Disposition matérielle de l'œuvre
L'ouvrage dans lequel Aug. Comte a exposé sa « philosophie positive », et qui, dans le monde savant — nous verrons cependant que l'auteur lui-même n'en juge point ainsi — passe pour son chef-d'œuvre, est intitulé Cours de philosophie positive. Il se compose des leçons dont nous avons parlé. Cela ressort évidemment de sa division môme en soixante leçons. Cependant, surtout vers la fin de l'ouvrage, ces leçons ont été augmentées sous le rapport du nombre et de la longueur. Le programme du cours oral n'en comprenait que cinquante.
Retard dans la publication. — Le « Cours » s'imprima lentement. Le premier volume parut en 1830; le deuxième, en 1835 ; le troisième, en 1838; le quatrième, en 1839; le cinquième, en 1841 ; le sixième enfin, en 1842. Ce retard est dû, soit aux troubles politiques de l'année 1830,
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qui ruinèrent complètement Rouen, le premier éditeur d'Aug. Comte; soit au peu de loisirs que ses fonctions laissaient au philosophe ; soit enfin, d'après Robinet, aux ennuis domestiques et à d'autres difficultés qui étaient loin de favoriser le goût du travail.
31. — Comment Aug. Comte écrivit son ouvrage. — Voici de quelle manière Littré s'exprime à ce sujet : « La mémoire de M. Comte était d'une force prodigieuse... Ses lectures avaient été faites dans sa jeunesse ; passé cette époque, il ne lut ni ne relut; et cette provision, une fois amassée, lui suffit pour l'élaboration d'une œuvre où il fallait avoir présents à l'esprit une immensité de faits de l'ordre scientifique et historique. La force de mémoire était, chez lui, le puissant auxiliaire de la force de conception. Voici, en effet, comment il composa chacun des six volumes du système de philosophie positive. Il en méditait le sujet de tête et sans jamais rien écrire; de l'ensemble il passait aux masses secondaires, et des masses secondaires aux détails. Au plan général succédait le plan spécial de chaque partie. Alors, quand cette élaboration, d'abord totale, puis partielle, était accomplie, il disait que son volume était fait. Ce qui était vrai: car, lorsqu'il se mettait à écrire, il retrouvait, sans jamais en rien perdre, toutes les idées qui formaient la trame de son œuvre;
et il les retrouvait dans leur enchaînement et dans leur ordre. Sa mémoire avait suffi à tout... Une fois qu'il avait pris la plume, il ne pouvait plus la quitter; et ces gros volumes du système de la philosophie positive ont été rédigés d'une seule haleine. Dès qu'il avait par devers lui un certain nombre de feuillets écrits et qu'il était sûr, à l'aide de cette avance, d'alimenter l'imprimerie sans l'exposer à chômer, il commençait à les mettre sous presse, ne faisant aucun changement sur ses épreuves, dont il ne voyait jamais qu'une »*.
32. — Style de Comte. — « Mais ce procédé », continue Littré, « avait un inconvénient. Il était impossible qu'une rédaction si rapide, jamais méditée, jamais relue, jamais corrigée, fût châtiée. Plusieurs personnes, surtout celles qui attachent un prix particulier à la forme littéraire, se sont rebutées à la lecture du livre de M. Comte, accusant la prolixité de l'auteur, la longueur des phrases, la pesanteur du style, les répétitions, les épithètes surabondantes » 2. Littré avoue que ces reproches ne sont pas sans quelque fondement. D'aiitre part, il affirme avec raison que le style de Comte, avec son originalité, sa vigueur toute philosophique, ne manque