LUI
L'universel affranchissement de la presse, et même de la parole, est désormais indispensable à l'organisation spirituelle, pour éteindre l'usurpation théorique à laquelle le pouvoir pratique fut de plus en plus conduit depuis la fin du moyen âge. Cette libération exige que, sauf les ménagements convenables envers les personnes, tous les clergés soient maintenant réduits à la condition actuelle du nouveau sacerdoce, en ne vivant que des libres subsides de leurs adhérents respectifs.
Un tel mode, loin de nuire au catholicisme, peut seul procurer à ses vrais organes l'indépendance indispensable à l'efficacité sociale que la foi du moyen âge doit naturellement conserver jusqu'à la fin de la transition occidentale. La situation matérielle où je me suis irrévocablement placé devient aujourd'hui conforme aux conditions communes de la dignité spirituelle. C'est ainsi que le positivisme instituera la ligue religieuse qui doit graduellement surmonter l'ensemble des tendances irréligieuses, en faisant seule converger le catholicisme, l'islamisme, et même le protestantisme. Nulle autre doctrine ne ferait habituellement prévaloir les sollicitudes spirituelles, quand les gouvernants et les gouvernés ne s'accordent qu'à chercher des solutions purement politiques
à des questions essentiellement morales. Seul le positivisme rétablit et réalise, d'après de meilleures bases, l'irrévocable programme universel que le moyen âge posa : régler la vie humaine, tant privée que publique, en subordonnant au sentiment l'intelligence et l'activité, que les modernes ont exclusivement cultivées.
Graduellement développée par le protestantisme, le déisme et le scepticisme, la maladie occidentale consiste dans une révolte continue de la raison individuelle contre l'ensemble des antécédents humains. Résultée de la décadence nécessaire des croyances propres au moyen âge, elle a pour siège primitif la région spéculative du cerveau .
Mais sa principale gravité provient de son extension spontanée, à la région affective, en surexcitant l'orgueil et la vanité, tandis qu'elle comprime la vénération, et, par suite, les deux autres instincts sympathiques. Développant à la fois la présomption intérieure et la défiance extérieure, elle a pour résultats caractéristiques, dans les trois parties du cerveau, l'ennui, le doute et l'irrésolution, que la foi positive fait seule cesser. Loin de se borner aux vrais révolutionnaires, le mal s'étend jusqu'aux plus purs rétrogrades, qui, sans admettre le dogme de l'infaillibilité personnelle, sont involontairement conduits à le pratiquer envers les principales questions habituelles. Ils ont spécialement manifesté cette tendance d'après leur participation croissante au journalisme, qui, résulté de l'interrègne religieux, tend à le perpétuer. Seuls les vrais positivistes s'abstiennent d'employer activement, et même d'alimenter passivement, une institution radicalement anarchique, dont ils apprécient les ravages intellectuels et moraux, en s'efforçant d'en délivrer l'Occident, d'après un digne usage de la liberté spirituelle.
A réminent fondateur de notre Église américaine devait naturellement appartenir le précieux opuscule théorique où, vers le milieu de 1856, la religion positive trouva, sous un titre trop modeste, sa meilleure appréciation actuelle. La situation générale d'un tel pays est directement propre à manifester la nature, essentiellement religieuse, de la vraie solution occidentale, en montrant l'inanité sociale des remèdes politiques les plus prônés par les docteurs révolutionnaires. Dépourvue d'antécédents spéciaux, la colonie universelle doit mieux sentir le besoin de se rattacher à l'ensemble de l'Humanité. Ses conservateurs sont naturellement exempts des illusions propres aux nôtres sur l'efficacité politique des clergés officiels et des armées permanentes. En même temps, ses progressistes peuvent aisément reconnaître que la suppression de ce double joug laisse pleinement subsister les difficultés sociales partout propres au prolétariat occidental. Privés du pouvoir officiel par les lettrés et les légistes, les riches, actifs ou passifs, y doivent apprécier la religion qui consacre à la fois le capital et le travail, tandis qu'elle y peut davantage détourner les pauvres d'une agitation uniquement profitable aux déclamateurs. Tous ces privilèges de la situation américaine recevront un prochain essor, d'après les travaux continus du digne apôtre qui vient de s'y caractériser et du noble prolétaire qu'il a pleinement adjoint à l'association régénératrice.
