-ils avant les autres, auxquels ils servent de base initiale, quoique la connexité devienne bientôt réciproque.
Ce sujet élémentaire avait tellement besoin d'un éclaircissement positif que, malgré l'évidence spontanée de la première loi économique, elle a souvent été, de nos jours, niée systématiquement par l'esprit métaphysique.
Dans ses divagations effrénées, il a directement osé prétendre que chaque génération humaine consomme nécessairement tout ce qu'elle produit, comme si le progrès matériel de notre espèce n'était pas entièrement incompatible avec cette absurde hypothèse.
Une telle aberration ontologique peut ici servir, par contraste, à faire mieux ressortir à la fois la réalité et l'importance de la loi positive dont il s'agit. Mais un examen direct la constate suffisamment, même envers les premiers efforts de l'industrie matérielle.
Chez beaucoup d'espèces animales, où cette industrie se borne à recueillir et à garder les substances utiles, sans leur faire subir aucune préparation, l'aptitude à les accumuler au delà du besoin personnel, el même domestique, devient irrécusable, pour peu que l'animal soit actif.
Parmi nous, où le travail consiste surtout en une modification plus ou moins profonde, cette condition ralentit souvent l'efficacité de notre intervention, quoiqu'elle garantisse l'utilité et aussi la stabilité do ses résultats.
Néanmoins, même alors, on reconnaît, jusque chez les plus grossières peuplades, que chaque chef de famille peut produire fort au delà de ce qu'exige sa subsistance et celle des siens.
On n'a point assez examiné le taux réel de cet excédent général, ou combien de ménages peut nourrir habituellement un seul travailleur. 11 importerait cependant de connaître cette proportion naturelle, et les lois statiques, ou môme dynamiques, de sa variation, afin de mieux déterminer le rapport normal de la population agricole à l'ensemble de la société active.
Quelque simple que soit une telle recherche, elle ne fut abordée jusqu'ici que par un genre d'esprit qui tend toujours à obscurcir les questions qu'il traite, ce qui explique assez l'extrême imperfection actuelle de cette notion.
On y peut cependant assurer, en général, que, dans tous les milieux qui ne sont pas très défavorables, le travail de chaque famille agricole pourrait au moins en nourrir une autre équivalente, et souvent deux ou même trois.
C'est pourtant le seul cas où la première loi économique serait, en apparence, contestable, puisque l'excédent accumulable s'y trouve naturellement moins abondant qu'envers les autres industries matérielles.
Dans tous les arts, mécaniques ou chimiques, relatifs au logement ou au vêtement, chaque opérateur peu! aisément suffire aux besoins réels, et même factices, do beaucoup d'autres individus.
J'aurai soin d'établir ailleurs, comme l'une des bases essentielles de la vraie hiérarchie industrielle, la loi naturelle qui concentre l'industrie humaine a mesure que sa
destination s'élève par une préparation plus complète. Quoi qu'il en soit, il suffit ici de reconnaître, en général, la réalité nécessaire de notre première loi économique, fondement initial de toute aptitude réelle à vivre, non seulement pour soi, mais aussi pour autrui, quel que puisse être le vrai motif d'un tel etfort habituel.
La seconde condition matérielle de l'existence sociale suppose évidemment la précédente, sans toutefois en résulter aucunement. Sa réalité sera toujours moins contestée par l'esprit sophistique, puisqu'elle concerne le monde extérieur, objet primitif de nos contemplations positives.
On concevrait aisément une constitution terrestre qui rendrait nos productions quelconques tellement altérables quelle se trouveraient détruites avant de pouvoir être remplacées.
En s'arrètant un moment sur une telle hypothèse, on reconnaît aussitôt que toute civilisation deviendrait alors impossible. Mais nos milieux les plus défavorables sont heureusement fort éloignés de cette désastreuse prépondérance, môme envers nos produits agricoles les moins susceptibles de conservation.
La chaleur humide des forets de la Guyane, qui putréfie les viandes en quelques heures, peut être assez surmontée par nos artilices conservateurs pour rendre vraiment habitables ces funestes localités, avant que notre intervention les ait suffisamment assainies.
Dans la plupart des milieux, quelques précautions fort simples, bientôt découvertes chez les moindres peuplades, permettent habituellement de conserver très longtemps presque toutes les substances alimentaires, comme on l'a souvent vu quant aux provisions céréales des villes assiégées.
Cette seconde loi économique, de même que la première, se prononce davantage à mesure que l'industrie
matérielle élève sa destination et concentre son élaboration. Tons les arts relatifs au logement en comportent • les vérifications séculaires, quelquefois étendues aussi à ceux qui concernent le vêtement.
Après avoir apprécié séparément chacune de ces deux conditions élémentaires, il est aisé de sentir, en les rapprochant, que leur combinaison naturelle permet aussitôt l'accumulation de nos richesses temporelles.
