‹ Auguste et FrédéricChapitre 4 sur 14 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Auguste venoit de faire paroître un volume qui devoit mettre le sceau à sa célébrité 5 et souvent depuis quelque temps il en parloit à madame de "Walstein, comme d'un ouvrage dont il étoit assez content.

Un matin qu'il étoit descendu chez elle pour lui rendre compte d'une commission dont elle l'avoit chargé , on lui dit que madame de "Walstein étoit sortie , mais que mademoiselle Charlotte lisoit dans le salon. 11 entra. A peine Charlotte^ l'aperçut-.

$z AUGUSTE

elle , qu'elle devint fort rouge , et qu'elle se hâta de cacher derrière elle , sur son fauteuil , le livre qu'elle avoil dans les mains. A^uguste , après l'avoir instruite du motif qui l'amenoit , lui demanda indifféremment de quelle lecture elle étoit occupée. — « Ah ! » dit Charlotte entre ses dents, et' en détournanllaiéte,dansrespoir qu'une pareille réponse suffiroit-

— « Comment? » reprit Auguste , qui pensa n'avoir pas entendu.

— • X Ce n'est rien , » répondit-elle , fort troublée.

— « Mais vous piqueriez ma curiosité, dit Auguste en riant j et la crainte seule d'élre indiscret »

— « Ah , mon Dieu ! rien n'est plus simple , dit Charlotte , prenant son parti 5 et lui montrant le livre. Je

coupois voire ouvragequc now^avcms

fait acheter. »

« Ainsi , reprit Auguste , vous me privez du plaisir de vous l'oôrir j si je ne l'ai pas fait cependaat , c'est que j'ai souvent entendu dire à Madame deWalstein qu'elle ne pouvoit souftVir les lectures sérieuses , et cet ouYra£e est si grave, si abstrait.... »- Madame de Walstein rentra dans ce moment, et après les complimens d'usage, Auguste lui renouvela les excuses qu'il venoit d'adresser à sa fille. — « Si j'avois pu penser , dit-il ;que, votre intérêt ponr moi pût surmonter l'ennui d'une pareille lecture , je n'aurois pas le chagrin de voir que vous vous êtes adressée à un libraire pour vous procurer un ouvrage de iûoi. »

— « Ecoutez , mon cher baron , répondit gaîment Madame de "Walstein , toute charmée que je suis du succès de votre livre , je ne l'ai pas fait acheter, attendu que d'après ce que vous m'en avez dit vous-même, je suis bien sûre que je n'y comprendrois rien , et je n'entends pas un mot à ce que vous voulez dire. »

Auguste restoit interdit. — « C'est

moi c'est moi » dit Charlotte,

d'une voix que l'on entendoit àpeine.

— «Ah! c'est toi qui l'as fait acheter, repritMadamede"W"alstein : hébien, c'est à merveille. » Car c'est à merveille étoit toujours son mot lorsqu'il s'agissoit d'une chose à laquelle elle n'aitachoit point d'importance.

De la pari de toute autre femme , cette scène pouvoit tenir lieu d'une dé-

claraiion ,• mais le plus fat des hommes auroit euà peine le temps de l'interpréter à son avantage , que Charlotte se mettant à rire: — «11 faut convenir que je suis bien sotte , dit-elle , de redoutera ce point la réputation de pédante.

Rien n'est plus simple que mon désir de voir cet ouvrage, puisqu'il est d'une personne que nous aimons si sincèrement. » En prononçant ces mots du ton le plus naturel , elle présenta sa main à Auguste , qui pour cette fois , et sans savoir pourquoi , jiy imprima pas ses lèvres.

On étoit dans le temps du carnaval , et un soir , devant la cheminée de Madame de Walstein , Auguste chiffonnoit une lettre qui se irouvoitsoas sa main.

