‹ Auguste Marceau, capitaine de Frégate, commandant de l'Arche d'allianceChapitre 102 sur 178 · LIVRE II. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE V

venu à Brest pour l'inspection des troupes, Marceau lui fît faire, pendant toute la journée, une promenade en mer, par un temps magnifique. Le général parut très- satisfait du commandant du Fulton, et lui fit ses offres de service. Il l'engageamême à lui écrire, toutes les fois qu'il aurait besoin de lui, et ajouta : « Je serais trop heureux de vous obtenir le grade a de capitaine de corvette, et certainement dès a que je verrai le Roi, je lui parlerai de vous, n Marceau remercia le général de sa bienveillance, a 0 monde, disait-il ensuite à sa mère, ô monde, « qu'ils sont malheureux ceux qui mettent en toi « toutes leurs espérances, et prennent tes juge- « ments pour leur règle de conduite ! Voici donc « qu'après avoir été disgracié, pour avoir rempli « mon devoir de manière à mériter plutôt une « récompense, je vais peut-être obtenir de l'a- « vancement, pour avoir fait une promenade de « quelques heures en rade de Brest. Quelle folie de « mettre sa félicité dans la possession de pareils a biens! » M. de Rumigny paraissait extrêmement surpris que le neveu du général Marceau ne fût encore que lieutenant de vaisseau à 37 ans, et pendant cette course à bord du Fulton il parla longtemps dans ce sens. Mais il fut bien plus surpris de trouver le modeste officier très-résigné à son sort, ne se plaignant de personne, et fort reconnaissant de ce qu'on avait daigné, l'année précédente, pensera lui pour le commandement du

yacht royal. « Oh ! que j'ai de grâces à rendre à « Dieu, écrivait Marceau à sa famille , d'avoir tenu « en bride, en cette occasion, mon ambition et « mon orgueil! Autrefois, en entendant un lan- « gage si flatteur, j'aurais fait le magnifique sur « mon grand cheval blanc. Merci, mon Dieu! »

Avant de poursuivre le récit de la carrière militaire de Marceau, arrêtons-nous un instant seulement à laposte. Ici la scène change. Nous ne nommerons personne; car le rôle de l'interlocuteur n'est pas si honorable que celui du général de Rumigny. C'est le 26 septembre 1843. Quel est cet officier debout devant le guichet, portant à la main une petite boîte et demandant avec politesse à l'affranchir, comme objet d'une valeur de trente francs, qui est la plus petite qu'on consentît alors à recevoir? « L'objet contenu dans cette boîte? « demande un Monsieur à. moustaches. — Un cha- « pelet et une médaille. » — Au ton net et posé de la réponse on a deviné Marceau. « Comment, c< reprend d'un air goguenard l'homme à mous- « taches, un pareil objet peut-il valoir trente « francs? » Marceau répond avec calme que son chapelet étant tout modestement en bois ne vaut pas trente francs, mais qu'il consent à lui attribuer cette valeur, afin de payer à l'administration ce qu'elle a regardé devoir être le minimum de port pour de petits objets, autres que des dépêches. Sur ce, le Monsieur riposte qu'on ne re-

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