‹ Auguste Comte, médecinChapitre 8 sur 12 · Lettre au D' Audilfrent, Rebinet, p. 528. (2) P · texte numérisé non relu

Lettre au D' Audilfrent, Rebinet, p. 528. (2) P

cerveau qui, dans l'état de santé, relie en un seul tout, par sa prépondérance continue, les différentes parties de l'organisme, et institue l'harnionie totale, manque, dans l'état de maladie, à cette coordination des actes vitaux ».

C'est d'après cette doctrine, qu'il explique la dernière maladie d'A. Comte.

« La suractivité cérébrale coïncidant chez lui, et de très bonne heure, avec une vie tout à fait sédentaire, enlevait à son corps la stimulation nécessaire, et plaça toutes ses fonctions végétatives et animales dans un état de langueur qui ne manqua pas de se compliquer des susceptibilités nerveuses qui se développent en pareil cas. »

D'après lui, A. Comte a succombé aux suites ce d'un ictère idiopathique ou essentiel, affection d'abord cérébrale, puis corporelle ». De son côté le Dr de Montègre était d'avis que l'affection qui emporta A. Comte, était un cancer du tube digestif (l). Tous les symptômes, décrits par le Dr Robinet lui-même, nous porteraient à accepter ce dernier diagnostic.

Quant au Dr Audiffrent, ancien élève de l'École polytechnique, il fit sa Thèse inaugurale sur la conception générale de la maladie, d'après A. Comte, sous le titre : « Réflexions sur un cas de névrose de la 5e Paire et sur les névroses en général ». Parlant de cette Thèse, M. Laffite, Directeur actuel de la Religion positive, nous dit :

« M. Audiffrent a pu, dans un cas intéressant d'observation clinique, mettre en lumière la distinction du sens

(1) Littré, p. 642.

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de la Musculation et du sens de l'Electrition établis par A. Comte dans sa théorie générale de la sensibilité, d'après les aperçus de Blainville. En examinant à propos de ce cas spécial, la question générale des Névroses et de leur traitement, il a pu faire sentir l'importance de ne jamais séparer l'étude des perturbations spéciales de la sensibilité et de la locomotion de la considération de l'unité cérébrale; enfin il a su faire comprendre comment le Positivisme rallie la grande tradition des Médecins praticiens dont Hippocrate est le vrai type » (I).

Dans cette Thèse, le Dr Audiffrent donne une classification des symptômes de la maladie. A. Comte lui en avait tracé le principe :

« Puisque les maladies, lui écrivait-il, ne sont que des symptômes, il y faut suivre l'ordre des fonctions correspondantes. Tel est le principe de classement indiqué dans mon volume final, d'après la distinction des trois modes, végétatif, animal et cérébral, de l'existence humaine. Il vous suffira de prolonger cette règle en développant les fonctions correspondantes, pour obtenir un classement raisonnable des maladies végétatives, c'est-à-dire des symptômes du trouble cérébral d'après la vie de nutrition. Cette existence se compose d'absorption et d'exhalation, dont l'une consiste en élaboration suivie d'assimilation, et l'autre en dépuration suivie d'excrétion. Son ensemble a donc pour centre la circulation, également nécessaire à ces quatre fonctions générales. A chacun de ces groupes d'actes et d'agents organiques, appliquez les variations par excès ou défaut, au delà des limites normales qui sont mal connues encore; ; vous obtiendrez le classement des symptômes végétatifs de l'altération cérébrale de l'unité, chez l'homme et les animaux supérieurs, mais sans négli ger jamais l'influence continue du milieu ... 2.

1 , Robinet, p. 5S-.