— «( C'est une invitation pour le

Ç^ ÀtGliSTE

bal qxre donne la baronne d'Asfeltl , dit madame de Walstein; il sera fort beau, et depuis ce malin Je tourmente Charlotte pour y venir. »

— «Vous n'aimez doue pas la danse, Mademoiselle? » demanda Auguste.

— «Fort peu , » répondit Charlolle.

— « Pardonnez-moi, pardonnezmoi, reprit madame de Walstein , elle aime beaucoup à danser j mais c'est qu'elle craint de me faire coucher tard , voilà tout le mystère : et moi , je veux qu'elle y vienne; ma sanié esl beaucoup plus forte depuis quelque temps : vous avez du. le remarquer.

— - « Avec beaucoup de joie , dit Auguste , et puisque vâus voulez aller à ce bai , si vous pouvezme faire engager , je vous offrirai mon bras. »

— « Je vous engage , répondit ma-

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dame de "Walstein , car je suis trcslicc avec la baronne ; vous pouvez êive certain , d'ailleurs , qu'elle sera charmée de vous recevoir. »

Le jour du bal arrivé, Auguste vint prendre ces dames à l'heure convenue.

Charlotte éloit près de sa mère, toute habillée i une robe blanche très-élégante dessÎQoit sa jolie taille, des perles étoient entremêlées dans ses beaux cheveux châtains , qui relomboient en boucles , et toute sa toilette avoit quelque chose de simple et de noble qui plut beaucoup à Auguste.

— « Vous êtes mise à merveille , »

lui dit-il j car il la trouvoitcharmante, et ser. regards le disoient tellement , que Charlotte baissa les yeux.

— « Pourquoi n'as-tu pas rais un-

ea AUGUSTE

bouquet de fleurs artificielles ? » de-» mande madame de "Walsiein.

— « Je n'en avois pas d'assez fraîches. »

— w Vous auriez pu lui en prêter , M. Mulden, reprit madame de'Walstein , en souriant de sa malice ; car je me rappelle avoir vu chez vous , lorsque je vous ai déménagé, une rose superhe. «

— «J'imagine qu'elle doit y éirc encore, répondit Auguste avec une indiflérence marquée. Mais je serois bien fâché devoir cette rose-là portée par mademoiselle de Walstein^ elle ne mérite certainement pas cet honneur. » En prononçant ces mots , qu'une légère expression de mépris accompagnoit, Auguste présenta son

bras à Madame de >Valstein , et l'on partit.

Le bal de la baronne d'Asfeld étoit brillant et nombreux. Le baron de Mulden fut reçu à merveille j mais ce qui surtout lui fit grand plaisir, ce fut de voir la manière dont chacun accueillit madame de Walstein et sa fille. Quoique ces dames vécussentfort retirées depuis quelques années , elles étoient connues et traitées par tout le monde comme des personnes très»considérées j or, Auguste faisoit un grand cas de la considération pour ceux qu'il aimoit comme pour lui-même. Tout le temps qu'il avoit fait la cour à Amélie , il avoit éprouvé le tourment de la voir, ainsi que sa mère , courir sans cesse après les plaisirs, vouloir être de tout, sans que

ib AtJGtSTE

leur fortune leui'.peniiît de se main!teuir dans le monde d'une manière convenable, ce qui les exposoit à une foule de petites humiliations qu'Auguste ne pouvoit pas toujours leursauver , et qui le faisoienl souffrir cruellement. Atcc mesdames de Walstein , an contraire , il étoit sur que jamais aucunes convenances ne seroient bles^ sées, et cela iaissoit son esprit dans lin état de tranquillité qui lui permetloit de se livrer au plaisir d'une réunion : aussi n'avolt-il depuis longtemps passé une soirée aussi agréable»

lorsqu'un petit incident vint le troujbler beaucoup plus qu'il ne croyoit pouvoir l'être. Debout dans le bal, il regardoit danser mademoiselle de "VValsleinj ce soir-là, peut-être pour la première fois , il avoit remarqué

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que Charlotte avoil les plus jolis pieds du monde , et il les suivoit des yeux , lorsqu'ayant par hasard jeté un regard sur le danseur , il reconnut que mademoiselle de ITalstein dansoit avec ce Monsieur pour la seconde fois.

