‹ Auguste Comte [microform], fondateur du positivisme, sa vie, sa doctrineChapitre 91 sur 181 · I. CAUSES DE l'évolution PHILOSOPHIQUE DE C03ITE · texte numérisé non relu

I. CAUSES DE l'évolution PHILOSOPHIQUE DE C03ITE

prend la pensée de Robinet et la développe de manière à mêler dans l'aff'aire les allemands, les anglais et les russes. Ceux qui appartiennent à la race romane, dit-il, trouvent étranges de telles relations ; mais un allemand, un anglais, un russe ne verraient là rien d'extraordinaire. En dehors de la France, autour d'elle, les exemples d'une pareille communauté d'esprit et d'âme ne sont point rares. Le monde gothique, avec son spiritualisme qui se perd dans les nuages, tend à une perfection inintelligible pour les peuples méridionaux : il rêve entre l'homme et la femme une harmonie qui dépasse de beaucoup en unité et en sainteté, l'union conjugale elle-même*. — Et à l'appui de sa thèse, maître Allou cite les « Mariages spirituels » d'Hexworth Dixon , et les « Affinités électives » de Goethe.

J. St. Mill prend la chose tout autrement. « D'autres », écrit-il, « d'autres peuvent en rire ; pour nous, nous pleurerions plutôt en voyant la chute lamentable d'un si grand esprit. Comte reprochait à ses premiers admirateurs anglais d'avoir formé le parti pris de garder le silence sur ses dernières publications. Le lecteur peut juger maintenant si ce silence n'est pas justifié par le souci de la réputation d'Aug. Comte et par la

1 Philosophie positive, vi, p. 3o4.

crainte de jeter le discrédit sur les brillantes spéculations de sa première période » *.

Littré souscrit à ce jugement de Mill^ et en discutant l'affaire il donne assez clairement à entendre que le philosophe avait souffert d'une nouvelle atteinte de maladie mentale 3— plus tard, avec Madame Comte il soutint publiquement cette opinion devant les tribunaux. Aujourd'hui encore, plusieurs auteurs s'appuyant sur le témoignage de Littré, jugent que, depuis 1845, Aug. Comte avait réellement le cerveau malade.

Guardia nous dit à son tour, à l'occasion d'une critique du livre paru en 1884 sous le titre: Testament d'Aug. Comte, etc. :< Ces amours mystiques, qui se manifestent sous tant de formes diverses... sont, malgré tout, un peu bien monotones et artificielles. L'érotisme a beau s'épurer, il est de source impure. Quand un homme arrive à la cinquantaine et veut rajeunir à toute force, il ressemble à l'invalide qui voudrait recommencer son service. Ce n'est pas sans raison que le

t. Mill, Comte and PosUivism, à la fin de l'étude sur la seconde période de la philosophie de Comte.

2. Revue des Deux Mondes, 1886, iv, p. 833 ; et Philosophie positive, VI, p. 321.

3. Littré, Aug. Comte et la philosophie positive, pp. 580 et suiv.

Page 1