‹ Auguste Comte [microform], fondateur du positivisme, sa vie, sa doctrineChapitre 55 sur 181 · Le monothéisme : TÉglise catholique et le moyen âge · texte numérisé non relu

Le monothéisme : TÉglise catholique et le moyen âge

58. ■— L'organisation de l'Église catholique est un chef-d'œuvre. — Au point de vue de ses propriétés caractéristiques, le régime monothéiste revêt sa plus haute expression dans le vrai catholicisme, qui porte à bon droit le nom de « romain ». En réalité, sa puissance sociale repose avant tout sur son organisation politique (v, 298 [212]). A l'opposé de l'utopie d'une domination spirituelle que les philosophes grecs poursuivaient à la suite d'Aristote (v, 303 et ss. [215]), le catholicisme au moyen âge a résolu d'une façon merveilleuse le problème politique des rapports entre le pouvoir spirituel et le pouvoir tem-

porel (v, 321 et ss. [228]). Vorganisation sociale du système catholique au m,oyen âge est jusqu'ici^ dans son ensem,ble, le plus grand chef-d'œuvre politique de la sagesse humaine {v, 326 [231]). Là, le rôle et les rapports réciproques des deux pouvoirs sont exactement reconnus. Le rôle du pouvoir spirituel est Véducation au moyen de l'influence qui lui appartient naturellement; le rôle du pouvoir temporel est Vaction. Chacune des deux puissances doit être souveraine dans son domaine spécial (v, 331 [235]). On a accusé l'Eglise catholique d'usurpation ; l'accusation est injuste : jamais, au contraire, même au temps de sa plus grande splendeur, l'Eglise n'a pu obtenir entièrement la liberté convenable au déploiement de son influence éducatrice (v, 333 [236]). Sous la direction morale du pouvoir spirituel, la politique a atteint un haut degré de sagesse, d'intelligence et de force. Les petits étaient soutenus et protégés ; les puissants étaient maîtrisés (v, 336 [238]). Au point de vue de l'ordre international, le pouvoir spirituel a une grande importance parce qu'il unit entre elles les différentes nations (v, 340 [240]). Pour juger complètement la valeur politique du système catholique, il est nécessaire d'examiner séparément ses qualités essentielles, (v, 343 [243]). En ce qui concerne le côté statique ou l'organisation propre de la hiérarchie catho-

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lique, les déclamations des protestants et des déistes sont tout à fait absurdes. La hiérarchie catholique, fondée sur le mérite intellectuel et moral, était ouverte à toutes les capacités (v, 345 [244]). — Le clergé personnifiait toute la civilisation de Tépoque (v, 349 [247]. C'est aux Ordres monastiques, véritable milice spirituelle, que Ton doit les plus importantes créations du christianisme (v, 347 [246]). La concentration même du pouvoir spirituel dans Y infaillibilité du pape, que Ton a tant reprochée au catholicisme, « était, sans parler de son évidente nécessité pour le système théologique, un très grand progrès intellectuel et moral » (v, 353 [250]) i. Au nombre des institutions les plus importantes du catholicisme, il faut mettre le célibat (v, 356

1. Comme Aug Comte, d'autres penseurs étrangers au catholicisme, par exemple Ed. von Hartmann et W. H. Mallock, voient dans le catholicisme <' le véritable représentant du christianisme historique »; et dans Tinfaillibilité du pape, « une conséquence rigoureuse du principe catholique », « le couronnement longtemps attendu de l'unité dogmatique du catholicisme ». — Voir: Ed. von Hartmann, Die Selbstzerselzunçj des Christenlhums, , BerHn, 1874, p. x, et 7, 8. — Mallock, Is life worlh Hving ? Chap. xi. etc..

C'est en 1841 qu'Aug. Comte parlait ainsi de rinfaillibiHté du pape : nouvelle preuve de l'absurdité et de Tinconséquence des cris poussés par les libéraux, affirmant que c'était là une doctrine jusqu'alors inconnue.

[252]), et le pouvoir temporel du pape: ce pouvoir temporel est d'une absolue nécessité (v^ 360 [254]).