Auguste lui trouvoit une fort jolie tournure , et s'aperçut bientôt qu'il salsissoit tous les momens de repos pour causer avec sa danseuse. Charlotte lui répondoit avec une polites^ froide , qu'Auguste ne ti'ouva pas telle, cependant, car il en prit une humeur que la fin de la contredanse ne parvint pas à dissiper; et lorsque Charlotte eut accepté un autre cavalier, il alla s'asseoir p l'es de madame de "Walstein , qu'il ne quitta plus.

Entre les difterentes danses , mademoiselle de Walstein revenoit près

ya^ AUGUSTE

de sa mcre , mais Auguste ne lui par-

loh pas. Enfin , on alloit commencer

«ne walse , lorsque le même jeune

homme vint engager Charlotte , qui

4iccepta.

— « Encore! » dit Auguste.

— K Comment? M. de Mulden. »

demanda Charlotte , en se retournant vers lui de l'air le plus amical.

— « Oh ! rien, répondit Auguste, qui s'efforça de sourire -, je remarquois seulement que c'est la troisième fois que vous dansez avec ce monsieur. »

— « C'est le neveu de la baronne d'Asfeld. »

î i. — V Et vous trouvez cela un mo- .tif ? » répondit Auguste , dont le sou- -rire devint sardonique, malgré tous ses efforts. Charlotte no répondit pas ^

mais le jeune d'Asfeld éiant passé de nouveau devant elle : — « Monsieur d'Asfeld, dit-elle en! arrêtant, excusea-moi , je vous prie , mais Je ne pourrois danser celle '\valse , je suij vraiment trop fatiguée, m

— « Charlotte 1 » dit tout bas Auguste , comme s'il eût voulu l'empêcher d'achever j mais son regard, le son de sa voix attendrie , exprimoient ce qui se passoit dans son àme , loi-s même qu'il ne l'eut pas appelée d'un nom qu'il ne lui avoit jamais donné.

Le jeune d'Asfeld insistant : — « Kon , je ne puis vraiment, dit-elks; je ne danserai plus. » Après avoir exprimé ses regrets , M. d'Asfeld s'éloigna pour chercher une autre danseuse.

— Je n'ose plus vous regarder, dit Auguste; car je suis trop honteux,

Est-ce bien à vous que j'ai osé faire

une leçon aussi déplacée ? »

-—»«; Vous aviez raison , reprluelle du ion le plus doux. Ge que je faisois n'étoit pas convenable. i>

— Vous m'accablez trop par cette angélique bonté , dit Auguste. Je me sens vraiment mal heureux. »

— « Mais vous avez grand tort ; bien loin d© vous en vouloir , je vous re-' niercie sincèrement. Comment pouvez-vous croire, M. deMulden, que je sois jamais fâchée de vojis voir prendre avec moi des manières fra^ ternelles ?»

Et lorsqu'en prononçant ces mots elle eut jeté sur Auguste un regard enchanteur , tout ce qu'il éprom^oit devint si vif et si confus, qu'il est impossible de l'exprimer. 11 ne répondit

ET FRÉJbLRIC. 7i

rien ; maïs ses yeux ne pouvoient plus se détacher de cette aimable créature, qui joignoit tant de bonté à toutes les grâces de son sexe ; et comme il sortoit du bal, donnant le bras à ma dame de Walslein, il lui dit en montrant Charlotte, qui descendoit légèrement l'escalier devant eux : — tr C'est bien aujourd'hui surtout que mademoiselle de "Walstein me représente une Sylphide. *

— « K'cst-il pas vrai , dit madame de Walstein, qui jouissoit en mère des sa«;cs qu'avoit eus Charlotte i n'est- il pas vrai que ce soir elle est vraiment jolie SL»t: >^

— « Elle est bien plus que cela , répondit Auguste ; le mot manque pour exprimer le charme de toute sa personne. »

7fi AUGUSTE

Comme madame de Walstein conr tiuuoii à pariev à Auguste en montant dans la voiture , sa jambe manqua le juarche-pied , et eUe i^iomba sur le bras de M. de Mulden , en poussant un cri aigu.

