‹ Auguste Comte [microform], fondateur du positivisme, sa vie, sa doctrineChapitre 18 sur 181 · Revue Occidentale^ janvier 1884, p · texte numérisé non relu

Revue Occidentale^ janvier 1884, p

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JEUNESSE DE COMTE

Il suffit aussi de comparer entre eux les écrits des deux philosophes socialistes à cette époque, pour sentir qu'un esprit fort différent les anime*.

La réimpression du Système de politique positive et les mésintelligences qui en résultèrent entre Aug. Comte et Saint-Simon, amenèrent une rupture définitive.

Voici comment le premier parle des causes de cette rupture dans une lettre au rédacteur (Mich. Chevalier) du Globe, journal saint-simonien, qui Tavait vivement pris à partie à ce sujet.

« J'ai eu pendant plusieurs années, avec M. de St-Simon une liaison très intime, fort antérieure à celle qu'ont pu avoir avec lui aucun des chefs de votre société. Mais cette relation avait entièrement cessé environ deux ans avant la mort de ce philosophe (1825), et par conséquent à une époque où il n'était pas encore question le moins du monde de saint-simoniens. Je dois d'ailleurs vous faire observer que M. de Saint-Simon n'avait point encore adopté alors la couleur théolo^ gique, et que notre rupture doit môme être attribuée en partie à ce que je commençais à apercevoir en lui une tendance religieuse profondément incompatible avec la direction philoso-

1. Aug. Comte, Opuscule de philosophie sociale, 1819- 1828. Paris, Leroux, 1833, pp. 60, 181. - Voir Doctrine, pp. 374, 386.

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phique qui m'est propre... La voie scientifique dans laquelle j'ai toujours marché depuis que j'ai commencé à penser, les travaux que je poursuis obstinément pour élever les théories sociales au rang des sciences physiques, sont évidemment en opposition radicale et absolue avec toute espèce de tendance religieuse ou métaphysique»*.

De leur côté, disons-le en passant, les saintsimoniens constatent eux-mêmes que les vues exposées dans le Système de politique positive sont en contradiction avec celles du maître, et ils reprochent à la doctrine d'Aug. Comte précisément ce qui constitue l'essence du positivisme, c'est-à-dire de n'admettre, conformément à la méthode des sciences exactes, que les faits d'observation directe, et, en outre, d'écarter Dieu et l'élément religieux^.

Quant aux autres causes de la rupture, auxquelles Comte fait allusion, il faut les chercher surtout dans les conditions défavorables oii les collaborateurs d'un maître aussi aventureux devaient forcément se trouver. Saint-Simon ne possédait aucun revenu fixe : le sort des disciples n'avait donc naturellement rien de très digne d'envie. Dans de telles circonstances,

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