Phil. posit. T. III, p
18 organescérébraux, correspondant aux 18 facultés intellectuelles, actives ou morales, que nous citerons plus loin, à l'article de la Vie intellectuelle et morale.
Le tableau où il résume cette théorie purement subjective (1), est intitulé : Classification positive des 18 fonctions intérieures du Cerveau, ou Tableau systématique de l'Ame, par le fondateur du Positivisme. — Il est précédé de l'Avis suivant, qui résume sa théorie de tout le Système nerveux :
« L'ensemble de ces 18 organes cérébraux constitue l'appareil central, qui, d'une part, stimule la vie de nutrition, et, d'une autre part, coordonne la vie de relation, en liant ses deux sortes de fonctions extérieures. Sa région spéculative communique directement avec les nerfs sensitifs, et sa région active avec les nerfs moteurs. Mais sa région affective n'a de connexités nerveuses qu'avec les viscères végétatifs, sans aucune correspondance immédiate avec le monde extérieur, qui ne s'y lie qu'à l'aide des deux autres régions. Ce centre essentiel de l'existence humaine fonctionne continuellement d'après le repos alternatif des deux moitiés symétriques de chacun de ses organes. Envers le reste du cerveau, l'intermittence périodique est aussi complète que celle des sens et des muscles. Ainsi l'harmonie vitale dépend de la principale région cérébrale, sous l'impulsion de laquelle les deux autres dirigent les relations, passives et actives, de l'animal avec le milieu ».
Dans sa 6e Lettre à M. Audiffrent (14 Shakespeare 67), il présente en peu de mots la même théorie.
« Concevez le dualisme général entre le corps et le cer-
(1) Polit, posit. T. f, p. 726.
veau. Pour cela regardez le corps comme composé de !< parties, l'une végétative, les viscères, deux autres animales, active et passive, les muscles et les os, et les sens. Ces trois systèmes corporels sont respectivement subordonnés aux trois régions cérébrales. La liaison s'établit par les trois appareils nerveux, nutritif, moteur et sensitif, dont la moelle épinière et le grand sympathique constituent seulement des moyens de perfectionnement. »
Le cerveau est cîodc, pour lui, le point de départ comme l'aboutissant de tous les phénomènes vitaux. Il le considère, au point de vue sociologique (1), « comme l'appareil de l'action des morts sur les vivants », et il donne « cette définition subjective du cerveau : Le double placenta permanent entre l'homme et l'Humanité ».
Il ne faudrait pas cependant, d'après lui, réunir l'appareil cérébral à l'ensemble des nerls, tandis qu'il ne leur appartient pas plus qu'aux muscles. Les trois classes de nerfs forment autant de systèmes, respectivement subordonnés aux trois régions du cerveau, mais celui-ci ne forme ni l'aboutissant, ni l'origine des nerfs quelconques, élant un appareil distinct et supérieur (2 ... Comment les nerts peuvent-ils communiquer avec le cerveau, si celui-ci n'en est ni l'origine, ni l'aboutissant? A. Comte se garde bien de nous le dire.
Cette idée est dépassée, tn singularité, par la suivante. Le cerveau était le double placenta entre l'homme et l'Humanité, première Personne
(1) IVe Lett. à M. Audiffrent. Robinet, p. 531. (2 V< Lett. à M. Audiffrent. Robinet, p. 534.
de la Trinité positive, il ne croit pas pouvoir laisser les deux autres Personnes sans participation à la vie universelle ; aussi va-t-il jusqu'à soutenir que le Grand Fétiche (la Terre) et le Grand Milieu (l'Espace avec toutes les autres Planètes), ont été des êtres primitivement vivants, et obscurcissant les plus simples notions de Biologie, il donne à la Terre en attribution, l'Innervation, c'est-à-dire une fonction nerveuse sans nerfs ! (1),
Enfin dans son Culte de l'Humanité, il remplace le signe de la croix par un signe qui consiste ce à toucher successivement les principaux organes que la théorie cérébrale assigne à ses trois éléments ».
Le système de Gall, qui n'avait ni bases anatomiques ni bases physiologiques sérieuses, succomba devant la critique des Biologistes ; celui d'A. Comte fut entraîné dans cette chute.
« La phrénologie de Gall, nous dit Littré, se présentait avec deux idées qui, bien que connexes dans la pensée de l-'auteur, ne l'étaient pas en réalité » (2).
