CHAPITRE VI
Frédéric éloit de retour depuis plusieurs jours. Lorsqu'il ariiva le lendemain, Auguste éloit si triste, si malheureux , qu'il ne put se refuser le soulagement d'ouvrir son cœur à son ami .
11 lui conta tout. Le comte fut charmé d'apprendre qu'Auguste étoit amoureux . — « Je connois bien les femmes , lui dit-il ( et ce pauvre Frédéric ne connoissoit pas la sienne!), je connois bien les femmes ; sois sur que tu es aimé^ mais pendant si long-temps tu xx'a£ montré que de l'amitié ^
qu'elle ne peut croire à ton amour.
Il faut. te déclarer > et le pl<us îôt possible. »
Ce. n'étoit pas l'aYis d'Auguste',* il avoit le plus ^rand désir de. ^Jf^' surer des, sentimens de Çharlolte. , avant de faire . connoître les siçps.
Il exisioit entre elle et lui je ne sais quel mystère, qui tout en Je lonrmentant n'éitoit pas sans quelque charnijB^j^^f; il ne vouloit pas le^ détruire, par des moyer^s vulgaires. -— « D'ailleurs, dit-il à Frédéric, crois-tu qu'il soit si aisé de faire une déclaration à Charlotte? on voit bien que tu nelaconnoispas, » Ils passèrent deux heures à se répéter tous deux les mêmes choses , comme il arrive en pareil cas; et sauis que çetenirçtien
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put décider Auguste sur sa conduite à veiiir, il fit du biien à son cœux. ^ La conduite de Charlotte fat la même jusqu'à l'entier rétablissement de madame de Walstein. Aucune altération dans son humeur, dans ses manières, ne vint un seul instaiit ranimer les espérances d'Auguste. Falloit-il donc ne voir jamais en elle qu'une amie ! Auguste ne pôùvoit plus supporter celte idée. 11 devenoit triste, rêveur. Envainilsereportoitautemps où chaque jour il s'approchoit sans émotion de Charlotte, à peine, pourvoi t-il y croire. Le charme^ avbit opéré Jéntfeménl à ia vérité; mais ses effets "^-.étoieni téîsi qu'Auguste s*étonn6it seulernent d'y avoir résisté d'abord.
. — « Comment , disoit-il quelquefois à* Frédéric, comment n'étois-je pas
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séduit par cette figure céleste? cette taille si noble et si élégante? Tout l'ensemble de sa personne a quelque chose deravissant qu'on ne trouve dans aucune autre femme. Auprès d'elle, tout est commun , tout est grossier.
Malheur à moi , si je ne parviens pas à me faire aimer, car je dédaignerai toujours ce qui ne lui ressemblera pas, et rien ne lui ressemble. » Fré* déric , persistoit dans son opinion sur une déclaration positive. 11 auroit désiré que son ami parlât à madame ^e "Walstein.
— « Mais , répondoit Auguste , ta ïie sais donc pas que madame de Walstein m'aime comme son fils ? que , sur jfna première demande , elle m'accor*deroit Charlotte , et que Charlotte Jû'épousejr'oit, j'çn suis certain ? a
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— « Eh bien? » dîsoit Frédéric. *
— «r Aîi ! tunem*enteiïdspas, » répondoit ÀnguSte. Frédéric l'en tendoif bien; mais ce qu'il désiroit avant tout c'étoit de voir Auguste marié. Amélie venoit de lui donner un fi!s , et cet henreux événement n'ayant pu encore opérer nn rapprochement entré sa femme et son ami , il n'avoit pins d'espoir que dans îe mariage d'Auguste . qui devoit effacer entièrement le souvenir du passé. Si l'intérêt personnel fut jamais excusable , c'étoit bien dans la position du comté. '
L'accident arrivé il madame de Walstein n'ayant laisse ancnne trace, Charlotte voulut célébrer son rétablissement par une petite féi©. Auguste fut mis dans la confidence ; il se chargea d'amcaer les meilleurs mu»
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siciéns -, il présida à tous les préparatifs , qui eurent lieu dans le plus grand secret. Enfin, le jour arrivé, il des-" cendit, et trouva le salon déjà plein des amis et des connoissances de madame de Wàlslein '^ que CharloUê avoit engagés. Charlotte, rayonnante de bonheur, faisoit , avec toute l'ai* sanx:e et la grâce imaginables, les honneurs de cette soirée , dont elle vouloit épargner la fatigue à sa mère.
