I. CAUSES DEL'ÉV0LCTï0!SPHIL0S0PmQUEDEC03ITE
reconnaissance... Si ce juste espoir s'était réalisé, je me sentais disposé à m'attacher complètement... De l'autre côté, le calcul fut beaucoup moins noble, sans être plus heureux. Madame Comte espéra toujours me transformer en machine académique, lui gagnant de l'argent, des titres et des places. Celle qui sembla vouloir consacrer sa vieillesse au positivisme *, en contraria de toutes ses forces l'élaboration initiale. Elle ne l'apprécie que depuis l'éclatante justice dont vous fûtes si dignement l'immortel organe... Trois fois (en 1826, en 1833 et en 1838) elle a déserté complètement le domicile conjugal... Telle fut, en beaucoup d'autres cas, la conduite de celle à qui j'eus le malheur de donner mon nom. Pendant dix-sept ans de cohabitation, j'ai souvent conçu ainsi des pensées de suicide, auxquelles j'aurais probablement succombé, malgré mes fermes principes, si la profonde amertume de ma situation domestique n'eût été surmontée par le sentiment croissant de ma mission sociale. Mes travaux philosophiques en furent notablement entravés. Si mon grand ouvrage me tint douze ans, ce ne fut pas seulement par ses diffi-
I. Comte Teut parler ici do zèle que c Madame la philosophe t montra loal à coup pour sa philosophie, après sa séparation. Il se plainl ailleurs de ce qu'elle lui fait nne c concurrence insensée ». Voir Testament^ pp, 143, 157, 169.
du 6 César 63 (27 avril 1851), adressée à Littré lui-même, Aug. Comte s'exprime très catégoriquement au sujet de sa femme *. Il y dit, entre autres choses :
« La conduite de M""^ Comte empêcha toujours l'union morale que j'espérais voir naître de notre union légale. La source générale de cette triste anomalie consiste dans la nature très exceptionnelle de ce type anti-féminin. Toujours douée de beaucoup d'esprit, et jadis d'une grande énergie, elle est presque dépourvue de cette tendresse qui constitue le principal attribut de son sexe. Depuis notre fatal mariage du 19 février 1825, sa conduite, quoique très licencieuse, n'indiqua jamais, envers personne, un véritable attachement. Les deux autres instincts altruistes ^, soit vénération, soit bonté, lui sont encore plus étrangers. Malgré ses airs positivistes, sa nature resta purement révolutionnaire. C'est... sans amour que je commis, à vingt sept ans, ma seule faute irréparable, qui a tant pesé sur toute ma vie privée, et longtemps entravé ma vie publique... Je choisis une épouse qui dût m'aimer par une intime
1. Cette lettre est intégralement reproduite dans le Tesiamenl, pp. 46-55.
2. Comte appelle « instincts altruistes », les sentiments les plus nobles, dirigés au bien d'autrui: d'après lui ces sentiments sont; Tamour (charité), la vénération^ la bonté.