‹ Auguste Comte, médecinChapitre 9 sur 12 · TU · texte numérisé non relu

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« Vous faites 1res sagement d'aborder à .Marseille, l'étude clinique, dès le début de votre cours médical, sans attacher une importance exagérée à la subordination de la pathologie envers la biologie. L'existence et môme la structure, ont été si mal étudiées et restent si peu connues, que vous ne gagneriez rien à retarder l'examen direct des malades, jusqu'à ce que vous possédiez sur l'état normal, des notions statiques et dynamiques plus développées que celles qui vous sont maintenant familières. Si nul art, même mathématique, ne comporte réellement une pleine rationalité, celui que vous allez apprendre repousse surtout cette illusion théorique. En comparant la médecine d'Hippocrate avec la nôtre, vous ne trouverez pas le progrès moderne en harmonie avec les acquisitions scientifiques, même après avoir écarté celles qui sont équivoques ou vicieuses D'ailleurs les études cliniques sont

éminemment propres à signaler les lacunes et les imperfections de la biologie, dont les conceptions qui ne comportent aucune application médicale sont, pour cela seul, oiseuses ou vicieuses. Une appréciation pleinement positive dispose à sympathiser avec les praticiens qui dédaignent une culture biologique trop souvent incompatible avec la vue synthétique de l'organisme » (\).

§11. — Pathologie spéciale.

1 .a fausseté d'un principe peut se démontrer à priori ; elle se démontre aussi à posteriori, c'est-àdire par l'absurdité des conséquences qu'elle entraîne : c'est ainsi que la théorie pathologique d'A. Comte l'a conduit à des applications aussi extravagantes que ses idées religieuses.

< noiera. — Ne va-t-il pas jusqu'à dire que les

1 KobiDet, p. 527.

révolutions politiques sont la cause du Choléra? c^)u'on en juge par ce simple extrait d'une de ses Lettres au Dr Audiffrent :

« Un insuffisant essor de l'altruisme constitue la source secrète d'une foule de perturbations radicalement méconnues. Telles sont surtout les épidémies qui succèdent aux commotions politiques, comme les affections cholériques survenues dans ce siècle, après Ja secousse antibourbonienne de 1830, la crise républicaine de 18't8, et finalement la crise dictatoriale de 1851. La source nécessairement cérébrale de toute grave maladie devient spécialement irrécusable envers ces vastes perturbations, que l'empirisme matérialiste proclame inintelligib'es » (1).

Malmlie aie l'Aienreiaie. — L'anarchie qui règne dans les sociétés modernes, résulte d'un trouble cérébral, et constitue une vraie maladie :

« La théorie synthétique des maladies se trouve résumée parla définition sociologique du cerveau comme appareil de l'action des morts sur les vivants. On peut dès lors apprécier combien l'anarchie occidentale constitue une véritable maladie, puisqu'elle consiste surtout dans une insurrection continue des vivants contre les morts, ce qui tend à produire un trouble chronique de l'économie cérébrale. Mais vous pouvez mieux lier la médecine à la morale en formulant ainsi la définition subjective du cerveau : Le double placenta permanent entre l'homme et l'Humanité. 11 importe de dire double, afin de distinguer toujours les deux ordres simultanés de relations subjectives, d'une part envers le passé, de l'autre envers l'avenir. Cela fait même ressortir la gravité de la maladie occidentale qui tend à rompre le placenta dans les deux sens » (2).

(1) Robinet, p. 530.

(2) 4" Lett. au D'' Audiffrent, Rob. 533.

Atamle» — L'ataxie n'est qu'une conséquence de la rupture profonde du consensus cérébral. (Audiffrent, d'après la théorie d'A. Comte.)

«.oui ic et KiinuiuiUnic — « Lorsque la constitution est vivement ébranlée, la plus légère cause, agissant sur certains organes prédisposés, peut y appeler toute l'activité cérébrale et susciter des accidents plus ou moins graves, en privant les organes les plus importants de leur stimulation nécessaire. »

Ainsi se doivent expliquer les répercutions humorales dans le cours de quelques affections goutteuses ou rhumatismales, les morts subites à la suite d'amputations, etc. (1).

Maladie*. Inflammatoires, bilieuses et eatarrii.il.» — D'après Audiffrent, les constitutions médicales inflammatoires et bilieuses sont dues aux influences climatériques, tandis que la constitution catarrhale semble provenir de la décomposition sociale, consistant dans un état d'éréthisme nerveux et dans une altération des humeurs.

Fièvres essentielles. — A. Comte regardait comme une pure hypothèse, sinon une erreur, la doctrine de Broussais, localisant les prétendues fièvres essentielles dans la membrane muqueuse du canal digestif (2).

Altérations du sang. — Il lui paraît incontestable « que les fondateurs de la pathologie moderne, dans leur réaction si nécessaire contre l'an-

(1) Appel aux Médecins, p. 217.

(2) Phil. posit. T. III, p. 285.

tique humorisme, ont beaucoup trop négligé les altérations directes et spontanées dont les fluides organiques, et surtout le sang, sont susceptibles».

maladies nerveuses. — A. Comte aimait à parler de Médecine, et de Médecine mentale en particulier (1). Au mois d'août 1828, il publia dans le Journal de Pains, un article, reproduit dans la Politique positive (2), sous le titre: ce Examen du Traité de Broussais sur l'Irritation et la Folie ». Dans cet article, avec Broussais, il admet que la folie a son siège dans le cerveau, ce que l'on peut constater par des nécropsies ; les lésions sont d'ordinaire des lésions inflammatoires ; quand l'inflammation n'existe pas, c'est à une irritation qu'il faut attribuer la folie.

11 n'a pas une très haute idée des Médecins qui s'occupent des maladies nerveuses :

« L'observation des maladies du système nerveux ofire un moyen spécial et inappréciable de perfectionner l'exacte connaissance des lois qui régissent les phénomènes intellectuels et moraux, quoique les obstacles particuliers à une telle exploration, et l'inaptitude plus prononcée de la plupart des explorateurs jusqu'à présent n'aient pas permis d'utiliser beaucoup cette ressource » (3).

D'après lui encore, quoique les maladies mentales ne soient plus sacrées, comme elles l'étaient pour Hippocrate, leurs monographies n'en consistent pas moins le plus souvent, dans l'inintelligible accumulation de prétendues merveilles, qui

(Il Lettre du Pr Robin à Littré, p. 141.

(2) T. IV, p. 217.

(3) Phil. posit. T. III, p. 236.

éloignent toute idée de rapprochement positif avec l'état normal : ce sont habituellement des travaux plutôt littéraires que vraiment scientifiques. Les observateurs sont plus occupés, d'ordinaire, à régenter grossièrement leurs malades qu'à analyser judicieusement les phénomènes. Il fait l'éloge de Pinel qui a introduit, il y a quarante ans, des améliorations dans la théorie comme dans le traitement de l'aliénation mentale (1).

Dans le Cours de Philosophie positive (2J, il admet que, chez les animaux, où la vie cérébrale est beaucoup moins variée, l'observation pourrait diriger la nature des songes, à l'aide d'impressions extérieures convenablement produites, pendant le sommeil, sur les sens dont l'action est involontaire, et notamment sur l'odorat. A ce sujet, il ajoute que « chez l'homme même, il n'y a pas de médecin sensé qui ne prenne en considération le caractère habituel des songes, afin de perfectionner le diagnostic des maladies où le système nerveux est surtout intéressé » (3).

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