59. — Au point de vue intellectuel comme au point de vue moral, l'action de l'Église catholique au moyen âge est admirable. — Quant aux qualités dynamiques, c'est-à-dire quant aux qualités du système du moyen âge qui se rapportent à l'accomplissement de la mission sociale de l'Eglise, il convient de faire ressortir son habileté dans l'éducation. Le catholicisme a fondé un système d'éducation soit intellectuelle, soit surtout morale, qui s'est étendu à toutes les classes de la population européenne (v, 365 [258]). Les catéchismes usuels sont des chefs-d'œuvre de la philosophie théologique alors en vogue (v, 368 [260]). Avec une ardeur infatigable, l'Eglise a travaillé de toutes les manières possibles à l'instruction du peuple. Quand on lui fait le reproche contraire, ces plaintes sont souverainement injustes et absurdes (v, 370 [261]). La confession elleinôme servait merveilleusement l'influence éducatrice de l'Église (v, 372 [263]).

Au point de vue dogmatique, le devoir rigoureux de croire était une nécessité dans un système fondé sur la révélation. Tous les dogmes, considérés isolément, — par exemple le dogme d'une faute originelle, ceux de la divinité du Christ et de la présence réelle — avaient leur

importance (v, 375 et ss. [265]). Sous le rapport temporel, le rigide système militaire des Romains s'était, par une conséquence de la vaste extension de l'empire et de sa faiblesse croissante, transformé en un système plus doux, le régime féodal {\, 393 [277J). Les guerres prirent le caractère défensif (v, 402 [28i]). Les grands royaumes se morcelèrent en États plus petits (v, 404 [285]). L'esclavage devint le servage (v, 396, 407 [280, 287]). La chevalerie naquit (v, 408 [288]). La vie militaire fit graduellement place à la vie industrielle (v, 411 [290]).

Au point de vue de la morale, la puissance transformatrice du catholicisme reposait plus encore sur son organisation sociale que sur sa doctrine (v, 418 et s. [294]) ou sur sa « capacité de se présenter comme l'organe régulier de l'opinion publique » (v, 426 [300]). Le catholicisme accordait à la morale la suprématie sociale (v, 427). lia perfectionné toutes les branches essentielles de la morale (v, 435 [306]), la morale personnelle comme la morale domestique (v, 439 [309]) et la morale sociale (v, 445 [313]). Sous ce dernier rapport, il a réglé le patriotisme et les relations internationales. Il a adouci les maux de la société contre lesquels tous les systèmes philanthropes modernes se trouvent impuissants. Par ses canonisations, qui ont remplacé les apothéoses , il a ramené tous les siècles à la solida-

rite sociale. Le positivisme doit étendre ces anniversaires encore plus loin, par exemple à Homère, à Aristote, etc. (v, 448 [316]).

Au point de vue intellectuel, « une vaine critique métaphysique, dont le premier organe fut le protestantisme , a eu Vabsurdité d'appeler cette époque remarquable, une époque de ténèbres » (v, 451. 470 [317, 331]). Une telle absurdité est réfutée par ce seul fait que c'est en Italie, au centre du catholicisme et au moment de son plein épanouissement, que l'esprit humain a pris son essor, essor tout à la fois intellectuel, philosophique, scientifique, esthétique et même industriel (v, 452). Le catholicisme a exercé une influence très salutaire sur la philosophie aussi bien que sur les sciences expérimentales, l'esthétique et l'industrie (v, 457 et ss. [321]). En tout cela, pourtant, son rôle se bornait à préparer, sous le régime théologique, les éléments de la période positive (v, 474 [333]). Vétat théologique portait depuis longtemps le germe de sa dissolution : il le portait même avant la naissance du catholicisme, depuis que la philosophie avait été, comme nous l'avons dit, divisée en philosophie de la nature et en philosophie morale (v, 476 [334]). L'antagonisme qui en résulta et l'attitude hostile adoptée par les sciences naturelles furent la ruine du système monothéiste. Le régime féodal lui-même n'est, par

sa nature, qu'un régime de transition (v, 484

(6). — Étal critique ou métaphysique.

Le passage de l'état théologique à l'état positif est caractérisé par l'état critique ou métaphysique. Ici, la décomposition et la recomposition marchent parallèlement; mais, pour plus de clarté, il faut les examiner séparément (v, 496^ et ss. [346 et ss.]).

Le processus de la décomposition — la plus grande révolution intellectuelle et sociale qui ait eu lieu (v, 498 [3501) — date du commencement du quatorzième siècle (v, 509 [338]). Il se divise en deux périodes principales :

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