LIAISON AVEC CAROLINE MASSIN
Avant de parler de la « philosophie positive » d'Aug. Comte et des événements qui s'y rapportent, nous devons faire connaître aux lecteurs un changement survenu dans la vie privée du philosophe. Depuis 1825, il avait trouvé dans la personne de Caroline Massin la « compagne de sa vie». Ecoutons comment Robinet s'exprime h ce sujet.
46. — Écarts de jeunesse d'Aug. Comte. — •« C'est une des plus tristes fatalités de notre temps que cette émancipation générale des esprits, qui laisse tant de jeunes âmes sans frein •et sans direction. Les inconvénients de cette anarchie morale ne sont pas aussi saillants chez les natures vulgaires, souvent retenues par l'intérêt lui-même, ou par une médiocre activité des passions : mais les âmes ardentes en éprouvent, au
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contraire, les plus funestes effets. Or, plus que tout autre, Auguste Comte devait subir ce redoutable affranchissement, dont sa mission rénovatrice lui faisait une inévitable nécessité... Si^ pour oser reconstruire, il fallait, pour un temps, rompre tout lien dans le présent comme dans le passé, cette révolte systématique contre les prescriptions de la sagesse vulgaire n'était pas sans danger; car le mépris des préjugés, c'est-àdire des règles morales spontanément établies et empiriquement acceptées, qui sont si souvent respectables, attire parfois sur ceux qui s'en rendent coupables, les plus regrettables calamités. « A Tâge de vingt sept ans, au plus fort de son élan rénovateur, mais avant qu'il eût pu reconstituer la morale sur des bases positives, le jeune et malheureux philosophe vint donc se briser contre un des plus dangereux écueils de la vie : en dépit de la famille qui réclame la déférence filiale, en dépit «de la société qui recommande la convenance des unions, il contracta le triste mariage qui remplit de tourments et de regrets tout le reste de son existence. C'était le 19 février 1825, sans autre consécration que l'enregistrement municipal... il épousait la femme qu'un entraînement fatal le poussait à s'associer !... Trop de confiance dans la puissance du cœur, et trop de rigueur envers des préjugés vénérables, le portèrent à cet égarement funeste>