LIVRE II. — CHAPITRE V
çoit que des objets avant la valeur de trente francs, et que l'administration n'entend pas se donner un soin inutile pour des objets n'en valant pas la peine. C'est son ultimatum. Au fond , ce qui importait à l'administration, c'était bien moins de savoir ce que contenait la boîte que ce qu'elle rapportait, et notre ami se le disait bien. Mais un cbapelet! Comment écouter un homme qui veut
expédier un cbapelet? Et que fit Marceau?
dira le lecteur. Il ne fit rien. Il contint sa colère et son mépris et se retira calme. Le lendemain, il revint, espérant trouver un administrateur moins niais; et trouvant la même figure au même guichet, il se retira encore, calme comme la veille.
Quiconque a connu le brillant officier naguères si élégant, si vif, si tranchant surtout quand il avait raison, admirera encore plus Marceau dans la petite loge de l'homme à longues moustaches et à petit esprit, que sur le Fulton en face du général inspecteur.
Nous tenons le fait d'un militaire plein de foi dont nous avons conservé à dessein la forme incisive.
Quelques mois après (août 1844), Marceau fut envoyé de Brest à Cherbourg pour se préparer à accompagner le roi Louis-Philippe, qui devait visiter la reine d'Angleterre. Son apparition dans cette ville lui valut un chaud protecteur en la personne de l'amiral de la Susse qui avait été en-
Ihousiasmé de sa conduite dans l'affaire du Comte d'Eu. Cet officier général , qu'on sait avoir été un des amiraux les plus exigeants , fit de Marceau et de ses services un tel éloge que le chef d'étatmajor en était stupéfait, et Marceau lui-môme en resta confus. Il se réjouit néanmoins pour la gloire de Dieu, parce que quelques-uns avaient dit, que du jour où il était devenu chrétien, il avait été perdu pour la marine. L'opinion d'un homme si compétent était un éclatant démenti à cette insulte calomnieuse jetée à la face de la religion.
Lorsque pendant un mois, Marceau se fut donné à Cherbourg une peine incroyable pour installer son bâtiment, afin d'être à même d'accompagner le roi Louis-Philippe, tout à coup on lui annonce qu'il ne sera pas du voyage, et on lui enjoint de retourner à Brest et de se préparer à partir pour le Brésil. Au premier moment, il éprouva un vif serrement de cœur, à la pensée qu'après lui avoir imposé un long et rude travail, on le mettait de côté, à l'instant où il allait jouir du résultat. Il était aussi peiné de voir que ce grade de capitaine de corvette lui échappait encore, alors qu'il semblait être en sa possession. « Mais, dit-il, telle « est la volonté de Dieu ; » et cette seule parole commença à calmer son âme; il se résigna. Le lendemain, sa générosité alla beaucoup plus avant. S'unissant à Jésus-Christ dans la sainte communion, il lui demanda « non plus la résignation ,