‹ Auguste Comte [microform], fondateur du positivisme, sa vie, sa doctrineChapitre 13 sur 181 · Michelet, Le Directoire et les Bonapartes, p · texte numérisé non relu

Michelet, Le Directoire et les Bonapartes, p

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Par contre, il relirait alors certains avantages de ses longs voyages à l'étranger, de la fréquentation d'un grand nombre d'hommes capables et de sa première éducation « scientifique » que d'Alembert avait dirigée. Cette éducation lui « avait tressé un filet métaphysique si serré qu'aucun fait important ne pouvait passer à travers ». Saint-Simon s'appliqua d'abord, jusqu'en 1801, aux sciences physiques avec les professeurs de l'Ecole polytechnique; à partir de 1801, il étudia les sciences physiologiques à l'École de médecine. Son mariage même (1801) ne fut, d'après son propre aveu, qu'un moyen de se mieux préparer à sa vocation, en lui donnant l'occasion de réunir des savants et des artistes dans le salon de sa femme et de faire ainsi des études de caractères. Enfin, il voyagea encore en Angleterre, en Suisse et en Allemagne. De son voyage en Allemagne, il rapporta, comme il le dit lui-même, la conviction que, dans ce pays, la science générale était encore au berceau, parce qu'elle s'appuyait sur des principes mystiques.

8. — Sa manière de propager sa doctrine. Sa situation matérielle. — Après s'être ainsi préparé, Saint-Simon paraît enfin, à partir de 1808, comme réformateur social. Son idéal, en tant que philosophe, était — il le répète souvent — d'apporter « des idées nouvelles et utiles à ses con-

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temporains et à la postérité » *. Il se présenta d'abord au public avec son livre: Introduction aux travaux scientifiques du dix neuvième siècle. La tentative fut si malheureuse que, plus tard, il voulut s'excuser et avoua qu'il avait abordé trop tôt un problème aussi difficile. Dans ses publications suivantes, il préféra exposer tout d'abord ses idées sous la forme de Lettres aux cultivateurs, aux commerçants, aux fabricants. A ces lettres il ajouta des mémoires au roi et des projets dé lois, rédigés dans le même sens.

Naturellement, par de telles productions littéraires, également bizarres dans le fond et dans la forme, Saint-Simon se heurta souvent à la froideur et au mépris du public. En outre, il avait déjà gaspillé toute sa fortune. Un moment, sa situation était tellement désespérée qu'il tenta de se suicider. Mais, en réalité, il ne se laissa jamais détourner de son entreprise par ces difficultés. Grâce aux secours pécuniaires que de riches bienfaiteurs lui faisaient quelquefois parvenir, il publia successivement des écrits, jusqu'à ce qu'enfin il réussit à éveiller l'attention et à s'attacher quelques disciples. Il fut même obli-

1. Œuvres de Sainl'Si7non, xxxvii, p. 247. — n reproche aux Anglais de ne pas s'occuper de la réorganisation des sciences et de ne pouvoir avancer à ce sujet aucune idée nouvelle de quelqu e importance.

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gé pendant quelque temps d'accepter une place de copiste au Mont-de-Piété, qui lui rapportait mille francs par an et lui imposait neuf heures de travail par jour. Plus tard il vécut des libéralités de Diard, un ancien serviteur enrichi. A la mort de ce dernier, il retomba dans une extrême misère *. « Depuis quinze jours », écrivait-il en 1813, <( je mange du pain et je bois de l'eau, je travaille sans feu et j'ai vendu jusqu'à mes habits pour fournir aux frais de copies de mon travail. C'est la passion de la science et du bonheur public, c'est le désir de trouver un moyen de terminer d'une manière douce l'effroyable crise dans laquelle toute la société européenne se trouve engagée, qui m'ont fait tomber dans cet état de détresse. Aussi, c'est sans rougir que je puis faire l'aveu de ma misère et demander les secours nécessaires pour me mettre en état de continuer mon œuvre » 2. — Les disciples de Saint-Simon devenaient aussitôt ses collaborateurs. Il leur faisait rédiger des chapitres de ses ouvrages, ou bien il s'assimilait leurs idées.

9. — Doctrine de Saint-Simon. — A cause même de cette méthode de collaboration. littéraire, il

J. Voir Ferraz, Etude sur la philosophie en France au XIX^ siècle; le sucialisme, le naturalisme et le positivisme, Paris, 1882, p. 6.

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