LIVRE III.— CHAPITRE I
« La réponse du gouvernement fut négative.
« Les pauvres gens, me disait Marceau, le « 3 mars 1845, que ceux qui ne sont pas éclairés « par les lumières de la foi, et qui par cela seul « sont aveugles sur le sort de la France ! Ce n'est « pas, vous le pensez bien, que j'imagine que « notre entreprise soit une ancre de salut ; mais « il en est pour tous les autres intérêts comme « pour celui qui se trouve en jeu dans notre af- « faire; en somme, l'intérêt général se compose « de la réunion de tous les intérêts secondaires. »
« Peu surpris de ce résultat, Marceau crut de- « voir tenter de nouveaux efforts. Personne n'en- « trait plus librement que lui au ministère de la « marine à quelque moment qu'il lui convînt de « s'y présenter. L'amiral alors ministre con- « naissait personnellement Marceau, il l'aimait « beaucoup et rendait complète justice à son « mérite. Il l'accueillait avec d'autant plus de « bienveillance, qu'il voulait l'engager à renoncer « à l'entreprise de l'Océanie et à servir dans la « marine militaire. « Rentrez parmi nous, lui « disait-il; vous pouvez nous rendre de grands « et beaux services : choisissez un navire , parmi <( ceux dont vous pouvez avoir le commandement, « je vous l'accorde. Puis-je mieux? Je vous offre « même de choisir la station qui vous convien- « dra. » Tout ce qu'il est possible d'étaler de plus « séduisant fut mis aux pieds de Marceau. A tout,
« notre ami n'avait qu'une seule réponse : « J'ai « bien mieux que tout ce que vous m'offrez. r>
« Puisil revenait invariablement à ses demandes « ordinaires. « A telle époque, disait-il, le mi- « nistère a accordé à tel capitaine du commerce « tous les secours que je sollicite. Ce capitaine « n'avait commandé que des navires marchands; « il vous offrait donc moins de garanties que moi (( qui appartiens à la marine militaire, et que « l'État a plusieurs fois honoré du commande- « ment de ses navires. Ce capitaine n'armait que « pour satisfaire des intérêts personnels et maté- « riels, et vous n'ignorez pas que mon but à moi « est un but de civilisation chrétienne. »
« Un jour il terminait ainsi l'entretien : a Ami- « rai, à toutes mes demandes vous ne répondez « que par un refus formel; je m'attendais à ces « refus du gouvernement; mais j'ai regardé comme « un devoir de m'exposer à les subir. Amiral, « j'en suis fâché pour vous. »
« Cette froide expression de sa pitié pourrait « paraître amère. Certes , notre ami, avant que « la lumière se fît dans son âme, grâce à son « intelligence rare, à ses connaissances spéciales « et surtout à son orgueil , avait quelquefois man- « que au profond respect dû à l'autorité. Mais « ici, dans ses rapports avec le gouvernement de « Louis-Philippe , Marceau , libre et appuyé sur la « vérité et la justice , ne paraissait grand que par