Première idée : les fonctions mentales ne forment pas un domaine indépendant de la Physiologie, et elles sont, comme toutes les autres actions de l'être vivant, attachées à un organe qui, ici, est le cerveau. Cette idée, d'après Littré et là majeure partie des Physiologistes, est une idée véritablement scientifique, qui concorde avec l'état et le développement du cerveau dans la sé-
(1) Synthète subjective, p. 10.
(2) Littré, p. 539.
rie des animaux, dans la série des âges, dans l'état de santé et de maladie. — Deuxième idée : ce qu'on nomme moral et intelligence se ramène à un certain nombre de facultés irréductibles, qui ont pour sièges autant d'organes cérébraux. Cette deuxième idée fut d'abord repoussée, parce que Gall était parti de la Crânioscopie, dans laquelle il enseignait que certaines dispositions intellectuelles répondaient à certains renflements extérieurs de la tête. Or, ni les comparaisons des animaux entre eux, ou de l'homme avec les animaux, ni l'examen des têtes d'hommes célèbres par des penchants marqués ou par un génie exceptionnel (le P. Lacordaire avait la bosse de l'assassinat, et Lacenaire, un assassin célèbre, celle de la douceur), ne sont venus confirmer les données de la Crânioscopie. — Le système de Gall fut abandonné de presque tous les Savants.
Mais cette réaction fut trop absolue, on s'accorde à le reconnaître. La conception de Gall avait eu pour effet de poser le problème de la théorie cérébrale sur ses véritables bases, les recherches physiologiques. « Broca fut un des premiers à revenir à des idées plus justes, faisant remarquer qu'un principe n'est pas démontré faux par cela qu'il a pu recevoir de fausses applications •» (1). De nos jours, la doctrine des localisations cérébrales, fondée sur l'expérimentation et l'observation, a pris un nouvel essor. Grâce aux travaux de Broca, on connaît la localisation du langage,
(1) Physiologie de Math. Duval, p. 99.
la 39 circonvolution frontale gauche, et bien qu'on ne puisse encore localiser aucune autre faculté, on s'accorde à enseigner que la substance grise des circonvolutions cérébrales est le siège des perceptions avec mémoire, c'est-à-dire des idées, de l'intelligence et de l'instinct. - — De plus, le système de Gall a provoqué les recherches si intéressantes de Fritsch, Hitzig, Ferrier, Charcot, etc., sur les centres des mouvements voulus, ou centres psycho-moteurs.
Quant à la théorie d'A. Comte, elle ne fut « qu'une hypothèse entée sur une hypothèse. 11 prend des mains de Gall les organes et les facultés, comme si c'étaient des faits, et se contente de les remanier » (1).
Il le déclare lui-même :
« Le vrai principe de cette construction consiste pour moi, dit-il, dans son institution subjective. J'y subordonne systématiquement l'Anatomie à la Physiologie, en concevant toujours la détermination des organes cérébraux comme le complément et même le résultat de l'étude positive des fonctions mentales » (2).
Ces paroles sont la condamnation même de son système, qui n'a rien de commun avec la méthode expérimentale dont il a lui-même si bien exposé les règles.
3° Vie intellectuelle et morale.
Psychologie. — D'après ce qui précède, on a pu déjà comprendre quelle est, d'après A. Comte, la
(1) Littré, p . 547.
(2) Polit, posit. T. I, p. 671.
nature de cette Vie intellectuelle et morale (1). Suivant lui, chaque état mental est un état cérébral; par conséquent, il y a des lois du cerveau, et non des lois de l'esprit, et la science mentale est une simple branche, quoique la plus haute et la plus abstruse, de la Physiologie. Non seulement il dénie à la Psychologie ou Philosophie mentale proprement dite, le caractère de Science, mais encore il la place, quant à la nature chimérique de son objet et de ses prétentions, sur le même niveau que l'Astrologie. C'est à Cabanis et à Gall qu'il accorde l'honneur d'avoir dépossédé la Psychologie.
