AUTRES ASPIRATIONS DE COMTE A CETTE ÉPOQUE
s'agissait de pénétrer ses auditeurs de Tesprit positiviste. Les cieux, disait-il, ne publient pas la gloire de Dieu, mais celle de Newton et d'autres astronomes. L'ordre et l'harmonie de l'univers ne sont pas dus à une volonté surnaturelle : seules les lois immuables de la nature gouvernent le monde. — De ce Cours d'astronomie est sorti l'ouvrage d'Aug. Comte qui a pour titre : Traité philosophique d'astronomie populaire (Paris
27. — Genre de vie d'Aug. Comte. — Depuis sa maladie, causée en partie du moins par une excessive tension d'esprit, Aug. Comte avait une vie plus régulière. Il s'interdisait le café, dont il se servait autrefois pour chasser le sommeil. Il s'accordait le repos nécessaire. Chaque jour il faisait, seul, une longue promenade. Les voyages qu'il dut faire plus tard comme examinateur de TÉcole polytechnique, contribuèrent aussi à sa bonne santé.
Comte et les beaux-arts, — A partir de 1838, les études de Comte sur la philosophie de Thistoire éveillèrent en lui le goût des arts. Il s'efforça de réparer les lacunes de sa jeunesse sur ce point. Par son propre travail il se perfectionna dans la connaissance de l'italien, de l'espagnol et de l'anglais. Il lisait assidûment Ho-
i. Revue Occidentale, juillet 1889, p. 12.
race, Virgile, Plaute, Dante, TAriosle, le Tasse, Milton, Shakespeare, Byron, Cervantes et Calderon dans leur langue originale. 11 devint un habitué de TOpéra italien et prenait un vif plaisir à voir les chefs-d'œuvre de Mozart, de Rossini, de Donizetti, de Hacndel et de Beethoven représentés par des artistes de premier rang *. Sans être musicien, il avait une voix passable, et, comme Littré le raconte avec une pointe de malice, il chantait quelquefois avec beaucoup d'elîet, la Marseillaise, par exemple, où il mettait « un accent tout à fait révolutionnaire » 2. Aux yeux d'Aug. Comte, ces occupations artistiques avaient leur importance au point de vue môme de ses théories sociales: dans sa pensée, elles devaient développer ses « facultés affectives », c'est-à-dire les sentiments les plus nobles qui, d'après lui, sont le mobile de la morale et le lien de la société.
28. — Situation matérielle d'Auguste Comte. — Après qu'il eut quitté Saint-Simon, la situation de Comte resta longtemps fort précaire. Pour vivre, il chercha à donner des leçons de mathématiques ; et d'abord le succès fut assez médiocre. Lorsqu'il épousa Caroline Massin, il n'avait encore qu'un élève : c'était le futur géné-