— <f Ah, mon Dieuîqu'avcz-Vous?

dit Charlotte -, v ous êtes-vous fai imal ?»

— K Oui , répondit madame de 'Walstein ; mais ce n*est rien , j'es-^ pèrej >i et elle fit un effort pour monter : mais il lui fut impossible de relever son pied. «Je ne puis j je crois que ma jambe est cassée , » dit-elle à Auguste excessivement bas , ce qui n'empêcha pas que sa fille »e ïentendît.

-r- or Cassée! Ciel ! la Jambe cassée ! » s-'éci4a Charlotte, avec ui> accent dé-^ chirant.

— «Je me trompe peut-êire, reprit madame de >Valstein ; au nom de Dieu , Charlotte , ne t'effraie pas. »

—-«'Oui, oui, dit Charlotte, en serrant soft front d'e ses deux màias ; ne perdons pas la tête ! M. de Muldéô , que faut-il faire?

•'^ « Je crois , i-ëpondit Auguste , qui s'efforçoit aussi de garder son sang froid 5 je crois qu'il faut remonter chez la baronne , et je courrai chercher le plus habile chirurgien. »

— « Non^ dit madame de "Waïstein , je ne puis pas m'établir chez la baronne. Il laut me transporter chez ïnoi. »

— « O mon Dieu ! s'écria Charlotte , Vous êtes dOfte bien sûre que la jambe est Cassée ? Vous eti êtesfeàré?*

— « Dans tous les cas ^ Charlotte ,

j'aime mieux être chez moi. Si l'ou petit ftie meure dans la voilure, le trajet n'est pas long. »

— « Vous avez raison, dit Auguste, c'est le meilleur parti. » Àlor^^aidé des gens , et avec les plus grandes précautions , il parvint à pkcer madame de "Walstein dans la voiture , que l'on fit marcher au petit, pas.

Assise près de sa mère, Cbaidotte parvenoit à se contenir et à uçjpoint témoigner sa douleur et son effroi 5 mais , de temps à autre , elle mettoit sa tête à la portière , comme si elle eut craint de suffoquer.

^^j.k Vous souffrez beaucoup? »

demandoit-elle sans cesse.

« /4*- it Pas excessivement » , répondoit madame de Walstein. .

— « M. de Mulden , dit Chajrlûlle ,

n'auriez-YOus pas mieux fait de nous quitter» et rd'aller chercber ce chirurgien ? »

•i*arVJ*j ai pensé, répondit Auguste , mais elle aura besoin de moi ponr la monter dans son appartement. »

n .— ic Ponryti que ce chirurgien soit chez lui ? »

i- « Ah ! je le trouverai , n'importe oîi il sera. »

■ — K Que vous êtes bon ! » dit madame de Walstein d'une voix foible.

La main d'Auguste étoit alors posée 9ur la portière; Charlotte la serra dans la sienne sans prononcer un motj mais Auguste n'eût pas cru trop payer de sa vie ce mouvement involontaire d'une tendre reconnoissance.

Enfin, on arriva. Madame de Wals-

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lein élant petite et fort mince , Auguste put aisément la porter jusqu'à sa chambre , et il courut aussitôt chercher le chirurgien. Victoire se mit à pousser des cris lorsqu'elle vit rentrer sa chère maUrcsse dans un pareil érat, et madame de "Waistein qui , outre la douleur , éprouvoit^in certain effroi qu'elle avoit dissimula avec peine jusqu'alors , devint ex<îessivement pâle , cl perdit connois* sancè> — « O ciel ! vous la tuez î s'écria Charlotte; vous la. tuez! eh l'effrayant ainsi l Faites-la sortir au iiorii de Dieu , dit-elle aux autres do mestiqucs , puisqu'elle ne peut pas se contraindre. » Et Charlotte s'empres*soit de faire respirer à sa mëre tous les spiritueux qui pouvoient ia raw nimer.

