LIVRE IL — CHAPITRE V
« écrivait-il; dans ce sentiment il y a comme un « regret; et devant l'amour infini de celui qu'on « veut aimer par-dessus tout, doit-il y avoir dans <( l'acte de conformité le moindre regret? » 11 lui demanda la joie du sacrifice, cette joie sincère qu'on doit éprouver, quand on a l'occasion de donner une marque d'amour à l'objet aimé, et il se retira du lieu saint, l'âme toute pleine de bonheur. La lettre qu'il écrivit, en cette occasion, à ses parents, pour les consoler de cette disgrâce, est magnifique. «0 ma bonne mère, disait-il entre « autres choses, et toi ma chère sœur, bénissez « toutes deux avec moi le Seigneur de ce qu'il « nous impose de nouveau cette épreuve conso- « lante pour notre foi. Oui, notre bonheur est « dans la croix, et c'est dans l'envoi des croix « que nous devons surtout reconnaître l'amour de « Dieu. »
Faut-il s'étonner que l'équipage de Marceau qui aurait dû être furieux après tant de corvées inutiles, suivît cette fois encore l'exemple de son chef, et restât calme et résigné? Tant il est vrai que, suivant le langage de l'Écriture, tel est celui qui commande, tels sont ceux qui lui sont soumis. Qualis reclor civilatis, taies et inhabilantes in ea.
Vers cette époque , on fit pressentir à Marceau qu'il prendrait plus tard le commandement du nouveau yacht royal ; il semble en effet qu'on ne pouvait honorablement se disDenser de le lui of-
frir, après sa noble conduite dans l'affaire du Comte d'Eu. « Que la volonté de Dieu soit faite ! « écrivit-il à ce sujet à un de ses amis. C'est une « position qui pourra avoir ses difficultés; mais « Dieu qui m'y placera saura me donner les grâces « dont j'aurai besoin. Aussi, je ne me tourmente « que médiocrement de me trouver là au milieu « de ce beau monde , sinon hostile à notre sainte « religion, au moins indifférent. Ce poste m'a- « vait effrayé l'année dernière. J'admire la bonté « de Dieu qui a voulu que je me fortifiasse, avant « de m'y appeler une deuxième fois, si telle est « sa volonté. »
Ce fut sur ces entrefaites que Marceau envoya sa démission, qui, en de telles circonstances, excita à un si haut point la surprise générale. Nous raconterons dans le livre suivant comment il fut amené à cette étonnante détermination.
Sa foi résumait ainsi la série d'événements que nous venons d'exposer dans ce chapitre : « La « volonté du Seigneur a tout conduit. Si j'avais a été nommé commandant du nouveau yacht « royal avant ma grande résolution, jamais je « n'aurais pu me retirer de ces nouveaux enga- « gements, pour me dévouer aux missions de « l'Océanie. »
En attendant, l'esprit de Dieu le préparait à ces grandes choses comme il prépare tous ceux qui sont fidèles à la grâce, — lui inspirant le des-