VII. APRÈS LA MORT D AUGf. COMTE
Pour que ces dispositions fussent légales, Comte, qui s'était marié sous le régime de la communauté, avait besoin de l'assentiment de sa femme. Il ne voulut pas entrer en négociations avec elle ; il croyait pouvoir obtenir de force son consentement. Il ordonna donc à ses disciples de continuer à payer à Madame Comte la pension annuelle de deux mille francs, mais à la •condition qu'elle reconnaîtrait le Testament. En outre, il s'exprimait de la façon la plus offen- •sante sur le compte de sa femme. Il la nommait •son (. indigne épouse », « l'être dont il n'avait reçu que du mal ». Il regarde même la pension qu'il lui sert et « qu'elle ne mérite en aucune manière», comme « la conséquence de la seule faute irréparable qu'il ait commise dans toute sa vie »*. Cette faute, c'était son mariage, etc..
140. — Le Billet scellé. — Plus tard, il imagina un autre expédient pour assurer l'exécution de ses dernières volontés. Il feignit de posséder un secret tellement grave que, s'il le divulguait, son « indigne épouse serait môme abandonnée de son principal défenseur » (Littré). Ce secret, il le confia à Sophie pour qu'elle recourût à cette dernière arme, si Madame Comte ne pouvait autrement être amenée à respecter le Testament, On lui fit observer que le simple témoignage
1 Testament, pp. 6, 22, 29, 30, etc.
A. CoMTB. — Vie et Doctr/ne. — 21.
de Sophie aurait peine à trouver suffisamment créance ; il consigna donc le secret par écrit dans un billet scellé de ses trois cachets ordinaires, avec la suscription : « Addition secrète au Testament d'Aug. Comte ». En même temps il stipulait que ses exécuteurs testamentaires devaient^ en cas de nécessité, faire usage du billet contre celle qui avait renié ses trois anges gardiens*. Il se refusait à recourir à une fiction juridique qui lui eût permis d'atteindre facilement son but.
141. — Objections des disciples de Comte. — Du vivant même du philosophe, plusieurs de ses exécuteurs testamentaires avaient élevé des objections contre la manière dont il parlait de sa femme. Comte attribuait ces protestations à un « nouvel accès de la maladie révolutionnaire dont les positivistes actuels sont souvent atteints d'après leur origine ordinaire ». Il ajoutait: « Je ne surmonterai cette fatalité que si la Iongévité de Fontenelle me permet un meilleur ascendant sur les fils, vraiment régénérés, de mes disciples actuels, aseez convaincus des dangers du scepticisme pour en préserver leurs enfants » ^.
442. — Opposition de Madame Comte. — Lorsque, le 6 septembre, les exécuteurs testamen-