‹ Auguste Comte [microform], fondateur du positivisme, sa vie, sa doctrineChapitre 30 sur 181 · Voir Lewes, Geschichte dcr Philosophie, n · texte numérisé non relu

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A. Comte. — Vie et Doctrine. — 5.

oculaires ont tracé de notre philosophe. Le premier de ces témoins est un Anglais à qui Aug. Comte avait donné des leçons de mathématiques. « Chaque jour », dit-il, « au moment où Fhorloge du Luxembourg sonnait huit heures, quand le frémissement du marteau sur le timbre était encore sensible, la porte de ma chambre s'ouvrait, et alors entrait un homme petit, mais fort, net et propre dans toute la force du terme, frais rasé, sans aucun vestige de barbe ni de moustaches. Il était invariablement vêtu d'un habit noir irréprochable, comme s'il allait dîner en ville, sa cravate blanche, aussi fraîche que si elle sortait des mains de la blanchisseuse, et son chapeau lustré comme le poil d'un cheval de course. Il s'avançait vers le fauteuil préparé pour lui au milieu de la table à écrire, plaçait son chapeau sur le coin à gauche, sa tabatière à côté, auprès de la main de papier disposée pour son usage, et alors trempant deux fois la plume dans l'encrier, il la portait à un pouce de son nez afin d'être sûr qu'elle était convenablement remplie, puis il rompait le silence — Lorsque la pendule sonnait neuf heures, avec le petit doigt de la main droite il faisait tomber de son habit et de son gilet la pluie de tabac superflu dont il les avait inondés ; il remettait sa tabatière dans sa poche, et prenant son chapeau il faisait aussi

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silencieusement qu'il était venu, sa sortie par la porte que je courais lui ouvrir »*.

Le second portrait est tracé par Guizot. En 1832, Aug. Comte s'occupait activement de la fondation, au Collège de France, d'une chaire d'Histoire universelle des sciences physiques et mathématiques ; et volontiers il eût occupé lui-même la nouvelle chaire. Il obtint, à cette occasion, une audience de Guizot, alors ministre de l'Instruction publique. Yoici les impressions de ce dernier : « Comte désirait que je fisse créer pour lui, au Collège de France, une chaire d'histoire générale des sciences physiques et mathématiques ; et pour m'en démontrer la nécessité, il m'exposa lourdement et confusément ses vues sur l'homme, la société, la civilisation, la religion, la philosophie, l'histoire. C'était un homme simple, honnête, profondément convaincu, dévoué à ses idées, modeste en apparence, quoique, au fond, prodigieusement orgueilleux, et qui sincèrement se croyait appelé à ouvrir, pour l'esprit humain et les sociétés humaines, une ère nouvelle. J'avais quelque peine, en l'écoutant, à ne pas m'étonner tout haut qu'un esprit si vigoureux fût borné au point de ne pas même entrevoir la nature ni la portée des faits

i,LeweSy Geschichte derPhilosophie^u.lil; Robinet, Notice, p. 543.

qu'il maniait ou des questions qu'il tranchait, et qu'un caractère si désintéressé ne fût pas averti par ses propres sentiments, moraux malgré lui, de Fimmorale fausseté de ses idées. C'est la condition du matérialisme mathématicien. Je ne tentai môme pas de discuter avec M. Comte ; sa sincérité, son dévouement et son aveuglement m'inspiraient cette estime tacite qui se réfugie dans le silence. Il m'écrivit peu de temps après (31 mars 1833) une longue lettre pour me renouveler sa demande de la chaire dont la création lui semblait indispensable pour la science et la société. Quand j'aurais jugé à propos de la faire créer, je n'aurais certes pas songé un moment à la lui donner » i. Guizot dit n'avoir jamais entendu parler d'Aug. Comte auparavant; pour ce détail, sa mémoire l'a trahi 2.

1. Mémoires poin^ servir à l'histoire de mon temps, par M. Guizot, Paris 1858-1800; tome m, pp. 126 et 127.

2. Voir Robinet, Notice, p. 191 ; et Littré, Principes, p. 27.

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