PRINCIPES ET CONDUITE DE MARCEAU AVANT SA CONVERSION
L'indifférence religieuse de Marceau se changea de bonne heure en hostilité. Il avait rencontré des hommes qui, au lieu de se servir de leur autorité et de leur haute position sociale, pour faire respecter la religion, par un renversement déplorable, semblaient ne regarder cette religion sainte que comme un moyen de gouvernement; il en remarqua qui se couvraient du masque de la piété pour parvenir; et par une erreur condamnable, ordinaire aux jeunes gens et à ceux qui sont mal disposés, il attribua à la chose ellemême l'abus qu'on en faisait, et à la société entière de l'Église la faute de quelques hommes qui, dans le fond, n'étaient pas même chrétiens. Il conclut avec indignation qu'une religion pareille ne pouvait être la véritable, et lui voua son mépris et sa haine (1). A peu près à la même
(1) L'homme est toujours homme; mais un État où la religion et la vertu sont tellement en honneur que le vice est obligé d'en prendre les dehors pour êlrc bien venu, nous paraîtra toujours préférable à celui où, pour plaire aux princes, il faut se montrer incrédule, rationaliste, immoral. Honte à l'hypocrite qui trafique de la piété ! mais honte mille fois au
époque il fut abordé ,par un des chefs du saintsimonisme, et comme il avait l'âme naturellement généreuse, il fut, ainsi que bien d'autres, séduit par les mots d'humanité, de philanthropie, de progrès... brillant mirage d'utopies creuses. Pendant dix-huit ans il a été un des principaux coryphées de cette secte, et il en prêchait les doctrines avec exaltation.
« Plus tard je reconnus, nous disait-il, qu'au «fond de tout cela, il y avait bien des misères, « et mes illusions ne durèrent pas longtemps. Un « jour j'entendis un des principaux de la secte « tenir des discours d'une licence effrénée. Mes « autres compagnons n'étaient pas tous des anges « non plus, et cependant on était plus réservé « devant moi. J'ai eu mes faiblesses comme les « autres; mais mon caractère répugnait au cy- « nisme du libertinage. On le savait. On savait « encore qu'il ne fallait pas trop me contra- « rier (1). »
Il était aussi effrayé du vide de tous ces systèmes, et quelqu'un l'ayant prié plusieurs fois de formuler ses opinions religieuses : « L'embar-
gouvrrnement qui se met en révolte ouverte contre Dieu, et corrompt ainsi le corps social tout entier!
(1) En 1858, un des chefs de la doctrine saint-simonienne écrivit au R. P. Félix au sujet des Conférences prêcliécs à Notre- Dame sur la mortification et l'humilité. Il déclare dans cette lettre que le corps est l'égal de l'âme, et que tes plaisirs des sens sont aussi légitimes que les plaisirs de l'esprit!!!