LIVRE III. — CHAPITRE I
Par décision royale, le congé qu'on avait cru devoir refuser à Marceau , lui fut accordé , avec la même solde et les mêmes droits à l'avancement que s'il était en activité. « Dieu, disait Marceau, « en me faisant l'objet d'une pareille faveur, a « voulu rappeler qu'il est toujours disposé à rem- (i plir sa divine promesse : Cherchez d'abord le « royaume de Dieu et sa justice, et le reste vous u sera donné par surcroît. »
Le marin dès lors oubliant ce qui était derrière lui, comme saint Paul, s'employa tout entier à l'œuvre à laquelle il se vouait, et il ne parut plus vivre que pour elle.
Quand la mère de Marceau apprit que son cher •fils, la gloire et la consolation de ses vieux jours, son honneur et son espérance après Dieu, avait donné sa démission, elle se montra digne de lui. « File aimait mieux voir son enfant bien-aimé, le « dernier sur le martyrologe , que le premier sur « la liste des amiraux. »
Marceau a Paris. — Nous devons à l'obligeance du commandant Le Bobinnec les détails qui vont suivre. Nous lui laissons la parole.
« Marceau était à Paris ; je me trouvai chez lui « quand il vint chez moi. Pour jouir de sa compa- « gnie et de ses entretiens, je pris le parti d'aller u prendre un logement à l'hôtel qu'il habitait.
« En France , assez souvent des hommes d'é-
« nergie onl armé et fait des expéditions loin- « taines. Je ne sache pas que jamais ces naviga- « teurs intrépides aient négligé, en voulant ce « qu'on appelle tenter la fortune, de s'assurer du « puissant appui du gouvernement. Un marin qui « connaît le nombre et la qualité des hommes « dont l'État dispose, qui connaît ses observatoi- <c res, ses arsenaux, qui a pu visiter les immenses « approvisionnements de la marine, sait qu'un « secours accordé à une expédition personnelle ou particulière ne saurait nuire au service. Il « sait du reste que les secours accordés ne sont « souvent en partie que des emprunts, et qu'en h définitive , presque toujours les résultats d'une a campagne, comme celle qu'avait en vue Mar- '( ceau, les paient généralement et largement par « les connaissances et les renseignements obtenus, « toujours transmis à la marine. Il était du devoir u de notre ami, dans son entreprise del'Océanie, « de ne point négliger les grandes ressources que a pouvait lui fournir l'État. Il prit donc parfaite- « ment connaissance de tout ce que, dans des « armements pour des expéditions sérieuses, les « capitaines du commerce avaient demandé et ob- « tenu : fort de précédents invariables, il formula « nettement sa demande et pria le nouveau mite nistre de la marine qui venait de succéder à (( l'amiral de Mackau d'appuyer la requête dans <( les conseils du roi.