Quand même l'excédent produit resterait beaucoup moindre et se conserverait bien moins de temps que ne l'indiquent les "cas ordinaires, il suffit que ce surplus existe et qu'il puisse persister au delà de sa reproduction pour rendre possible la formation des trésors matériels.
Une fois nés, ils grossissent spontanément à chaque génération nouvelle, domestique ou politique, surtout lorsque l'institution fondamentale des monnaies permet d'échanger, presque à volonté, les productions les moins durables contre celles qui passent aisément à nos descendants.
Telle est la première base nécessaire de toute civilisation réelle, d'après la fatalité naturelle qui nous impose sans résistance une constante activité afin de soutenir notre existence matérielle, sur laquelle reposent nos plus sublimes aptitudes.
Quoique notre disposition cérébrale à vivre pour autrui constitue certainement le plus précieux des attributs humains, cette insurmontable condition la rendrait socialement stérile, si nous ne pouvions en effet accumuler, cl par suite transmettre, les moyens d'y pourvoir.
Or, une accumulation quelconque exige l'appropriation au moins collective, et même personnelle, des produits altérables qu'elle concerne.
Mais, avant d'apprécier assez les immenses réactions
sociales d'une telle institution sur l'intelligence et le sentiment, d'après l'heureuse transformation du caractère égoïste propre à l'activité spontanée, il faut d'abord examiner la théorie positive des transmissions.
Car, toute l'efficacité civile des accumulations ainsi obtenues résulte de la possibilité d'en transmettre les résultats.
Le travail positif, c'est-à-dire notre action réelle et utile sur le monde extérieur, constitue nécessairement la source initiale, d'ailleurs spontanée ou systématique, de toute richesse matérielle, tant publique que privée.
Car, avant de pouvoir nous servir, tous les matériaux naturels exigent toujours quelque intervention artificielle, dût-elle se borner à les recueillir sur leur sol pour les transporter à leur destination.
Mais, d'un autre coté, la richesse matérielle ne comporte une haute efficacité, surtout sociale, que d'après un degré de concentration ordinairement supérieur à celui qui peut jamais résulter de la simple accumulation des produits successifs du seul travail individuel.
C'est pourquoi les capitaux ne sauraient assez grandir qu'autant que, sous un mode quelconque de transmission, les trésors obtenus par plusieurs travailleurs viennent se réunir chez un possesseur unique, qui préside ensuite à leur répartition effective, après les avoir suffisamment conservés.
Nos richesses matérielles peuvent changer de mains ou librement ou forcément. Dans le premier cas. la transmission est tantôt gratuite, tantôt intéressée. Pareillement, le déplacement involontaire peut être ou violent ou légal.
Tels sont, en dernière analyse, les quatre modes généraux suivant lesquels se transmettent naturellement les produits
matériels, qui. ne comportant qu'un usage individuel, permettent, et même exigent, une véritable appropriation, finalement personnelle, comme les besoins correspondants. Or, dans toute civilisation un peu développée, la transmission influe davantage que la production directe sur la formation des capitaux utiles, de manière à mériter autant d'inviolabilité sociale pour les lois naturelles qui la régissent.
D'après leur dignité et leur efficacité décroissantes, nos quatre modes généraux de transmission matérielle doivent être rangés dans cet ordre normal, qui est aussi celui de leur introduction historique : le don. l'échange, l'héritage, et la conquête.
Les deux modes moyens sont seuls devenus très usuels chez les populations modernes, comme les mieux adaptés à l'existence industrielle qui dut y prévaloir.
Mais les deux extrêmes concoururent davantage à la formation initiale des grands capitaux.
Quoique le dernier doive finalement tomber en désuétude totale il n'en sera jamais ainsi du premier, dont notre égoïsme industriel nous fait aujourd'hui méconnaître l'importance autant que la pureté.
L'utilité sociale de la concentration des richesses est tellement irrécusable pour tous les esprits que n'égare point une envieuse avidité que, dès les plus anciens temps, une impulsion spontanée conduisit de nombreuses populations à doter volontairement leurs dignes chefs.
Développée et consolidée par la vénération religieuse, cette tendance éminemment sociale devint, dans les antiques théocraties, la principale source des immenses fortunes trop souvent attribuées à la conquête.
Chez les polythéistes de l'Océanie. plusieurs peuplades nous offrent encore d'admirahles exemples de la puissance réelle que comporte une telle institution.
Systématisée par le positivisme, elle doit fournir au régime final, comme je l'expliquerai ultérieurement, l'un des meilleurs auxiliaires temporels de l'action continue du vrai pouvoir spirituel pour rendre la richesse à la fois plus utile et mieux respectée.