« Ce grand procès philosophique, dit-il, est irrévocablement jugé, et les Métaphysiciens ont passé de l'état de domination au simple état de protestation. »
L'observation intérieure est le principe fondamental de la Psychologie. Il attaque ce principe en divers endroits de ses ouvrages (2). Il ne peut admettre que l'homme se regarde penser. Dans son Examen du « Traité de Broussais sur l'Irritation et la Folie », il pense, avec ce célèbre Médecin, que cette méthode, en la supposant possible, tend à rétrécir l'étude de l'intelligence, en la limitant au seul cas de l'homme adulte et sain, sans pouvoir éclairer cette étude dilficile par la comparaison des différents âges, la considération des divers états pathologiques, et l'examen intellectuel et moral des animaux. L'homme peut obser-
1) Phil. posit. T. III, p. 534.
(2, Phil. posit. T. 1, T. III, p. 53}; Polit, posit. T. IV, p. 217.
ver ce qui lui est extérieur, les fonctions des organes autres que l'organe pensant, mais il ne peut observer ses actes intellectuels, « car l'organe observé et l'organe observant étant identiques, par qui serait faite l'observation? »
Nous observons nos organes et les résultats de nos actes intellectuels : sous le premier rapport, on rentre dans la Physiologie, sous le deuxième, les grands résultats de l'intelligence étant les Sciences, on rentre dans la Philosophie des diverses Sciences.
Stuart Mill a refusé de suivre A. Comte jusquelà, et de s'associer à cette condamnation sommaire de la Psychologie.
« Même s'il devenait, dit-il, plus certain qu'il ne l'est, je crois, maintenant, que tout état mental a un état nerveux pour cause, néanmoins on doit reconnaître que nous sommes dans une complète ignorance de ce qui caractérise cet état nerveux. Nous ne savons pas en quoi l'un diffère
de l'autre, et les successions qui se passent entre les
états mentaux ne se laissent pas déduire des lois physiologiques du cerveau. Toute connaissance réelle sur leur compte doit être cherchée daus l'étude directe par observation et par expérience des successions mentales ellesmêmes. Puisque l'ordre de nos phénomènes mentaux ne peut être inféré des lois de quelques phénomènes généraux, il y a une science de l'esprit distincte et séparée » (1).
Littré croit, comme St. Mill, qu'A. Comte a sacrifié la Psychologie à la Phrénologie :
« Après l'exposé des conceptions phrénologiques, fùt-il fondé en réalité, une foule de questions que la Phrénolo-
(1) A System of Logic. T. II, p. 499.
gie n'a jamais ni abordées, ni pu aborder, resteraient entières, et à plus forte raison le restent-elles puisqu'il est erroné » I .
Mais il croit aussi avec A. Comte que les phénomènes mentaux, ayant leur siège dans l'ejicéphale, sont du domaine de la Physiologie. Nous embrasserions volontiers l'opinion de Littré.
En effet, Psychologues et Physiologistes sont d'accord pour admettre que l'action de transmission de la volonté et des sensations, les actions réflexes, les passions et tout ce qui unit l'encéphale à la nutrition et à la reproduction, sont des fonctions nerveuses qui dépendent du système nerveux central. Le débat porte sur l'intelligence. Or cette intelligence n'est-elle pas liée à une portion du cerveau ? Ne suit-elle pas le développement de cet organe dans l'échelle des êtres et dans l'évolution des âges? L'idiotie, la folie, toutes les maladies et toutes les perversions de l'intelligence, ne reconnaissent-elles pas pour causes des lésions du cerveau, ou des arrêts de son développement normal? Confie-t-on la guérisoa d'un fou à un Philosophe ou à un Prêtre? (2) Si l'intelligencemaladeestdu ressort de la Médecine, et non de la Psychologie ou de la Religion, pourquoi l'intelligence saine cesserait-elle d'être un objet d'étudesmédicales? L'intelligence dépend de toute façon du cerveau, elle tient donc de toute part de la Plvysiologie," et la Psychologie ne sau-
tl) Littré, p. 268.
l2j Madame Comte mère voulait, pour guérir la folie de son (ils, le faire interner dans un couvent!
rait être que la science des lois Plrysiologiques de la pensée.
Mais si la Psychologie dépend essentiellement de la Physiologie, pourquoi (s'il nous est permis d'émettre notre avis) ne formerait-elle pas une science distincte ? Quoi qu'en dise A. Comte, nous pouvons apercevoir immédiatement nos idées, nos sentiments, nos volitioDS, et l'observation intérieure est une opération plus facile que l'observatiou des phénomènes physiques, chimiques et physiologiques. Tout homme, sain d'esprit, a conscience de lui-même par la réflexion et le souvenir, il peut donc se connaître, et soumettre cette connaissance à la discussion, au contrôle, à la contradiction d'autres observateurs.
