CHAPITRE ÎV
A peine le jour avoit-il paru , qiîc Frédéric passa chez son ami, 11 éloit encore dans les mêmes dispositions , et il commença par supplier Auguste de ne plus penser à une folie qu'il vouloit oublier lui-même.
— « Tu t'abuses , dit Auguste , si tu crois qu'il sufBse de quelques heures pour détruire des désirs que l'on nourrit depuis dix-huit mois.
Quel que soit le motif qui produit ton erreur , ce moment-ci passé , tu la reconnoîtrois bientôt , et tu te repen-
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tii'ois d'avoir promis au-delà de ton pouvoir, »
— « Non , répondit Frédéric , je suis maintenant certain de vivre heureux près de toi. »
-— «Et cependant lunel'étoispas, je lis dans ton urne mieux que toi-même ; Je vois que je te suis très-cher j mais je sais bien aussi que je ne peux plus te sufiire. Si j'abusois du sacrifice qu'aujourd'hui tu me fais sans effort, nous ne larderions pas à souffrir tous deux des regrets qu'il te feroit éprouver. 11 vaut mieux les prévenir, d'au^ tant plus que, depuis hier, tout succède à les vœux; et le roi t'a nommé chambellan de service. »
— « Comment ! que dis-tu? » dit Frédéric, ému par mille sentimens divers.
— « Oui , reprit Auguste en souriant j j'ai vu le grand chambellan , il a bien voulu parler à Sa Majesté , dont il a reçu la promesse. »
— « Mais, Auguste , tu me jettes
dans un trouble moi, la place de
cliambellan !.;... vivre à la cour
sans cesse près du roi ! mais loin
de toi ! » ajouta-t-il , en rougissant de son premier mouvement.
— « Nous nous verrons chaque j-our. »
— » D'ailleurs, reprit Frédéric avec plus de calme , ma fortune né me permet pas de soutenir un rang pareil. »
— « Ah! quant à cet article, j'y ai aussi pensé, répondit Auguste,' en prenant un papier qui se trouvoit près de lui; tu connois trop mes
goûts et le genre de vie que j'ai adopté pour ne pas être sûr qu'un revenu modique sulîJt à mes besoins? je me le suis réservé , et le reste de ma for* tune t'appartient depuis hier par cette donation. Prends, Frédéric, il est juste que maintenant notre partage se fasse ainsi, puisque notre manière de vivre va devenir si différente. »
— « Auguste ! s'écria Frédéric en se précipitant dans ses bras , Auguste, garde ton bien, périssent toutes les grandeurs ! puissé-je périr moi-même avant que de quitter un ami tel que toi! »>
— « Cher Frédéric , il n'est plu$ temps; je sais trop quel empire les idées d'une haute fortune ont pris sur ton esprit; je le verrois languir à la fleur de ton âge dévoré de regrets
etdedébirs; non, remplis ton destin , vis à la courj j'exige que tu fasses au moins l'essai de l'existence que tu envies depuis si long-temps. Hé bien, s'il est un terme à l'ambition , si tu perds le goût des grandeurs , tu reviendras près de ton frère, et ta le retrouveras le même; toujours, toujours, cher Frédéric. »
. Frédéric résistoit encore; mais la fermeté de son ami le contraignit à c<3der. 11 accepta la fortune d'Auguste pour tout le temps qu'elle lui seroit nécessaire ; car on sent bien qu'entre eux ce point-là n'étoit pas le plus important. Toutes les démarches furent faites en peu de jours. En proie à mille sentimens contraires, Frédéric cédoit tantôt aux transports de sa joie , en contemplant la brillante carrière qui
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s'ouvroit devant lui , et tantôt au désespoir de quitter Auguste. Ces \ mouvcmens divers agitèrent son ar < 5' jusqu'au moment d'une séparation si pénible pour tous les deux. Auguste, plus maître de lui , s'efforça de montrer un courage qu'il étoit loin d'avoir; et , pour la première fois depuis qu'ils existoient , nos deux amis se séparèrent un matin , sans l'espéranc^ de se revoir le soir.
5û AUGlJSjp.
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