LIVRE IL - CHAPITRE V
« à l'auteur pour le lendemain, dimanche, vers « neuf heures, chez l'un de nous. A neuf heures « et demie, il ne paraît pas; dix heures , onze « heures sonnent. Décidément Marceau se moque a de nous ! La patience n'était pas notre fort. Midi « est déjà passé... Enfin notre homme arrive ; il « s'excuse simplement, en nous déclarant qu'il « n'a pu assister qu'à la dernière messe, qui se « dit à midi. Après quelques plaisanteries à ce su- « jet, dès qu'il fut question du rapport nous nous « mîmes à sourire d'une façon très-expressive. « Je vous comprends parfaitement, fit Marceau, et « je me mets entièrement à vos ordres. » Ce n'était « pas une phrase de vaine politesse; il prit tout « ce qu'il lui fallait pour écrire un nouveau rap- « port, et après avoir remis à l'un de nous le cahier « examiné dont le souvenir avait provoqué nos sou- « rires, il s'assit en nous disant : «Me voici prêt; « dictez, Messieurs, ce que vous voudrez ; j'écrirai « tout.» Son rapport était bon pour le fond; mais « la forme était empreinte des pensées du vieux « Marceau : il semblait écrit avec la pointe d'un « sabre. Nous sacrifiâmes donc la forme complé- « tement. Celte scène dura plusieurs heures ! Jamais « jeune fille dans l'âge le plus tendre, écrivant sous « la dictée de sa mère , ne fut ni plus douée ni « pJ us soumise : pas une seule observation ne « sortit des lèvres de Marceau. Au moment de « nous séparer je l'abordai, et comme tous mes
« traits dénotaient mon extrême surprise, avant a d'entendre ma question, il s'empressa de me « dire: «Pourquoi vous étonner?/'aî communié ce « matin... »
L'honorable officier qui nous écrit, ajoute: « Ah! plus j'étudie cet homme, plus je sens la « rougeur me monter au front. C'est ce cher ami « qui a été l'instrument dont s'est servi le Seigneur « pour me porter à le servir. Ses lettres sont pour « moi des reliques. Depuis la mort de ce précieux « ami, je ne passe pas un jour sans l'invoquer : « Bienheureux Marceau , priez pour moi. »
Encore un trait se rapportant à l'époque où Marceau commandait le yacht royal. La commission, chargée de l'examen du Comte d'Eu, composée, en grande majorité, d'officiers supérieurs appartenant à la marine militaire et au Génie maritime , et dont quelques-uns remplissaient les fonctions d'amiraux , voulut essayer le navire à la vapeur et à la voile. Le jour du premier essai un peu long se trouva être un jour de jeûne et de vigile; Marceau fut prévenu à temps qu'il aurait à traiter la commission. On connaît l'indulgence de l'Église par rapporta l'abstinence, à l'égard des militaires et surtout des marins et de ceux qui naviguent; Marceau s'était imposé la loi de n'en profiter jamais pour lui-même , dès qu'il commandait et qu'il était à son bord, mais s'il avait à recevoir des camarades , sa table était