‹ Auguste Marceau, capitaine de Frégate, commandant de l'Arche d'allianceChapitre 117 sur 178 · LIVRE Iir. — CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE Iir. — CHAPITRE

il entendit le capitaine lui-même exposer les motifs de la détermination qu'il avait prise, et il ne put s'empêcher de dire, au sortir de cet entretien : « Voilà un homme qui ne s'occupe que de son sa- « lut et des pensées éternelles ; il est indifférent « pour toutes les choses de la terre. Et nous, à « quoi songeons-nous , avec toutes nos bagatel- « les ? »

On ne pouvait comprendre qu'un officier de la marine royale quittât un- bâtiment de l'État et une place importante pour prendre le commandement d'un navire de commerce. Un employé du ministère de la marine lui dit : « Mais, Marceau, à quoi « songez-vous? On va vous nommer capitaine de « corvette un de ces jours ! » En se rendant à Brest, il se disait lui-même : «De grosses épaulet- « tes dans la marine royale, ce serait pourtant « bien beau!... » Mais se reprenant soudain et laissant dominer sa foi, il ajoutait : « Hochets de « la vanité que tout cela! » Un de ses amis, qui était incrédule, lui dit aussi : « Mais tu as perdu «la tête, Marceau. — Oui, lui répondit-il, « humainement parlant, j'ai perdu la tête ; mais « j'espère que, par la foi, ma folie deviendra sa- « gesse; car je travaille parla foi et pour la foi. » Celui-ci, malgré son irréligion, ne put s'empêcher de répliquer : « Oh ! puisque c'est par la foi et a pour la foi que tu agis, Dieu sera avec toi. » Cette parole, sortie d'une bouche si peu habituée

à en proférer de pareilles, encouragea beaucoup Marceau.

Les officiers de la marine de guerre savent quel courage il fallut à notre ami pour passer, lui officier, sur un navire de commerce. Afin d'en donner une faible idée à ceux qui ne sont pas au courant des habitudes militaires, nous laisserons la parole à un commandant, a II y a très-peu de « temps, nous écrivait-il quelques mois après la « première édition de eette biographie, je me « trouvai à un grand dîner avec un homme fort « bien selon le monde, seigneur puissant dans un « ministère de Paris. Sachant que j'avais été maa rin, il me fit l'honneur de m'entretenir presque a seul pendant toute la soirée. Parmi les connais- « sances qui pouvaient nous être communes, il « me cita Marceau. Si vous aviez vu quel profond « et inexprimable mépris se peignit sur ses traits, « quand, après avoir rendu justice complète aux a talents et aux mérites de notre officier, il ter- « mina ainsi : a Croiriez-vous, Monsieur, que je « l'ai vu au Havre commandant un navire de com- » merce ! »

Cependant le ministre de la marine, l'amiral de Mackau, à qui l'on doit le rétablissement des aumôniers sur les bâtiments de l'État, touché de la générosité d'un homme qui abandonnait tout pour Dieu, et ne demandait rien après vingt ans de service, ne voulut pas accepter sa démission.

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