‹ Auguste Comte [microform], fondateur du positivisme, sa vie, sa doctrineChapitre 83 sur 181 · I. CAUSES DE l'évolution PHILOSOPHIQUE DE COMTE · texte numérisé non relu

I. CAUSES DE l'évolution PHILOSOPHIQUE DE COMTE

reconnaissance... Si ce juste espoir s'était réalisé, je me sentais disposé à m'attacher complètement... De l'autre côté, le calcul fut beaucoup moins noble, sans être plus heureux. Madame Comte espéra toujours me transformer en machine académique, lui gagnant de l'argent, des titres et des places. Celle qui sembla vouloir consacrer sa vieillesse au positivisme*, en contraria de toutes ses forces l'élaboration initiale. Elle ne l'apprécie que depuis l'éclatante justice dont vous fûtes si dignement l'immortel organe. . . Trois fois (en 182G, en 1833 et en 1838) elle a déserté complètement le domicile conjugal... Telle fut, en beaucoup d'autres cas, la conduite de celle à qui j'eus le malheur de donner mon nom. Pendant dix-sept ans de cohabitation, j'ai souvent conçu ainsi des pensées de suicide, auxquelles j'aurais probablement succombé, malgré mes fermes principes, si la profonde amertume de ma situation domestique n'eût été surmontée par le sentiment croissant de ma mission sociale. Mes travaux philosophiques en furent notablement entravés. Si mon grand ouvrage me tint douze ans, ce ne fut pas seulement par ses diffi-

1. Comte veut parler ici du zèle que e Madame la philosophe t montra tout à coup pour sa philosophie, après sa séparation. Il se plaint ailleurs de ce qu'elle lui fait une € concurrence insensée ». Voir Testament, pp, 143, 157, 169.

cultes propres et mes embarras matériels. J'estime que mes troubles domestiques y influèrent pour un bon tiers »^ Étrange impartialité que celle de Littré ! Tandis qu'il rassemble de tous côtés les documents favorables à Madame Comte» il oublie une lettre si importante pour le jugement de cette afl'aire ; et cette lettre lui est adressée à lui-même. Plus on étudie la biographie qu'il nous a donnée d'Aug. Comte, plus la pensée s'impose qu'il l'a écrite sous l'inspiration de Madame Comte.

89. — Après la séparation. — Malgré la séparation, le philosophe entretint jusqu'en 1850 une correspondance assez suivie et même assez amicale avec sa femme. En vertu de son principe que «le mari doit nourrir la femme », il lui servait une pension annuelle de trois mille francs, réduite plus tard à deux mille ; il régla même par son testament que ses disciples continueraient de payer cette pension, sous certaines conditions cependant, jusqu'à la mort de Madame Comte. En 1851, son aversion pour sa femme prit un caractère plus marqué : il refusa désormais toute lettre d'elle. Plus tard il ne la nommait plus que son «indigne épouse».

Rencontre de Clotilde de Vaux. — Ce changement des dispositions du philosophe à l'égard

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