‹ Auguste Comte méconnuChapitre 6 sur 23 · XL · texte numérisé non relu

XL

Dès le début de la révolution moderne, le régime occidental s'est ouvertement dégagé des liens du moyen âge, en renonçant à la longue lutte entre le catholicisme et l'islamisme; il a paisiblement accepté l'absorption nécessaire de l'empire grec sous la domination musulmane. Cette transformation décisive a directement constaté la décadence sociale d'une religion dont le meilleur titre résultait de son aspiration directe à l'universalité, simultanément interdite aux deux monothéismes. Ainsi réduit à la moitié du monde romain, le domaine officiel du catho-

licisme subit. Jeux siècles après, une seconde restriction, quand la sagesse diplomatique termina des conflits sans issue par la répartition légale de l'Occident entre le papisme et le protestantisme. La religion absolue a dès lors été nécessairement écartée d'un régime où devaient habituellement concourir les infidèles et les hérétiques. On reconnaît ainsi que la déchéance politique des rétrogrades se trouve irrévocablement établie depuis deux siècles, malgré leurs protestations continues contre les tendances anarchiques des gouvernements occidentaux. Incapable de prévenir et de surmonter l'ébranlement français, qui compléta sa décadence graduelle, ce parti reste habituellement à l'état d'opposition. Mais son influence passive constitue un élément nécessaire de la transition qui doit terminer la crise finale, jusqu'à ce que la doctrine régénératrice ait assez modifié les révolutionnaires pour dissiper les craintes permanentes de subversion sociale.

Quand une telle destination sera convenablement acceptée, les représentants du régime catholico-féodal, renonçant à de vains projet-, seront dignement accueillis par les vrais conservateurs, dont ils pourront utilement seconder la domination systématique. Les sympathies féminines, cessant de négliger le but pour les moyens, sanctionneront une construction religieuse où leurs meilleures aspirations se trouvent directement consolidées et développées. En même temps, l'élément aristorm tique du parti rétrograde sentira l'aptitude spontanée de la politique positive à réorganiser le patriciat, de manière à surmonter toutes les tendances subversives. Sans aspirer au gouvernement, tes dignes aristocrates concourront à préparer la sociocratie en secondant l'instinct nécessaire de la continuité, qu'ils doivent spécialement représenter jusqu'à ce que les mœurs occidentales soient régénérées. Par un sage emploi de leurs richesses,

ils peuvent profondément faciliter l'extinction spontanée d'une bourgoisie perturbatrice et l'avènement normal des vrais patriciens, surtout envers l'agriculture.

Malgré les immortels efforts de l'école rétrograde à laquelle le xixe siècle dut une noble inauguration, sa juste défense du catholicisme fut tellement altérée par son opposition au progrès que les positivistes l'ont seuls comprise et sanctionnée en la complétant.

Je crois devoir spécifier celte consécration en indiquant le contraste que présentent les positivistes et les protestant- envers l'appréciation du chef-d'œuvre catholique. Les prétendus réformateurs prouvèrent autant leur incompétence religieuse en dédaignant l'incomparable résumé du monothéisme occidental qu'en prescrivant la lecture universelle et journalière des livres sacrés du judaïsme. Mais le positivisme, outre qu'il justifie l'ancienne interdiction, est plus propre que le catholicisme à s'incorporer la mystique ébauche où la morale théorique et pratique reçut, d'après l'ensemble du moyen âge, la meilleure idéalisation compatible avec la synthèse provisoire.

Accordant leur principale vénération au mode normal du monothéisme occidental, les conservateurs doivent sincèrement respecter, suivant l'étendue et la durée des églises correspondantes, les fois incomplètes qui ne comportaient pas une vraie consistance. En attribuant atout croyant l'infaillibilité retirée aux papes, chacune d'elles stimule l'orgueil et la vanité jusqu'au degré voisin de la folie, tandis qu'elle pousse l'intelligence à des divagations illimitées sur des questions insolubles. Mais, quoique tous les protestants soient ainsi rangés parmi les révolutionnaires, l'inconséquence qui les caractérise leur permet

aussi d'être vraiment rétrogrades, d'après la tendance de chacun d'eux à repousser toute émancipation plus avancée que la sienne. Cette disposition devient un mérite, aux yeux du vrai philosophe, quand elle émane réellement du besoin d'éviter l'anarchie, vers laquelle les Occidentaux furent graduellement entraînés en sortant du catholicisme. Une telle règle conduit à placer les épiscopaux au-dessus des presbytériens, comme ayant moins altéré la discipline et plus conservé le culte, quelles que soient d'ailleurs les atteintes portées au dogme. Sans doute la distinction de ces deux degrés deviendra plus apparente que réelle, aussitôt que le clergé protestant, ayant perdu toute suprématie officielle, fondera la subsistance sur de libres subsides. Néanmoins, l'expérience a déjà montré que, chez les Occidentaux les plus arriérés, où l'imminence de l'anarchie fait mieux apprécier les tendances organiques, les épiscopaux peuvent, d'après ce mode, surpasser réellement les presbytériens.

On doit aujourd'hui placer au dernier rang de l'échelle théologique toutes les sectes indisciplinables, qui, sous les vagues dénominations de déiste, panthéiste, et même athée, ne s'accordent, en maintenant la synthèse absolue, qu'à la priver de toutes ses garanties mentales et morales. Quand ces fois sans culte deviennent assez intenses pour éviter l'état purement négatif, elles restent autant impropres à rallier qu'à régler, et n'aboutissent qu'à consacrer l'individualisme complet. Plus hostiles que toutes les autres à la religion positive, ces âmes, heureusement exceptionnelles, aspirent à la plus profonde rétrogradation, en rêvant la confusion, théocratique ou pédantocratique, des deux pouvoirs provisoirement séparés au moyen âge.

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