‹ Auguste Comte [microform], fondateur du positivisme, sa vie, sa doctrineChapitre 12 sur 181 · CHEZ LE PHILOSOPHE SOCIALISTE SAINT-SIMON · texte numérisé non relu

CHEZ LE PHILOSOPHE SOCIALISTE SAINT-SIMON

Encore une fois sans ressources, Aug. Comte fit la rencontre d'un homme qui s'était déjà acquis de la réputation comme philosophe socialiste, mais dont la connaissance était pour notre jeune philosophe un avantage fort douteux. Durant sept ans à peu près il fut le disciple et le collaborateur de Saint-Simon. Comme, d'un côté, cette rencontre a exercé une influence considérable sur la carrière philosophique d'Aug. Comte et que, d'autre part, la doctrine de Saint- Simon n'est peut-être point très connue, il n'est pas inutile de dire ici quelque chose de ce personnage.

(a). — Saint Simon : sa personne et sa

doctrine,

Henri Saint-Simon, né le 17 octobre 1760, descendait d'une des plus nobles familles de France, qui faisait remonter ses origines jusqu'à

Charlemagne. Il avait pour oncle le célèbrb auteur des Mémoires, qui, de son temps, jouissait à la cour d'une si haute influence, Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon. Élevé dans un milieu brillant, Henri eut de bonne heure la conviction qu'il était appelé à de grandes choses. « Levezvous, Monsieur le Comte, vous avez de grandes choses à faire » : c'est avec ces mots que, dès Tâge de dix-sept ans, il se faisait réveiller chaque matin i. Il se tourna d'abord vers la carrière militaire. A dix-huit ans, il prit part à la guerre de l'Indépendance américaine, non point, comme il l'expliqua plus tard, qu'il prît plaisir aux combats, mais parce qu'il prévoyait que cette guerre allait ouvrir une ère nouvelle à la civilisation. En môme temps il voulait, en prenant aux grands événements une part directe, élargir son horizon. Déjà à cette époque, il s'occupait de projets tout autrement pacifiques : nous en avons la preuve dans ce fait qu'après la guerre de l'Indépendance il proposa' au vice-roi du Mexique de construire un canal entre les deux Océans, en utilisant le cours d'un fleuve. — En 1785, il poursuit en Hollande un plan de campagne des Français contre les colonies anglaises dans les Indes : le projet échoua. En 1787, de concert avec le

i. Voir rintroduction de la Doctrine de Saint-Simon, Paris, 1831, p. 63.

JEUNESSE DE COMTE

comte de'Cabarrus, il oiïre au gouvernement espagnol de relier Madrid à la mer au moyen d'un canal. Le comte de Cabarrus s'engageait à avancer les fonds nécessaires; Saint-Simon se faisait fort d'enrôler 6000 hommes pour l'entreprise. Ce projet encore tomba à l'eau *.

7. — Saint-Simon se prépare à sa vocation sociale par des opérations financières et des spéculations scientifiques. — Pendant ce temps, Saint-Simon se pénétrait toujours davantage de ridée qu'il était appelé à faire le bonlieur de l'hu-. inanité en lui apportant une philosophie nouvelle. Un jour il crut entendre une voix qui lui disait, que le monde devait déjà à sa famille un grand roi (Charlemagne) , et qu'il lui devrait aussi en sa personne un grand philosophe. Il se prépara à sa mission d'une façon singulière. D'abord, à partir de 1790, il s'adonna durant sept années aux spéculations financières. Son père avait été déshérité par le duc de Saint-Simon ; sa mère avait perdu sa fortune pendant la Révolution : il se trouvait donc sans ressources. Pour la réalisation de ses hautes conceptions scientifiques et industrielles, il lui fallait de l'argent. Dans ce but, il s'associa avec un Prussien, le

i. Saint-Simon lui-même raconte ces faits dans ses Fragments. — Voir Œuvres de Saint-Simon, publiées en 1832 par Olinde Rodrigues^. Paris, 1841, p. xvii.

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baron de Redern, et spécula sur la vente des biens nationaux. Michelet, qui d'ailleurs ne lui est pas hostile, nous dépeint Saint-Simon philosophe à cette époque, d'après un témoin oculaire. C'était, dit-il, « un bel homme, très gai, de figure ouverte et riante, avec des yeux admirables, un beau nez long donquichottique. Il vivait au Palais-Royal et autour avec une liberté cynique de grand seigneur sans-culotte. Entre les femmes et les affaires, ce qui primait dans cette tête cependant, c'était l'idée» ^. — Par ordre du gouvernement de Robespierre, il fut jeté en prison et y resta quelque temps. Il se plaint amèrement d'avoir été dupé par le baron de Redern. En somme, pourtant, il fut assez heureux en affaires. En 1797, après avoir réalisé 144.000 francs, il renonça définitivement aux spéculations financières pour se livrer aux spéculations scienti-^ fiques.

Il raconte ainsi lui-même ses débuts : « J'ai employé mon argent à acquérir de la science ; grande chère, bon vin, beaucoup d'empressement vis à vis des professeurs, auxquels ma bourse était ouverte, me procurèrent toutes les facilités que je pouvais désirer ». Il avoue toutefois que, n'étant plus jeune, sa cervelle avait perdu de sa malléabilité et lui rendait l'étude plus difficile.

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