Je devais spécialement attendre de l'impulsion anglaise le mémorable opuscule politique où l'un de mes meilleurs disciples, profondément imbu de ma théorie historique, a dignement terminé cette année décisive en inaugurant
la diplomatie positiviste par l'application la plus convenable. Chez le peuple où les vues de détail ont le plus entravé les pensées d'ensemble, le positivisme social ne peut immédiatement pénétrer d'après une exposition générale, directement contraire à la confusion officielle des deux pouvoirs. Un régime qui représente l'établissement de la dynastie anglicane comme ayant spécialement préservé ce pays de la grande crise occidentale, doit aujourd'hui repousser toute régénération intérieure. Mais il l'esté pleinement accessible à la rénovation de. sa politique extérieure, actuellement dépourvue d'un plan quelconque. L'anarchie occidentale ayant d'abord affecté les relations internationales, c'est aussi par elles que la nouvelle spiritualité doit maintenant installer son in tl u once sociale. En politique, comme en logique, les principes les plus importants devant d'abord prévaloir envers les questions les plus simples, la politique positiviste ne pouvait convenablement surgir que dans le cas le moins orageux. Tels sont les principaux motifs du précieux opuscule qui tend à régénérer la politique britannique en flétrissant, d'après un rapprochement décisif, l'outrage que subit, depuis un siècle et demi, la plus énergique des nations occidentales.
La réorganisation spirituelle est tellement urgente que le positivisme y devra bientôt obtenir l'appui continu de toutes les âmes vraiment religieuses, qui, surtout féminines, sans partager notre foi, seconderont nos efforts pour préserver l'Occident du matérialisme universel. Elles peuvent déjà sentir combien la vie humaine, tant privée que publique, a besoin d'être systématiquement réglée, dans une situation où l'empirisme politique ne
maintient l'ordre matériel qu'en altérant Tordre moral. Que les vrais positivistes se montrent habituellement dignes d'une telle assistance en élevant leur conduite personnelle, domestique, et civique, au niveau de leur foi, les âmes impartiales ne tarderont pas à leur accorder une admiration qui bientôt s'étendra de la personne à la croyance. Ils seront ainsi reconnus les seuls hommes véritablement complets que comporte l'anarchie occidentale, et leur présidence sociale, d'abord religieuse, puis politique, sera dès lors incontestée. Mais cet ascendant nécessaire suscite le danger, déjà sensible, de développer en soi la surexcitation continue de l'orgueil et de la vanité d'après nos efforts même pour la guérir en autrui, vu l'opinion exagérée que nous sommes ainsi conduits à concevoir de notre propre mérite. Une telle chute doit maintenant déterminer la principale sollicitude de tous les vrais positivistes, qui déjà prévaudraient s'ils étaient assez unis et disciplinés ; leurs sentiments seuls retardent le triomphe social d'une doctrine pleinement adaptée à la situation correspondanie. Cette entrave sera graduellement surmontée d'après une meilleure appréciation de leur destination et de leur croyance, qui concourent à leur prescrire, par dessus tout, le perfectionnement moral, seule source de l'unité réelle, et, par suite, de la dignité comme du bonheur.
Il doit aujourd'hui consister principalement à reconstruire la vénération chez les âmes d'élite, seules vraiment disciplinables dans une génération anarchique, qui ne peut être, sinon transformée, du moins dominée, que d'après leur propre rénovation directe. Les dignes positivistes doivent donc fournir l'exemple continu non seulement d'une subordination religieuse envers leur chef spirituel et ses délégués quelconques, mais aussi d'une obéissance civique à toutes les autorités temporelles, quelle que soit leur origine. Au milieu d'une agitation empirique, ils feront systématiquement sentir l'importance de conserver
le commandement et la richesse chez leurs possesseurs actuels, qui ne peuvent sincèrement élaborer l'avenir social tant qu'ils restent naturellement préoccupés du présent personnel.
