‹ Auguste Comte [microform], fondateur du positivisme, sa vie, sa doctrineChapitre 53 sur 181 · I. — Méthode et division · texte numérisé non relu

I. — Méthode et division

49. — La sociologie, d'une part, est régie par les lois biologiques; d'autre part cependant, elle n'est point un simple corollaire de la biologie,

mais une science spéciale où doit dominer la méthode historique qui lui est propre (iv, 450 et ss. [322]). La méthode historique compare les différents états successifs de Thumanité, d'après leur enchaînement historique ; elle étudie la marche et le développement de l'ensemble, pour mieux comprendre l'individu. Les lois de succession sociale découvertes par cette méthode doivent toujours se rattacher à la théorie positive de la nature humaine, telle que la biologie la fournit (iv, 466 [334]). C'est dans la méthode historique que la politique a son unique fondement, au point de vue de son système comme à celui de sa logique (iv, 450 [322]). En dehors de la méthode historique, on emploie aussi plus ou moins les méthodes des sciences précédentes.

On est allé jusqu'à refuser toute vraie certitude aux observations sociales, ou du moins jusqu'à nier la valeur démonstrative du témoignage humain. C'est là « une entreprise sophistique inspirée uniquement par le désir d'écarter l'authenticité de la Bible ». Toutes les sciences doivent reposer sur le témoignage humain, parce qu'il est impossible qu'un savant fasse par lui seul toutes les observations sur lesquelles il doit s'appuyer. D'ailleurs, l'objet de la sociologie n'a pas une précision aussi grande que celui des autres sciences ; mais sa certitude est la même {iv, 413 et ss. [296]).

La sociologie se divise en statique sociale et en dynamique sociale. La statique sociale est la théorie positive de Vordre ou de l'harmonie des conditions de l'existence de la société humaine ; la dynamique sociale est la théorie positive du progrès social (iv, 318 et ss. [230]).

n. — Statique sociale.

Le vrai principe philosophique des lois statiques de l'organisme social est dans « le consensus général et naturellement nécessaire qui caractérise tous les phénomènes des corps vivants et qui se retrouve au plus haut degré dans la vie sociale ». La statique sociale ou « anatomie » a donc pour objet l'étude expérimentale et l'étude rationnelle des actions et des réactions contraires des différents éléments ou facteurs du système social (iv, 324 [235]). Les conditions générales de l'existence sociale doivent être successivement examinées par rapport à l'individu, à la famille et à la société (iv, 539 [384]).

50. — L'individu. — En ce qui concerne l'individu, la sociabilité ou sens social n'a plus besoin d'être démontrée, depuis que Gall a exposé sa théorie du cerveau. Bien que chez l'homme, •qui est « le premier des animaux », les facultés affectives l'emportent sur les facultés intellectuelles, et les impulsions grossières et égoïstes sur les sentiments plus nobles de sociabilité, ce-

pendant, avec la marche de la civilisation, l'activité intellectuelle et, par elle, le bien-être naturel sont en voie de progrès (iv, 543 et ss. [387]). Les impulsions sociales contribuent au bonheur individuel, de môme que, d'autre part, la vie sociale doit aux instincts personnels une impulsion constante et une direction naturelle (iv, 557 et

51. __ C'est la famille, du reste, et non pas l'individu, qui constitue Tunité sociale (iv, 559 [398]), Elle est le lien entre l'individu et l'espèce ou société. Dans la famille l'homme apprend h vivre pour les autres, en môme temps qu'il suit ses instincts les plus forts (iv, 5G0). En ce qui concerne le rapport qui existe entre l'homme et la femme, la femme est inférieure à l'homme au point de vue intellectuel (iv, 571 [406]), mais elle lui est supérieure par la sympathie et la sociabilité (iv, 573 [408]). La prééminence appartient donc à l'homme, tandis qu'une influence modératrice revient à la femme (iv, 574). Dans les rapports de parents à enfants, c'est la subordination des âges qui fait loi (iv, 575 [405]). La vie domestique est l'école et le type de la vie sociale (iv, 577 [410]). La famille est une union d'une nature bien plus intime que celle de la vie sociale (iv, 590 [410]). Dans la vie de famille, l'homme doit chercher le plein et libre développement de ses afl'ections sociales (iv,:

591 [420]). La concentration est aussi nécessaire au sentiment, que la généralisation à la pensée (iv, 592 [420]).

52. — La société. Gouvernement. Pouvoir. Autorité. Morale. — Le principe fondamental de la société est le principe de la coopération (iv,.

592 [421]), bien que l'instinct sympathique, qui régit la vie domestique, y soit aussi d'un secours efficace (iv, 594 [422]). Cette coopération doit s'étendre à toutes les branches de l'activité humaine (iv, 598 [425]). Par elle, chaque famille a le sentiment de sa dépendance à l'égard de toutes les autres familles, en même temps que de sa propre valeur : elle a la conscience qu'elle remplit une fonction publique (iv, 599 [426]).

La coopération suppose un gouvernement dont le devoir est de réprimer, selon ses forces, une fatale inclination à éparpiller les idées, les sentiments et les intérêts (iv, 615 [430]). Le gouvernement est la réaction nécessaire du tout contre les parties : celles-ci doivent sans cesse s'entretenir dans la pensée de la communauté et de la solidarité des tendances (iv, 606).

L'influence du gouvernement n'est pas seulement matérielle ; elle doit être surtout intellectuelle et morale. A côté du pouvoir temporel, il faut donc aussi un ijouvoir spirituel (iv, 607 [43i]).

Le gouvernement doit de plus en plus sortir

^ 2 i PÉRIODE DE LA « PHILOSOPHIE POSITIVE »

du sein même de la société (iv, 610 [433]). D'après la théorie positive, Vautorité naît de la coopération commune (iv, 338 [244]), et non pas vice-versa. La loi fondamentale de cette subordination sociale spontanée réside en ceci, que les divers modes des activités particulières se subordonnent d'eux-mêmes à la direction des activités plus générales (iv, 611 [434]). Cette subordination sociale, qui est en même temps la condition de la subordination politique, forme la base de tout gouvernement (iv, 613 [435]). Les dispositions qui, chez l'individu, favorisent la subordination politique, sont, d'un côté, le désir de commander qui est inhérent à toute supériorité intellectuelle et morale, et, de l'autre, la tendance de l'homme à s'incliner devant la supériorité intellectuelle (iv, 616 et s. [437 et s.]). Avec le progrès de la civilisation, l'inégalité morale et intellectuelle et, en même temps, la spontanéité de la subordination politique se développent de plus en plus (iv, 614 [436]).

Pour résumer la statique sociale à son triple degré, ajoutons que la vie individuelle est caractérisée particulièrement par la prépondérance des instincts personnels, la vie de famille par les ins* tincts sympathiques, la vie sociale par l'évolution des influences intellectuelles. Ces trois degrés de l'existence humaine, intimement reliés entre eux, sont aussi la condition préliminaire

de la division rationnelle de la morale universelle en morale personnelle qui se rapporte à la conservation de l'individu (hygiène), en morale domestique qui subordonne l'égoïsme à la sympathie, en morale sociale qui règle toutes nos inclinations en vue de la communauté. Ces deux dernières parties constituent Valtruisme (iv, 619 [440]).

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