Quant à la nature du principe pensant, c'est là unequestion ouverte, sur laquelle Spiritualistes et Matérialistes peuvent se battre et se battront encore longtemps.
Fonctions Intellectuelles. — A la région spéculative, située dans la partie antérieure du cerveau, appartiennent les 5 organes des 5 fonctions intellectuelles, la Conception s}rnthétique, la Conception analytique, la Généralisation, la Systématisation, et la Communication orale ou écrite. Ces 5 fonctions intellectuelles ne constituent qu'un moyen, car l'amour estle centre et le régulateur de la vie humaine. « Agir par affection, et penser pour agir, » telle est la grande devise du Positivisme religieux. Les fonctions intellectuelles ne sont que les servantes des fonctions morales.
Fonctions morales. — Elles sont au nombre
de 10:7 personnelles ou égoïstes, l'Instinct nutritif, l'Instinct sexuel, l'Instinct maternel, lïnstinct militaire, l'Instinct industriel, l'Orgueil, la Vanité ; et 3 sociales ou altruistes, l'Attachement, la Vénération, la Bonté. Elles ont leurs organes dans la région affective ou postérieure du cerveau.
■ <»iii<iiii actives. — Les trois dernières fonctions cérébrales appartiennent à la région active ou moyenne du cerveau, ce sont : le Courage, la Prudence et la Fermeté. Ces 18 fonctions se résument dans les trois mots : Aimer, penser, agir, qui correspondent à ce que le bon sens vulgaire a toujours distingué : le cœur, l'esprit, le caractère.
En étudiant de près cette curieuse synthèse de lame, on voit qu'A. Comte a voulu ranger tout l'èlre autour des facultés affectives ; leurs organes, d'après lui, dépassent en nombre, en volume, en intensité les organes départis à l'intelligence.
« Cette prépondérance du cœur, dit-il, est nettement représentée dans ma classitication cérébrale par le nombre respectif des fonctions ou de leurs organes propres. En effet le coeur y fournit 13 éléments statiques ou dynamiques, et l'esprit 5 seulement. On doit même reconnaître que les organes moraux sont en général plus volumineux que les organes intellectuels; ce qui achève de caractériser anatomiquement l'énergie supérieure des attributs correspondants » I .
Ainsi, après avoir déterminé subjectivement les
il Polit, posit., p. 681, T. I.
fonctions cérébrales, il conclut, sans expérimentation, sans preuves anatomiques ou physiologiques, au volume hypothétiquement relatif d'organes hypothétiquement assignés, suivant le mot de Littré, C'est le triomphe de la subjectivité !
Pour ce qui concerne la suprématie qu'A. Comte accorde au cœur, il est certain que les passions ont plus d'énergie que les fonctions intellectuelles. Les poètes, les moralistes et les romanciers s'accordent pour reconnaître la difficulté qu'on éprouve à les diriger ou à les réprimer. Ce groupe est formé, comme dit A. Comte, des instincts altruistes et des instincts égoïstes.
çc Or il est reconnu, nous dit Littré, que, tandis que les besoins moraux sont plus puissants que les besoins intellectuels, le? besoins égoïstes (nutrition et propagation de l'espèce) sont plus puissants que les besoins moraux. En cet état, il est inévitable que, si le groupe des facultés affectives devient le régulateur et le centre de l'activité humaine, ce sont habituellement les instincts égoïstes qui prévaudront. Il faut donc, pour qu'ils ne prévalent pas, qu'il intervienne quelque chose qui ne soit pas subordonné à la partie affective, et qui, loin d'en être gouverné, puisse la gouverner. Cela n'est pas autre chose que l'intelligence ou la raison » (1).
Dans la société, telle qu'A. Comte l'imagine, la Raison est représentée par les Philosophes, l'Activité par les Prolétaires, le Sentiment par les Femmes (2). C'est donc ici le cas d'exposer ses théories sur la Femme.
(1) Littré. p. E48.