ET f REDÉRIC. 8i

— « Je ne dirai plus rien , je ne dirai plus rien , répondit la pauvre fille, en étouffant ses sanglots ; mais c'est bien triste à toir. «

Hélas ! qui le sàvoit mieux que Charlotte combien cela étoit triste l elle leva les veux au ciel, comme pour en obtenir un nouveau courage, avant de les reporter sur sa mère , qui peu à peu revenoit à elle.

-^ <r Charlotte , dit madame de Walstein , je suis bien foible ; car la douleur que je sens est véritablement fort Supportable ; mais cette panvre Victoire m'a fait peur , et c'est toi , chère enfant , qui souffre le plus de tout cela, »

— «r Maman , dit Charlotte , ne pensez qu'à vous j ah ! ne pensez qu'à vous ! Tâchez de vous remettre

tout-à-fait jusqu'à l'arnvée du cUinir-

gien qui ne peut pas tarder. »

r-^K Ah ! maintenant , je suis remise : Je voudrais bien qu'il arrivât. »

— «JEt moi ! » répondit Charfolte , à>. qù.i chaque minute paroissoit un siècle. Enfta , après un quiirtrd'heiire de la plus pénible attente , on entendit une voiture s'arrêter à la portÇ}.

— «Les voilà , dit Charlotte ; les voilï^ , car M. de Mulden ne reviendroit pas seul. » Et Auguste entra , suivi de, 1 homme habile , qu'il avoit eii le bonheur de trouver.

Madame de "Walstein ne s'étoit pas effrayée à tort. Elle avoit en effet la jambe cassée j mais le chirurgien déclara que le genre de cette fracture . la rendoit t.ne des moins dangereuses «[«'il y eut. On s'occupa aussitôt jdes

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préparatifs nécessaires pour remettre la jambe , et madame de Walstein auroit désiré que sa fille n'assistât pas à l'opération , dans la crainte qu'elle ne fut trop douloureuse j mais Gharlolie ne youlut jamais consentir à se retirer, et Auguste seul passa dans le salon. 11 entendit à plusieurs reprises madame de Walstein pousser des cris qui reientissoient doublement à son cœur; enfin, au bout d'une heure, il vit sortir le chirurgien, suivi deCharlolie qui le reconduisoit. Elle étoit fort pâle, quoiqu'il y eût quelque chose d^exlrémenient animé dans ses yeux. — «Monsieur, dit-eile au chirurgien , en l'arrêtant et en joignant les mains avec la plus vive expression de douleur et d'etfroi; Monsieur, au nom du ciel , dites -moi ce que vou5

pensez ; je vous en supplie , dites-moi tout. » Le ehiriirgicn , surpris de lui voir un air si différent de celui qu'elle avoit eu jusqu'alors» la regarda un ÎÉistant sans répondre. — « Vou* traignez ! vous craignez ! » reprit Charlotte , dont tout le corps trembla avec violence. Le chirurgien s'empressa de la rassurer, en disant que, selon toutes les apparences, cet accident n'auroit aucunes suites fâcheuses; mais que, madame de Walsiein avoii besoin des plus grands soins , attendu qu'elle paroissoit être d'une constitution très - foible et très-nerveuse.

' — « Hélas ! oui, répondit C'iarloltc qui dévoroit chaque mot. Foible et nerveuse, c'est la vérité. Mais s'il ne faut que des soins l..... »

— « Ne pourroit-on pas avoir tout de suite une garde ? » dit Anguste , tu s'adressant au chirurgien.