Auguste n'avoit point vu la liste des personnes invitées. Que devint -il* lorsqu'après avoir félicité rnadâifle de "Walstein , il aperçut près du cousin Geisberg ce jeune d'Asfcld , dont il avoit perdu l'inlportun souvenir depuis le jour du bal ! Le jeune d'Asfeld là ! invité par Charlotte ! Tl y avoit làdedans quelque chose de si affreux
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pour Auguste , qii'il en perdit l'usage de la parple; et dii, mouvemeut, et qu'il resta immobile dans le coin du salon où il se trouvoitalors. Charlotte ne l'eut pas plus tôt aperçu ; .qu'elle vint à lui. — ^^ Ah ! comme vous arrivez tard! lui dit elle j vous n'avez pas vu la surprise de manaan. j»
-r—o!|iTaxdI dit Auguste^ trop tôt, beaucoup trop loi Lj> l'air avec lequel il prononça ces mots étoitsi extraordinaire , que Charlotte changea de figure, et fixant ses y^ux. sv^r Ivii :,
— . « iiion Dieu, qu'avez-vous? * lui dit-elle.
— et Rien , rien ! d'ailleurs que vo us importe? » Son sourire amer , sa poitrine oppressée , tout fit une telle impression sur Charlotte , que joignant ses jolies mains , qu'elle n'osoit lever
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Ters lui dans la crainte d'être remarquée. — « Diies-ilioî , reprit-elle ,' au nom du ciel ! dites- moi....... Ne me
troublez pas à ce point, Ce soir...,
dans ce moment ah ! ne me trou-
blez pas à ce point !» Je ne sais quelle pitie'^ ces doux accéns portèrent art cœur d'Auguste , mais il répondit aussitôt : -— « Hé bien, oui , pensez à votre mère , à vos amis j demain je vous parlerai ; demain. » Puis il s'éloigna aussitôt, et s^assit dansun çoio obscur du salon. ifo^zfoii
La musique commença; après qu'on eut entendu les premiers artistes de la capitale , chacun entoura Charlotte , et la supplia de chanter. M. de Geisberg étoit le plus tourmentani^ mais Charlotte , en refusant de f«ire succéder un talent médiocie à ç«ux
qu'on venoit d'applaudir , résistoû avec une ténacité qui , sans ayoir rien de désobligeant, paroissoil invincible, —«r Voyons, pensoit Auguste , voyons si elle cbantera. 1» Mais elle ne chanta pas..--», it Voilà, dit M. de Geisberg avec un peu d'humeur, un caprice i)ien conditionné. »
-;^:-rr « Dites une modestie sans fon- -dement, » répondit le jeune d'Asfeld, qui n'avoit point cesse pendant le concert de regarder Charlotte , et qui se trouvoit alors dans le groupe quiTentouroit. Charlotte ne l'entendit point ou ne voulut pas l'entendre j car, sans ieremercier, ne fût-ce que d'un coupd'œil, elle s'occupa du soin de faim accepter différens rafraîchissemens quei'onapportoit alors. Auguste éloit placé loin d'elle^ mais en parcourant
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les rangs des personnes assises, elle arriva jusqu'à lui; et , sans s'approcher tout-à-fait : « — Ne voulez-'vous rien prendre, monsieur de Muldèn ? a lui dit-elle. — « Un« glace, >» répondit Aug-uste, -qui , dominé malgré lui pour le monieiit actuel ; ajoumôltksi colère et son ressentiment. Pour' ia première fois Charlotte verioit tie le regarder, de lui adresser la parole j mais il la connoissoit trop bien pour que toute autre conduite l'eût satisfait davanlage..
Enfin l'heure avançoit , un grand nombre de personnes étoient déjà parties , et M. de Geisberg, ainsi que le jeune d'Asfeld, qui ne le quittoit pas plus que son ombre , paroissoient décidés à sortir les derniers. Tous les deux , attentifs 'prèç de madame de
"VValsiein, en étoieat fort bien traités, Auguste vojoit cela avec tant de peine, qu'il prit son chapeau, et se disposoit à se retirer , lorsqu'arrivé près de la porte , il se retourne , et surprend le regard de Charlotte attaché sur lui. Il s'arrête , et revenant sur ses pas , il s'approche de madame de Walstein, lui demande avec intérêt si celle soirée ne l'a pas fatiguée? et ne sort qu'après avoir causé près d'un quart d'heure avec elle.
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