:» Robinet, p

Dans une autre lettre, il complète les indications précédentes :

« Le principe que j'ai posé permet de concevoir le classement des maladies d'après leurs sources, puisque toutes résident dans le cerveau... Puisque la région affective domine dans l'état normal, elle doit surtout prévaloir envers ses perturbations, d'autant plus que son exercice est seul continu. Quant aux deux autres régions cérébrales, elles ne peuvent influer que sur les subdivisions, outre leur participation aux symptômes, lorsque le trouble atteint son maximum. Il faut donc rapporter les maladies au sentiment On est ainsi conduit à distinguer

d'abord les maladies en égoïstes et altruistes, comme les moteurs affectifs, quoique les unes et les autres puissent avoir lieu par excès ou par défaut, le premier cas appartient surtout aux premières, et le second aux secondes. En étendant le principe pathologique hors de notre espèce, il permet aussi d'expliquer la moindre diversité, comme la moindre gravité des maladies parmi les animaux, même les plus rapprochés de nous. Car, privés du mouvement social, ces cerveaux fonctionnent beaucoup moins, et d'ailleurs réagissent moins sur les viscères nutritifs » (1).

Enfin il applique ses théories, à ses propres indispositions. Le mardi 23 Bichat 67, il lui écrit :

« Le développement de mon testament m'a permis la -vérification de ma conception générale sur la source cérébrale de Ja maladie, au moins dans l'homme surtout civilisé. Car elle a suscité, comme tous les préambules de mes grands travaux, une crise physique, principalement relative à l'appareil digestif, dont la surexcitation m'a contraint à m'abstenir de dîner pendant treize jours. De végétative, la réaction cérébrale est aujourd'hui devenue animale, et consiste dans une agitation convulsive qui, bien-

(1) Robinet, p. 530.

tôt dissipée, va me ramener un état pleinement normal, sauf la stimulation durable de la région spéculative, succédant à celle de la région active, d'après une influence primitivement affective ; ce qui me représente en petit la marche essentielle de nos perturbations; en sorte que, comme médecin, vous pourrez utiliser l'incident que je me plais à vous décrire à cette fin » (1).

Partant de ces indications, le Dr Audiffrent admet 3 sortes de maladies : 1° Végétatives. 2° Animales, 3* Sociales ou Cérébrales. — Les maladies végétatives se divisent en 5 groupes, suivant qu'elles résultent d'une altération des fonctions d'Élaboration, d Assimilation, de Dépuration, d'Excrétion et de Circulation. Les maladies animales comprennent les troubles de la Sensibilité et de la Motilité (Névroses), et ceux de la Contractilité. — Les maladies sociales ou cérébrales ont pour sièges les régions affective, active et spéculative.

Sa conclusion est que la constitution médicale qui prédomine de nos jours est caractérisée « par une grande instabilité cérébrale, par un éréthisme considérable, à la fois nerveux et sanguin, enfin par une altération des humeurs (surtout du sang) consistant en une diminution de leur plasticité, qui prédispose aux troubles nerveux et aux désordres végétatifs: fluxions rapides, suppurations, hémorrhagies et infiltrations ».

Enfin, suivant que le défaut de stabilité cérébrale ou viscérale persiste plus longtemps, la maladie est chronique ou aiguë.

Ces théories, où il y a quelque chose à prendre,

(I Robinet, p. 535.

l'influence du moral sur le physique, par exemple, mais beaucoup de choses à laisser, nous paraissent, au fond, des théories d'un autre âge, à nous qui avons été élevés dans les principes autrement scientifiques de la doctrine microbienne.

Voici quelques autres idées d'A. Comte qui cjmplètent la vue d'ensemble que nous avons voulu donner de sa Pathologie générale. Il admet « suivant le principe éminemment philosophique qui sert désormais de base générale à la Pathologie positive, et que nous devons au génie hardi et persévérant de notre illustre concito3Ten Broussais », que l'état pathologique ne diffère pas radicalement de l'état physiologique, « à l'égard duquel il ne saurait constituer qu'un simple prolongement plus ou moins étendu des limites de variation propres à chaque phénomène de l'organisme normal... Par suite la notion exacte de l'état plrysiologique fournit l'indispensable point de départ de toute saine théorie pathologique »(1).

A ce propos il regarde Boussais comme le fondateur de la pathologie positive, c'est-à-dire de la science qui rattache la perturbation des phénomènes vitaux à la lésion des organes ou des tissus, contrairement à l'ancienne pathologie qui considérait les Maladies les plus graves comme indépendantes de toute altération dans l'état normal des organes.

Néanmoins la Clinique lui paraît aussi nécessaire au Pathologiste. Il écrit au Dr Audiffrent :

(1) Phil. posit. T. 111, p. 2H2.

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