On aurait incomplètement apprécié l'insuffisance spontanée du subside occidental, si l'on méconnaissait les avantages, même intellectuels, et surtout moraux, qui jusqu'ici compensèrent les inconvénients, privés et publics, d'une telle détresse. Elle m'a spécialement préservé de l'orgueil, écueil ordinaire d'un pouvoir naturellement enclin à la vanité; son influence extérieure m'a fait mieux juger mon entourage, suivant la naïve remarque spécialement citée dans ma septième circulaire. Je dois même souhaiter que l'accroissement nécessaire du subside sacerdotal ne soit pas plus rapide que celui du service correspondant. Le positivisme, est tellement opportun que, à chaque secousse sociale, on a communément supposé qu'il allait bientôt obtenir un grand ascendant, que la confusion des deux puissances dispose à croire plus temporel que spirituel. Souvent le zèle, et quelquefois la souscription, de certains adhérents tinrent à l'espoir d'atteindre ainsi l'élévation qu'ils ambitionnent, ou du moins l'aisance et l'estime qu'ils désirent sans les mériter : si le subside eût été plus large, ils m'auraient peut-être trompé. Quoi qu'il en soit, je me sens assez averti pour oser désormais garantir que le public positiviste n'aura pas davantage à regretter envers autrui, qu'à mon propre égard, l'usage, toujours responsable, du noble appui matériel qu'il fournit à ma mission sociale. Si le subside sacerdotal dépasse sa destination directe, tant collective que personnelle, j'appliquerai l'excédent à l'utile extension du fonds typographique, qui, par sa nature, comporte une addition quelconque, sans permettre aucune soustraction.
En terminant ma huitième circulaire, je dois spécialement déclarer que la lenteur des progrès sociaux du
positivisme est plus imputable aux positivistes eux-mêmes qu'au public occidental et surtout qu'aux gouvernements actuels, principalement chez le peuple central. Forcée d'émaner du milieu révolutionnaire, pour une rénovation plus mentale que morale, la doctrine qui constitue la religion universelle, d'après la subordination de l'esprit au cœur, n'a pu jusqu'ici toucher le sentiment qu'à travers l'intelligence. Plus convenable au midi qu'au nord, mieux appréciable chez les femmes et les prolétaires que parmi les classes spéciales, elle n'a maintenant converti que des âmes exceptionnellement émanées de situations défavorables, en substituant la conviction à la persuasion. Les résultats obtenus suivant un tel mode font assez sentir quelle sera la rapidité du succès quand la prédication positiviste, enfin devenue plus poétique que philosophique, aura directement pris son caractère normal et sa destination naturelle. Grâce à la noble tolérance du dictateur qui produisit la meilleure sentence du xixe siècle, la liberté de mes volumes s'étend à mes opuscules, et même à mes circulaires, où la République occideutale est annuellement proclamée sous le timbre impérial. Une sagesse spontanée a toujours senti que ce frontispice systématique caractérise la prépondérance nécessaire d'une paisible reconstruction spirituelle sur un orageux mouvement temporel. Récemment invoquée pour un besoin exceptionnel, l'occidentalité ne peut normalement renaître qu'en reposant, mieux qu'au moyen âge, sur la combinaison continue de l'indépendance politique avec la communauté d'éducation, de religion et de sacerdoce.
Déjà spontanément désillusionné, quant aux savants, il faut que vous soyez systématiquement émancipé de la
science, comme de la métaphysique et de la théologie. Le point de vue pratique qui, naturellement, domine vos études médicales, vous fait involontairement sentir l'inanité des spéculations biologiques. En relisant mon volume, vous étendrez cette appréciation à l'autre extrémité plus spécieuse de la philosophie naturelle, en reconnaissant l'impuissance des conceptions mathématiques. Sans être ainsi dégagé de tout prestige scientifique, vous ne pourriez assez conserver la pleine liberté d'esprit qu'exige la régénération finale. Toutes les sciences n'ont de valeur que comme préparant l'étude de la nature humaine. Môme celle-ci n'est vraiment systématisable qu'en la rattachant à sa destination pratique, pour le perfectionnement de l'homme. Tout le reste est vanité.