— " Oii non y non , monsieur de Muiden , reprit Charlotte j maman a toujours détesté cela ; elle seroit contrariée. Je suis jeune et forte , Victoire aussi , nous sufiirons parfaitement. *

— K Mais il faudra passer les nuits,»

dit le chirurgien.

— « Hé bien , n'étois-je pas au bal ? Ah ! mon Dieu, oui , Monsieur, ajouta*t-elle de l'accent le plus doulcareuxj si elle n'eut pas voulu me conduire

au bal !. » Et elle porta sa main

à son front , comme pour repousser un souvenir qu'elle nepouvoil sup-

. porter.

— « Mademoiselle y dit le cbirui^

86 ArCUSTE

gien d'un air attendri, je crois etl effet que madame votre mère sera mieux soignée par vous que par personne 3 ainsi faites ce que vous désirez là-dessus, pourvu que vous oe vous affligiez pas trop , et xjue vous conserviez vos forces, »

-ii»»-jtaç> Ah l si vous m'assuriez qu'il ■n'existe pas de dangciM » dilCharlotte, dont les regards imploroient une réponse favorable. : :l

— « Je n'en prévois aucun pour le moment, » répondit le chirurgie», qui se retira en promettant de revenir à neuf heures très-précises. Gomme Auguste le reconduisoit jusqu'à la voiture : « Je n'ai jamais vu, lui dit-il, une jeune personne plus intéressante.

A en jugerparceque je viens de voir*^ il faut que , pendant ropéralioii , elle

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ait pris sur elle un empire que je ne puis trop admirer. »

-— «f C'est un ange, dit Auguste; mais je suis bien fâché que vous lui ayez permis de passer les nuits. Croyezvous donc qu'elle puisse le supporter ? »

— « Nous verrons à arranger cela ; mais tout à l'heure je n'ai pas voulu la contrarier , parce qu'elle éloit violemment agitée; elle a mcme beaucoup de fièvre, w

— « Beaucoup de fièvre t » s'écria Auguste , saisi d'effroi.

— *: Oui j ses mains étoîent brûlantes ; mais je vais revenir dans cinq heures, et nous verrons. Quanta ia mère, la fracture est des plus heureuses. » . ,\

— « Ah ! soyez assez bon pour les

soigner toutes deux , toutes detix comme les êtres qui me sont le plus chers \ »

— « Vous pouvez y compter , répondit le chirurgien ; » et il partit.

— «(Beaucoup de fièvre! les mains brûlantes ! répéloit Auguste en remontant précipitamment l'escalier, O mon Dieu! mon Dieu! me laudroit-il craindre pour elle î »

En rentrant dans le salon , il n'y trouva que Victoire, qui lui dit , que xnadanie de Walstein le dcmaudoit.

11 entra cans la chambre. Charlotte étoit assise près du lit de sa mère , et. Auguste lui trouva en effet le têi^t fort animé. 11 tressaillit ,; et s'approcha du lit en composant sa conte- 1^ mnce.

. . — m J'ai voulu vous remercier , cher monsieur de Mulden, dit madame de "Walstein , ayant de vous permettre d'aller enfin vous reposer.

Voilà quatre heures du matin , il esl bien temps que tout le monde dorme.

Charlotte veut passer près de moi le reste de la nuit , ^tje le lui permets pour aujourd'hui seulement j car le mauvais moment est passé , et il ne s'agit plus que de prendre patience, * Auguste assura madame de Walstein que le chinirglen éiolt parfaitement tranquille, et il offrit de faire^ rester son domestique dans l'antichambre pour celte nuit , pendant que celui de ces dames et Victoire se rcposeroieat. Cet arranîjement fut ac- #cepté; et après avoir encore regardé Charlotie , dont la rougeur et les yeux

ardens lui déchiroient l'âme , il s*arracha de cette chambre qu'il eût été si heureux de ne point quiitei' î

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