Nineteenth Cenfwry, juillet J884, p
€isme. La direction que ce mysticisme devait prendre fut le résultat des théories du philosophe. Dès sa jeunesse, il avait toujours regardé la création d'un nouveau pouvoir spirituel comme la pierre angulaire de sa réorganisation sociale. Son travail sur la philosophie positive Je convainquit que, sans doute, la doctrine de l'Eglise catholique était caduque et menaçait ruine, mais qu'il fallait pourtant en conserver l'organisation dans le nouveau système *. Quoi donc, dès lors, de plus naturel que de se présenter lui-même comme le détenteur de ce nouveau pouvoir spirituel, en transformant sa philosophie en une « religion » de l'humanité, établie sur le plan du système catholique ?
b. Modification dans sa situation.
Une autre circonstance contribua, du moins indirectement, à pousser Aug. Comte dans la voie du mysticisme : nous voulons parler des changements survenus dans sa situation.
82. — Procès de Comte avec son éditeur. Diverses fonctions lui sont retirées. — Nous avons déjà dit (n°' 28. 29) que la situation d'Aug. Comte à l'Ecole polytechnique était fort précaire. Sa mauvaise humeur contre ses collègues, son impuissance à cacher ses sentiments devaient
1. Cours de philosophie positive, v^idO [344]. A. Comte — Vie et Doctrine. — 13.
enfin amener une rupture. Déjà, dans le cinquième volume du Cours de philosophie positice, il ne s'était pas épargné les coups de langue à l'adresse des « mathématiciens ». Dans la « Préface personnelle » du sixième volume, il ne garda plus aucun ménagement. Il exhala toute sa bile contre ceux qu'il regardait comme les principaux adversaires de sa candidature à l'Académie des Sciences et à une chaire de professeur ordinaire à l'Ecole polytechnique. En parlant d'Arago, il disait : « Toute personne bien informée sait maintenant que les dispositions irrationnelles et oppressives, adoptées depuis dix ans à l'École polytechnique, émanent surtout de la désastreuse influence exercée par M. Arago, fidèle organe spontané des passions et des aberrations propres à la classe qu'il domine si déplorablement aujourd'hui »^
Quand l'éditeur Bachelier s'aperçut de ce passage, il mit tout en œuvre pour décider l'auteur à le supprimer. Ses efforts furent inutiles. Il jprévint Arago de ce qui se passait, car il tenait à ne pas perdre les bonnes grâces de l'astronome à qui il avait des obligations. Arago le rassura ; Bachelier crut pourtant devoir placer en tête de la Préface de Comte un « Avis de l'éditeur »), par lequel il mettait le lecteur en garde