L IVRE III. — CHAPITRE I
« évêqued'Amata, de l'ordre des Maristes, Vicaire « apostolique de la Nouvelle-Calédonie, devant « partir pour l'Océanie accompagné de plusieurs h missionnaires de la même société, était retenu « par le manque d'occasion ; aucun bâtiment fran- « çais n'était en partance pour ces contrées Jointe taines, qui n'avaient guère été visitées, jusque- <( là, que par nos baleiniers. "Dans ces circons- « tances, Mgr d'Amata, encouragé par Mgr Affre. « archevêque de Paris (le futur martyr de la cha- « rite!), songea à acheter un bâtiment pour le « compte et le service des missions de l'Océanie « centrale , comme venait de le faire pour celles « de l'Océanie orientale Mgr Rouchouse, évêque « de Nicopolis, de l'ordre des saints Cœurs de « Jésus et de Marie, dit de Picpus. Il fut mis, pour a celte affaire, en rapport avec un jeune négo- <f ciant du Havre, fort zélé, ancien membre de la « conférence de Saint- Vincent de Paul de Saintce Sulpice, fondateur de celle du Havre. Pendant « que celui-ci était en quête d'un bâtiment con- « venable, le gouvernement ayant décidé l'expé- « dition des îles Marquises, promit le passage à « monseigneur d'Amata et à ses coopérateurs.
« Mais les relations du prélat et du négociant « n'avaient pas été de simples relations d'affaires; « ils s'étaient souvent entretenus des intérêts de
être plus authentique : c'est une des raisons qui nous ont porté à en citer de nombreux passages.
a la religion dans l'Océanie, et la connaissance des « besoins de ces missions enflamma en M. N.... « le désir ardent qu'il avait d'y subvenir. Ce de- « vint pour lui une préoccupation constante de « procurer aux ouvriers évangéliques les moyens « de se rendre dans toutes ces îles, et d'y porter « à la fois la connaissance de Jésus-Christ et les « bienfaits de la civilisation. »
Monseigneur d'Amata se rendit à Toulon d'où il devait partir. Les lenteurs inséparables de l'expédition des Marquises le retinrent plusieurs mois dans ce port. Malgré les occasions qu'il trouvait d'exercer son zèle et les consolations multipliées que Dieu lui ménagea au milieu d'une population agitée par sa présence, ce temps lui paraissait bien long, et toutefois durant ce temps, il achevait, à son insu, de préparer la grande œuvre, objet de ses désirs.
Ce fut là en effet que le mouvement de zèle qui se faisait autour de sa personne poussa vers lui Marceau. Voici en quels termes le digne officier rend compte lui-même de cette circonstance : « Dieu qui s'est plu à me combler de faveurs de- « puis le jour où il m'a retiré de l'abîme du ratio- « nalisme, miséricorde inappréciable pour la- .( quelle je ne saurais jamais m'acquitter envers u lui, dussé-je sacrifier ma vie à son service, « Dieu me fit alors la grâce d'entrer en relation « avec Msr d'Amata. »
Ils se lièrent d'une étroite amitié. Tous ceux qui ont connu le prélat missionnaire savent qu'il ne pouvait guère parler que de sa Nouvelle-Calédonie ; dans les autres conversations , il paraissait habituellement comme mort pour ce qui se disait autour de lui. Durant plusieurs mois, il s'entretint fréquemment avec Marceau, et par conséquent de l'unique chose qui l'occupât, pour ainsi dire, sur la terre. Dans les épanchements de son cœur, il lui communiquait les angoisses du supérieur général des religieux Maristes ; l'impossibilité où était celui-ci de secourir ses missionnaires, les difficultés des rapports, la nécessité d'avoir un bâtiment aux ordres de la mission pour aller et venir, sans quoi, ajoutait-il, Vévangélisation de l'Océanie paraissait impossible. Mgr Rouchouse avait dit aussi : «Je tremble pour l'avenir de nos missions « de l'Océanie, si la Providence ne nous fournit « pas quelque moyen de visiter et de secourir à « propos nos Églises naissantes. »
Marceau , tressaillant d'un saint zèle , .adoptait dans son cœur les îles malheureuses qui faisaient l'objet de la sollicitude continuelle de i'évêque d'Amata, et lui offrait ses services, sans savoir encore comment il pourrait lui être utile.
Mgr Douarre partit laissant les choses à l'état de simple désir, mais en partant il se trouva, dit Marceau, avoir a jeté les fondements de l'Œuvre
R de l'Océanie, en intéressant à ses missions, à « 200 lieues de distance , le cœur d'un négociant et « celui d'un officier de marine, étrangers l'un à « l'autre, mais que Dieu saura bien réunir, le jour a où il lui plaira de mettre à exécution ses des- « seins de miséricorde pour les pauvres peuples « idolâtres. »
Bientôt après, en 1841, on apprit, à n'en pouvoir douter, la perte du Marie- Joseph , monté par Mgr Rouchouse et par une vingtaine de prêtres, frères ou religieuses de la congrégation des sacrés Cœurs de Jésus et de Marie. On apprit en môme temps que Mgr Epalle, évoque-missionnaire (nom vénérable qui devait bientôt être consacré par un glorieux sacrifice !), et un certain nombre de Maristes devaient partir prochainement pour l'Océanie. Le jeune négociant du Havre voyant ce qu'avait coûté aux missions de l'Océanie orientale l'essai malheureux de Mgr Rouchouse, se sentit vivement pressé de mettre enfin son projet à exécution et d'armer un navire pour ces parages. 11 en entretint ses amis avec plus d'ardeur que jamais. Ceux-ci, tout en partageant ses sympathies pour ce noble projet, lui faisaient sentir les immenses difficultés, ou pour mieux dire la quasi impossibilité d'expédier des bâtiments dans des contrées si lointaines et offrant si peu d'éléments au commerce. Ils cédèrent toutefois en cette circonstance, pensèrent que le moment était venu de tenter l'entreprise,