Envers la principale partie de votre admirable lettre, je dois surtout ébaucher la systématisation directe des réflexions générales que je vous ai précédemment indiquées sur l'émancipation scientifique, spécialement instituée d'après le cas le plus décisif, quoique sous un mode spontanément latent, dans le volume que vous relisez maintenant. Il faut directement regarder un tel affranchissement comme le complément normal de l'évolution fondamentale qui caractérise la loi des trois états. Le dernier état doit être, à cet effet, décomposé, clans ses deux modes successifs, l'un scientifique, l'autre philosophique, respectivement analytique et synthétique. C'est seulement au second qu'appartient la qualification de définitif d'abord appliquée confusément à leur ensemble. An fond, la science proprement dite est aussi préliminaire que la théologie et la métaphysique et doit finalement «lie autant éliminée par la religion universelle, envers
laquelle ces trois préambules sont l'un provisoire, l'autre transitoire et le dernier préparatoire. J'ose même refuser aux sciences l'attribut de pleine positivité, qui ne consiste pas seulement dans la réalité des spéculations, mais dans la combinaison continue avec Yutilité, toujours rapportée au Grand-Etre, et dès lors ne pouvant jamais être dignement appréciée que d'après la synthèse totale, c'est-à-dire subjective et relative. Dans la construction finale, le début théologique de la préparation humaine n'a pas moins d'efficacité que sa terminaison scientifique. Si celle-ci fournit les matériaux extérieurs, l'autre ébauche les dispositions intérieures, en compensant l'imaginante par la généralité, dont l'absence interdit toute vraie rationalité théorique.
Sous un aspect plus systématique, la première vie est surtout distinguée, chez l'individu comme envers l'espèce, par la vaine recherche continue d'une synthèse essentiellement objective, tandis que la seconde construit et développe la synthèse purement subjective, dont l'autre a spontanément fourni les matériaux nécessaires. Môme quand la science a déjà senti l'inanité des causes et fait graduellement prévaloir les lois, elle aspire autant que la théologie et la métaphysique à l'objectivité complète, rêvant l'universalité d'explication extérieure d'après une seule loi, non moins absolue que les dieux et les entités, suivant l'utopie académique. A cet égard, je dois naïvement étendre un mot de ma dernière circulaire, qui prolonge ce reproche jusqu'à moi, d'après mon ouvrage fondamental, où ne fut-ce qu'à ce titre, la postérité ne verra, comme je sais déjà le dire noblement, qu'une construction de début, un travail de première vie, ne tendant vois la seconde que dans le tome final, tous les autres restant plus ou moins soumis au prestige scientifique, dont l'état pleinement religieux m'a seul affranchi.
Ceci me conduit à vous faire mieux préciser la vraie
distinction normale entre la théorie et la pratique, d'après la meilleure appréciation sociale de la division fondamentale des deux puissances, surtout rapportée au mode spontanément entrevu par M. Dunoyer. Au fond, la théorie et la pratique ne sont nettement séparables qu'envers le domaine inorganique; au delà de la cosmologie, elles restent nécessairement mêlées, quoique toujours distinctes, comme l'algèbre et l'arithmétique. Le pouvoir dit théorique agit sur l'homme, tandis que le pouvoir purement pratique modifie l'ordre matériel : telle est leur seule différence sociale. Dans l'action industrielle, le sacerdoce n'influe que spéculativement d'après les lois générales dont il reste normalement interprète. Mais, pour le perfectionnement humain, il est éminemment actif. Ses études sont alors subordonnées à sa destination, suivant l'axiome : Connaître pour améliorer, qui sera la seconde épigraphe de mon prochain volume, la première élant le fameux vers de Pope : The proper study of mankind is méin, déjà choisi par Cabanis. Parvenue à la morale, même à son début biologique, la conception positive devient à la fois théorique et pratique.