Le plus ancien et le plus noble de tous les modes propres à la transmission matérielle secondera davantage notre réorganisation industrielle que ne peut l'indiquer la vaine métaphysique de nos grossiers économistes.
Quoi qu'il en soit, la manière dont les produits se transmettent ne saurait influer que sur la rapidité et la stabilité des accumulations ainsi obtenues. Abstraction faite maintenant de tout mode spécial pour la formation primitive des capitaux humains, je dois surtout expliquer ici la réaction fondamentale que la seule existence continue de ces grands réservoirs exerce nécessairement sur l'ensemble de notre nature, personnelle ou sociale.
Provinssent-ils même de la simple conquête, les dépôts nutritifs comportent toujours une haute efficacité mentale et morale, dont la saine appréciation doit aujourd'hui concourir à dissiper des tendances anarchiques, qui discutent l'origine des richesses quand il faudrait en examiner l'eniploi.
Je ne puis ici développer davantage cette théorie positive des accumulations graduellement dues à la prépondérance normale du travail humain sur la consommai ion matérielle.
Mais tout lecteur qui, dans son âge métaphysique, s'arrêta spécialement à la prétendue science des économistes, sentira facilement combien la vraie formation de9 grands capitaux se trouve radicalement éclaircie d'après s;i décomposition nécessaire en trois phases successives : production, conservation, et enfin transmission.
Cette analyse est surtout propre à démontrer que les deux dernières opérations sont indispensables à la haute efficacité sociale du résultat, et dès lors méritent autant de respect que la première, seule appréciée par notre raison anarchique.
Néanmoins, quelque importance que doive acquérir une telle notion, quand mes successeurs l'auront assez élaborée, je ne dois pas oublier qu'elle constitue ici un simple incident dans une immense question de statique sociale.
Sa position même doit faire mieux ressortir l'inanité radicale des spéculations relatives à l'existence matérielle de l'humanité, quand on les isole de l'ensemble des conceptions sociologiques.
Car la théorie que je viens d'ébaucher ne doit me servir qu'à bien caractériser la vraie réaction normale de l'activité sur le sentiment et l'intelligence, et, par suite, son influence fondamentale sur toute l'organisation sociale, d'abord domestique, puis politique.
Nous avons ci-dessus reconnu que. sans les accumulations, au moins simultanées, et même successives, les besoins matériels imprimeraient nécessairement à l'ensemble de l'existence humaine un profond caractère d'égoïsme.
Il faut maintenant apprécier comment l'institution des capitaux tend à transformer radicalement une telle impulsif m. de manière à permettre finalement la prépondérance universelle de l'altruisme.
Olte transformation décisive résulte, en général, de ce que chaque travailleur, cessant alors de diriger sa principale activité vers ses seules satisfactions personnelles. lui procure spontanément une certaine destination sociale, ou au moins domestique. En effet, on ne
produit des trésors quelconques qu'afin de les transmettre.
Or, parmi les quatre modes naturels distingués ci-dèssus pour la transmission matérielle, les deux derniers peuvent être conçus réellement comme rentrant, au fond, dans les deux autres.
Car l'héritage ne constitue qu'une modification du don, quand les lois ou les coutumes suppléent aux volontés formelles du testateur. De même, l'efficacité matérielle de la conquête consiste en une sorte d'échange, où le vaincu cède la liberté pour obtenir la vie.
Quoique ce double rapprochement ne doive point annuler les distinctions correspondantes, il permet ici de traiter toujours la transmission matérielle comme si elle était essentiellement volontaire.
Ainsi conçue, l'institution des capitaux devient la base nécessaire de la séparation des travaux, dans laquelle, au début de la science réelle, l'incomparable Aristote plaça le principal caractère pratique de l'harmonie sociale.
Pour que chacun se borne à produire un seul des divers matériaux indispensables à l'existence, il faut, en effet, que les autres produits nécessaires se trouvent préalablement accumulés ailleurs, de manière à permettre, ou par don ou par échange, la satisfaction simultanée de tous les besoins personnels.
In examen mieux approfondi conduit donc à regarder la formation des capitaux comme la vraie source générale des grandes réactions morales et mentales que le plus éminent des philosophes attribua d'abord à la répartition des offices matériels.
Celle indispensable rectification serait beaucoup fortifiée si l'on avait égard à ma décomposition normale des capitaux en provisions et instruments.
Mais, pour maintenir la généralité abstraite qui convient à la sociologie statique, je dois ('carter ici cette impor-
tante distinction, comme ne pouvant s'appliquer assez aux premiers âges sociaux, où les matériaux sont plutôt accumulés en vue des travailleurs qu'afm de seconder leurs opérations.
Néanmoins, il importe de sentir déjà que, dans toute civilisation développée, chaque praticien dépend encore davantage des autres quant aux instruments qu'il emploie que par les provisions qu'il consomme.