‹ Auguste Marceau, capitaine de Frégate, commandant de l'Arche d'allianceChapitre 10 sur 178 · LIVRE I. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE II

peur de la même nation , appartenant à une compagnie de commerce, mais commandé par un officier de la marine royale. Marceau, voyant le Pembroke engagé parmi les rochers sans que le vapeur anglais osât faire le moindre mouvement pour aller à lui, leva l'ancre et vint se mettre à sa disposition. Remercié assez froidement, mais comprenant mieux que tout autre le motif d'un pareil refus , Marceau , au lieu de regagner son premier poste, mouilla en grande rade à portée du vaisseau, prêt à voler au moindre signe qu'il ferait ou à secourir son naufrage s'il persistait à repousser ses services.

La nuit fut affreuse : vingt-deux navires firent côte, plusieurs se perdirent entièrement et il y eut un grand nombre de victimes.

La position du Pembroke devenait de plus en plus critique. Il avait mouillé toutes ses ancres qui étaient impuissantes à le retenir, et déjà il était légèrement échoué sur un banc de roches contre lequel on avait à craindre qu'il ne se brisât entièrement. Dans cette extrémité, le commodore Parker, après avoir réclamé en vain les secours du vapeur anglais, fait prier Marceau de lui venir en aide. Celui-ci sur-le-champ appareille, prend position sur l'avant du vaisseau et manœuvre pour le retirer de la côte. A ce moment l'air retentit de hourras multipliés. C'était la population de Gibraltar, qui, du haut des remparts où l'avait

attirée le péril du Pembroke, saluait le Minos avec reconnaissance. Ces hourras redoublèrent, entremêlés du cri Vive la France, lorsque le vaisseau commença à s'ébranler et qu'on vit le Minos le traîner à sa remorque au milieu de cette tempête.

Ainsi dégagé et le temps devenu plus calme, le Pembrohc appareilla; mais , à quelque distance de la rade, il diminua de voiles, arbora au grand mat le pavillon français, le salua et fît route ensuite.

Marceau fut accablé de félicitations, de visites, d'invitations de toutes sortes de la part des personnes les plus distinguées de Gibraltar.

Le jour suivant il se trouvait à terre en trèspetite tenue du matin, et se dirigeait tranquillement vers la mer, lorsque tout à coup, dans une des principales rues de Gibraltar, il se voit en face d'un régiment anglais. 11 a été reconnu par le colonel. Aussitôt un commandement se fait entendre à toute la troupe, et chaque peloton, en passant devant lui, lui présente les armes, et les chefs inclinent leur épée. Plus tard, il fut encore l'objet d'ovations extraordinaires à Malte, de la part de l'escadre anglaise et des autorités de la ville.

A celte époque le gouvernement anglais n'avait pas de récompense honorifique à donner à un lieutenant de vaisseau. Ne pouvant donc conférer à Marceau, puisqu'il n'était pas encore officier

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