On peut ainsi concevoir historiquement la restriction spontanée du régime purement scientifique à l'enceinte mathématique et cosmologique, hors de laquelle les médecins ont. de tout temps, développé des dispositions essentiellement svnthétiques. qui doivent aujourd'hui fournir Le meilleur appui théorique de la régénération universelle. Cette concurrence croissante entre les médecins et les -avants doit bientôt aboutir à rendre les uns graduellement incorporables au sacerdoce positif, d'où les autres seront autant exclus que les théologiens ou métaphysiciens. Pour se transformer ainsi, les médecins n'ont besoin maintenant que de devenir pleinement conséquents à I I"' impulsion synthétique, en cessant d'aspirer à la synthèse corporelle, indépendamment de la synthèse céré-
brale, et reconnaissant l'entière indivisibilité de la vraie systématisation subjective. Nous devons prochainement attendre ce dernier progrès du digne essor des médecins complètement positivistes. La lettre décisive à laquelle j'achève de répondre me confirme, après tant d'autres également précieuses, dans l'espoir que vous figurerez au premier rang parmi les dignes inaugurateurs de cette nouvelle médecine, immédiatement incorporable au sacerdoce de l'Humanité.
Nous pouvons ainsi constater combien il est dangereux de s'allier à ces familles, incurablement révolutionnaires, dont le type reste heureusement restreint à la France, où même il s'étend rarement aux femmes. Sous l'impulsion d'un père stupidement roussien, cette jeune dame pense et dit que la vie humaine n'a nullement besoin d'être systématiquement réglée, et que le sentiment suffit seul pour nous conduire. Dès lors, elle ne professe qu'un déisme vague et stérile, ou plutôt perturbateur, qui ne peut aucunement susciter le mariage mixte, que j'accorderais volontiers à toute femme sincèrement catholique, musulmane, protestante, ou même juive. Je saurai désormais empêcher, autant que je le puis, de telles unions, en refusant, dès le préambule, de marier tout positiviste dont l'épouse serait entièrement dépourvue de religion quelconque. Toutes les âmes vraiment religieuses doivent, sous notre présidence, se concerter pour repousser de pareilles familles, qu'il faut graduellement réduire à ne s'allier qu'entre elles par le seul lien municipal.
Je vois que vous avez maintenant apprécié mon nouveau volume de manière à l'utiliser plus que personne. La réaction générale sur votre finale émancipation scientifique m'est surtout précieuse comme garantissant l'intégrité de vos dispositions synthétiques et leur efficacité religieuse. Vous avez dignement senti que la science, loin de constituer l'état positif, se borne à lui fournir, après la théologie et la métaphysique, une dernière préparation nécessaire, qui, comme les deux autres, a ses inconvénients autant que ses avantages et devient profondément nuisible en se prolongeant outre mesure.
Pour caractériser la positivité de nos conceptions, il faut toujours que leur réalité se combine avec leur utilité, laquelle n'est vraiment jugeable que d'après la relation de chaque partie avec l'ensemble. On sent que la science serait moins apte que la théologie à constituer un état fixe, puisque l'entendement ne saurait jamais prendre pour une vraie résidence une simple échelle, uniquement propre à monter et à descendre entre le monde et l'homme, quand nos besoins l'exigent, et nullement capable de nous fournir un domicile permanent. Il est temps que les véritables théoriciens s'affranchissent à cet égard d'une domination dégradante, afin de pouvoir dignement installer les grandes notions religieuses, contre laquelle la science sera bientôt insurgée avec plus d'aniniosité que la théologie et la métaphysique, parce qu'elle aspire davantage à perpétuer l'interrègne spirituel*.
