‹ Auguste Marceau, capitaine de Frégate, commandant de l'Arche d'allianceChapitre 116 sur 178 · LIVRE III. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE I

ministre de la marine. Bien plus, il reçut l'ordre d'appareiller et de partir immédiatement avec le Fulton, pour le Brésil. (C'était une campagne de deux ans.) Il suppliait Dieu de l'arrêter, si sa volonté était qu'il restât; mais il appareilla en disant : « La Providence s'explique par les obsta- « clés; elle veut que j'ajourne. » Comme il ne cherchait qu'à faire ce que le Seigneur demanderait de lui, il était dans le plus grand calme, embarquant, le 20 octobre 18ii, toutes ses provisions pour cette campagne du Brésil qui lui allait si peu, pressant son tailleur et tous ses autres fournisseurs , et « décidé, disait-il, à pousser au large de- « main, si la volonté de Dieu ne me retient pas ; « mais comptant bien qu'après m'élre abandonné « complètement entre ses mains, il saura me rete- « nir, s'il m'a destiné à coopérer à cette œuvre ! » C'est ce qui arriva : ce jour-là même, de grandes erreurs se manifestèrent dans ses compas (boussoles) qu'il avait rectifiés deux semaines auparavant, et le contraignirent à suspendre son départ. Ce jour aussi, il reçut une lettre d'un membre du comité lui annonçant que de nouvelles démarches seraient faites auprès du ministre de la marine. Marceau, en la recevant, fut rempli de joie, et il se hâta d'apprendre au comité l'accident providentiel arrivé à ses boussoles, a Ces importantes ré- « parations me retiennent forcément ici ; j'y serai

« au moins le temps nécessaire pour qu'une dé- « pêche télégraphique vienne suspendre le départ a du Fulton, et autoriser le capitaine à se mettre « en route pour Paris. C'est donc sans manquer « à mes devoirs, que je resterai à attendre le « résultat de vos démarches. » On lui répondit : « Prenez la malle-poste. — « Je ne puis suivre « votre conseil, répliqua Marceau; dans les cir- « constances où je suis, ce serait de ma part une « grave infraction à la discipline, et je ne veux pas « causer de scandale. Si Dieu me veut, il saura « tout disposer pour aplanir les obstacles. Je suis « prêt à faire tous les sacrifices qu'il lui plaira « d'exiger de moi. » Il disait encore : « Un chré- « tien doit donner l'exemple de l'obéissance. » *I1 ajoutait au comité : « Il me semble impossible « que vous n'obteniez pas pour moi l'autorisation « de me rendre à Paris ; si ce n'est pas du miniso tre ou du Prince , vous le pourrez au moins par « l'intercession de notre bonne Mère du ciel, qui « nous obtiendra bien cette victoire. » Le ministre craignait de perdre un officier de si grand mérite ; il refusa la permission. « Si je le laissais ve- « nir, dit-il à un de ses confidents, il se monterait « la tête et abandonnerait la marine. — Amiral, « vous ne connaissez pas Marceau, lui répondit « celui-ci. Pour moi, je sais qu'il n'est pas homme « à se monter la tête. S'il vient à Paris, il fera

« une neuvaine à Notre-Dame des Victoires avec « le plus grand calme, et ensuite il prendra le « parti que Dieu lui inspirera. »

Enfin le Fulton allait partir; mais la veille du jour où l'on devait lever l'ancre, le marnais temps se déclara et il durait encore, lorsqu'une dépêche télégraphique ordonna de retenir ce bâtiment, et de le disposer pour recevoir le ministre de France à Buenos- Ayres.

Quand Dieu eut ainsi ballotté Marceau pendant plusieurs semaines, et eut en quelque sorte éprouvé par mille vicissitudes contraires que son serviteur n'avait point d'autre volonté, point d'autre désir, que de faire uniquement sa sainte et adorable volonté, il le trouva disposé par cette dernière préparation à l'accomplissement de ses desseins : il les lui fit connaître. Le Comité du Havre écrivit au capitaine du Fulton qu'il fallait renoncer à tout espoir d'obtenir un congé, a C'est à vous de décider « à quand la réalisation de nos projets d'une m)» • « rine catholique pour l'Océanie, ajoutait-il; si « vous croyez pouvoir donner votre démission, « nous sommes disposés à continuer nos efforts ; « si vous tenez à faire votre campagne et à gagner « vos épaulettes de capitaine de corvette, nous re- « prendrons nos projets à votre retour dans trois a ans. d

C'était une grande occasion de générosité ; cette démission, d'un seul coup, faisait perdre à Mar-

ceau le fruit de vingt ans de service dans la marine royale, au moment où il allait le saisir; le laissait sans position, sans état sur la terre, lui enlevait toutes ses espérances , les alliances, les honneurs auxquels il pouvait prétendre ; de plus elle l'exposait à la risée publique, sans espoir de jamais se relever, si le projet venait à manquer, a S'il échoue, « ma démission donnée, disait-il à un officier de <i marine, il ne me reste plus qu'à tendre la main « à la porte d'une église. » Rien ne l'étonna ; il envisagea avec calme et d'un seul regard les conséquences delà démarche qu'on lui proposait.... Voyant, par le dilemme posé dans cette dernière lettre, peser sur lui une responsabilité si grande, il supplia la sainte Vierge, en qui il avait une confiance filiale, de lui faire connaître la volonté du Seigneur, et prit deux jours pour consulter Dieu dans l'oraison. Il sentait bien que l'action qu'il allait faire était, aux yeux de la sagesse humaine , une grande folie ; mais croyant que la Providence le demandait, il s'abandonna à elle , n'hésita pas , et envoya sa démission.

Grâce à Marceau, l'œuvre de l'Océanie vient de naître!... Sans ce noble dévouement, elle n'eût pas existé : car, avant les trois ans d'ajournement révolus , le 24 février 1848 sera là 1

Le ministre fut singulièrement étonné en recevant la démission de Marceau; mais son étonnement se changea en admiration, quand, peu après

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