(2) Discours sur l'ensemble du Positivisme. 11 nous parait, toutes proportions gardées, qu'il y aune grande ressemblance entre A. Comte
Condition aoeiale île 1» Femme. — Stuart Mill croit que la condition actuelle de la femme comporte une réformation, que, toutes diversités compensées, la femme est l'égale de l'homme, et que cette égalité n'a point reçu encore, des progrès de la civilisation, son entière réalisation. 11 eut à ce sujet une intéressante discussion avec A. Comte. Celui-ci lui écrivait, le 16 juillet 1843 :
« Quelque imparfaite que soit encore la Biologie, elle me semble pouvoir solidement établir la hiérarchie des sexes, en démontrant à la fois anatomiquement et physiologiquement que, dans presque toute la série animale et surtout chez notre espèce, le sexe femelle est constitué en une sorte d'état d'enfance radicale, qui le rend essentiellement inférieur au type organique correspondant ».
Le 5 octobrel843, il revenait sur cette question :
« Tout en convenant des diversités anatomiques qui éloignent davantage l'organisme féminin du grand type humain, je crois que vous ne leur accordez pas une asse? forte participation physiologique, tandis que vous exagérez peut-être l'influence possible de l'exercice... Je trouve que vous n'attachez pas assez d'importance aux conséquences réelles de leur infériorité native. Leur inaptitude caractéristique à l'abstraction et à la construction (1), l'im-
et Aristote dans la période philosophique de sa vie : même amour des sciences naturelles, même esprit positif et expérimental. Dans la période religieuse, A. Comte ressemble, au contraire, à Platon : même tendance aux rêveries poétiques, aux utopies, à la systématisation outrée. Pour n'en citer qu'un exemple, Platon partage l'âme en 3 parties, le Noîç, ou raison, le éup.6;, ou sensibilité supérieure, le *Eiu0upiTtx6v, ou sensibilité inférieure; dans l'Etat, la raison est représentée par les Rois philosophes, la sensibilité supérieure par les guerriers, la sensibilité inférieure par les artisans. (VHP Livre de la République.)
(1) A. Comte n'est guère galant ici envers Mis» Harriet Maitineau, femme d'un grand esprit, qui défendit avec talent le Positivisme en Angleterre.
possibilité presque complète decarter les inspirations passionnées dans les opérations rationnelles, quoique leurs passions soient en général plus généreuses, doivent continuer à leur interdire toute haute direction immédiate des affaires, non seulement en Science et même en Philosophie, mais aussi dans la vie esthétique, et dans la viepratique, tant industrielle que militaire, où l'esprit de suite constitue la principale condition du succès prolongé »..
Ainsi donc, d'après A. Comte, la femme, anatomiquement, physiologiquement et intellectuellement, est inférieure à l'homme, infériorité que nulle combinaison sociale, nul progrès de l'éducation ne parviendront à effacer, et qu'il est de l'intérêt des deux sexes d'accepter, afin de la faire tourner au plus grand bien commun. L'opinion régnante, qui fait tous les jours de nouveaux adeptes, est loin d'être conforme à l'opinion d'A. Comte. D'après lui, l'organisme féminin, par sa constitution anatomique, s'éloigne du grand type humain. Or est-il vraiment rationnel d'admettre, dans la nature humaine, un type qui soit indépendant de la femme? Le type humain ne peut jamais, physiquement ou moralement, être conçu que double; il comprend deux parties inséparables, suivant ce mot profondément vrai de Moïse : « Et erunt duo in carne unâ ». La femme est différente de l'homme, mais ne lui est pas inférieure.
Elle est même supérieure à l'homme, d'après A. Comte, au point de vue affectif et moral. On sait, en effet, que, dans la période religieuse de sa vie, A. Comte assigna un grand rôle à la
femme, en vertu de son principe que le cœur doit dominer l'esprit.
« Toute l'existence de l'Etre-Suprème étant fondée sur
l'amour le sexe affectif constitue son représentant le
plus parfait, en même temps que son principal ministre » (1).
La Mère, l'Epouse, la Fille et la Sœur sont dans le foyer domestique, les Auges gardiens de l'homme, qui leur doit « une adoration intime, aussi touchante que salutaire », car « ils sont ses protecteurs, ses modèles, les agents familiers de son perfectionnement et de son bonheur » (2).
Le principal des 9 Sacrements est celui du Mariage qui ce consacre à jamais la monogamie catholique, et qui la complète par l'institution vraiment auguste du A^euvage éternel ».
On le voit, la femme qu'A. Comte avait par trop dépréciée en 1843, prit largement sa revanche, quand, sous le coup de sa passion pour madame Clotilde de Vaux, il élabora le plan de la nouvelle Religion.