LIVRE II. — CHAPITRE V
abondamment fournie d'aliments gras et maigres. On se rappelle aussi qu'à cette époque, il luttait avec énergie contre tout respect humain; surtout il voulait détruire par d'éclatantes manifestations d'éclatants scandales. Le repas fut servi en dehors du salon destiné au Roi, mais il fut splendide parle choix des vins et des mets. Marceau en faisait les honneurs avec cette froide et noble simplicité qui lui était habituelle depuis sa conversion, et chacun le félicitait sur son bon goût. Quand tout le monde fut servi, il se fît apporter par un domestique une boîte de sardines confites et en mit quelques-unes sur son assiette, en prévenant l'honorable compagnie dont tous les yeux étaient braqués sur lui, qu'il croyait devoir obéir aux lois de l'Eglise. A ce mot, un rire général s'élève et les plaisanteries se croisent en tout sens dans la salle du festin. On ne vit pas un seul pli sur le front de Marceau, et en quelques secondes il fut tellement maître de lui-même qu'il eut réponse à tout. Un des plus recommandables convives disait malignement à un voisin : « Vous « refusez une tranche de pâté; auriez-vous aussi « des scrupules de conscience? — Non, înterrom- « pait Marceau, Monsieur C. n'obéit malheureu- « sèment qu'à des scrupules d'estomac... » Au milieu de toutes ces friandises, le commandant du Comte d'Eu prit sa réfection avec des sardines et un bol de lait. Ce trait nous a été raconté par
un des convives que Marceau a ramené à Dieu et qui lui avoué une éternelle reconnaissance.
Le 1er mai 1843, Marceau prit à Brest le commandement du bateau à vapeur le Fulton.
Deux mois après, il reçut ordre de disposer son navire pour recevoir le duc et la duchesse de Nemours, qui devaient arriver le 29 août 1843. « Il faut voir, écrivait-il à cette époque, comme « tout le monde est affairé dans notre ville, comme (( déjà toutes les dames ont pris leurs précautions « pour s'assurer un coiffeur, le jour du grand bal. « Ces pauvres coiffeurs commenceront leur be- « sogne à cinq heures du matin pour ne la finir « qu'à neuf heures du soir, sans qu'on leur ait « laissé un seul instant pour manger. Pourquoi « faut-il qu'on soit si prévoyant pour une fête qui « durera quelques heures et pour beaucoup ne « sera pas une occasion de grand plaisir, et qu'on *« le soit si peu, pour s'assurer une place à cette «. fête éternelle qui ne finira jamais et qui rassa- « siéra tous nos désirs? » C'est ainsi que Marceau, depuis qu'il se fut donné au Seigneur, trouvait Dieu en toutes choses, non à la façon des spinosistes qui font de l'Être Suprême la substance universelle de ce monde matériel , mais à la façon des saints qui voient partout sa Providence et se servent des créatures pour s'élever jusqu'à lui. A ceux qui aiment tout rappelle l'objet aimé.
Le 3 octobre 1843, le général de Rumigny, étant