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D'après voire précieuse lettre de dimanche, que j'ai reçue avant-hier, celle dont vous m'y parlez a certainement subi la même mésaventure postale qu'une autre émanée, en décembre dernier, du jeune professeur Ingram de Dublin. Je me sens bien heureux que vous soyez scrupuleusement revenu sur l'importante annonce qu'elle contenait envers votre pleine acceptation finale de la grande tache que je vous proposai pour consacrer un noble volume à la saine appréciation historique de la vraie révolution anglaise, éternellement admirable. quoique immédiatement avortée par précocité. Cromwell et Milton, sociologiquement inséparables, constituent, avec Alfred, les trois plus grands hommes de l'Angleterre. Il vous appartient de faire dignement apprécier l'ensemble de leur nature et de leur influence, honteusement méconnues jusqu'ici, surtout dans le milieu britannique, malgré les récents efforts du pur littérateur Cari vie. Votre volume ne sera pas moins précieux pour la France, où j'aurai soin qu'il soit immédiatement traduit, afin d'éclairer nos révolutionnaires sur leur meilleur antécédent, resté totalement inconnu, même aux principaux penseurs du xvme siècle, sans excepter l'incomparable Diderot. Ne craignez pas d'y faire justement ressortir combien les républicains anglais surpassèrent les nôtres, où Danton peut seul offrir l'imparfaite miniature de Cromwell, tandis que le type de Milton n'y comporte aucune analogie. En établissant, à travers quatre générations d'apparente discontinuité, l'intime filiation des deux explosions rénovatrices, vous ranimerez les nobles sympathies du prolétariat britannique envers le début de la crise française, à laquelle l'aristocratie anglicane iii
une guerre acharnée, uniquement pour empêcher l'essor décisif de cette énergique solidarité, mieux sentie chez vous que parmi nous.
Je dois pleinement ratifier les sages prescriptions de vos médecins, en regardant l'année de repos que vous allez maintenant commencer comme n'étant nullement contraire à votre helle carrière philosophique et sociale. Outre la préparation directe que vous m'y désignez, j'y sens un préambule plus décisif, quoique indirect, résulté du libre développement spécial de la vie affective. Puisque vous avez eu le rare bonheur de trouver une compagne vraiment digne de vous, et spontanément devenue déjà sympathique à votre foi, savourez sans diversion, pendant tout ce chômage apparent, cette incomparable satisfaction, que je pus seulement entrevoir, et dont l'essor n'est chez moi que subjectif, ce qui me dispose à participer à votre propre félicite. La religion positive érige votre noble épouse en sainte collaboratrice involontaire de toutes vos grandes entreprises philosophiques et sociales. Son tendre ascendant peut seul consolider et développer votre véritable unité, d'après un doux essor habituel du sentiment, d'où dépend, non seulement le bon emploi, mais aussi l'alimentation, de l'intelligence et. de l'activité. Quoique notre religion soit éminemment féminine, elle est jusqu'ici restée trop inconnue au sexe qui fournira son meilleur appui. Malgré que la sainte assistance doive finalement se développer surtout chez les Espagnoles et les Italiennes, je ne suis pas surpris qu'elle commence parmi les Anglaises d'élite, mieux disposées à goûter les satisfactions positivistes, d'après les lacunes que le cœur trouve sous le régime aristocratique cl protestant.
En appuyant sur mon récent volume votre noble résolution de refaire, dès la base, votre éducation théorique, vous utiliserez ce traité plus qu'aucun de ceux qui l'élu-
dient, même avec une instruction mathématique, souvent devenue plus contraire à l'ensemble que favorable aux détails d'une telle appréciation. Suivant la réaction annoncée dans ma dernière circulaire, cette étude vous disposera, mieux que personne, à compléter votre émancipation en vous affranchissant de la science proprement dite autant que de la métaphysique et de la théologie, après avoir convenablement utilisé, chacun selon sa nature et sa destination, ces trois préambules, dont le plus moderne diffère du véritable état positif comme la synthèse subjective de l'analyse objective, le relatif de l'absolu, les lois des causes. Une telle préparation vous permettra, j'espère, de ne pas borner votre carrière positiviste à l'apostolat théorique, dont vous avez dignement pris possession déjà, tandis que vous pouvez désormais aspirer au sacerdoce complet, que je ne dois jamais conférer avant l'âge de quarante-deux ans. sans aucune limite supérieure.