‹ Auguste Marceau, capitaine de Frégate, commandant de l'Arche d'allianceChapitre 123 sur 178 · LIVRE III. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE I

Voilà où en était l'œuvre , quand Marceau fut député à Lyon. Il est nécessaire de le savoir pour bien apprécier la part qui lui revient dans son établissement, la situation où il va se trouver, la force d'ârne dont il aura besoin , et les grandes vertus que Dieu lui a donné l'occasion et la grâce de pratiquer dans ce voyage.

Lorsqu'il arriva, cette ville était sous une impression défavorable; le négociant du Havre s'y était montré trop pressé, et il devait l'être , lui à la tête d'un grand commerce, lui père de famille; l'officier recueillit les humiliations et les roideurs qui devaient découler de cette impression. Sa marche fut celle d'un homme de Dieu. Quoique ayant des ordres formels de se hâter, Marceau se hâta lentement; il était convaincu qu'il vaut mieux ne pas se presser et arriver, que de faire avorter un projet par des mesures précipitées, qui inspirent toujours une certaine défiance aux esprits graves et réfléchis, et les tiennent au moins sur la réserve.

11 commença par se mettre en rapport avec la société de Marie et avec le père Colin , supérieur de cette société, intéressé plus que personne aux entreprises de zèle qui regardaient l'Océanie. Celui-ci connaissait déjà Marceau par les lettres de Mgr Epalle. Le prélat qui avait été forcé de partir par la voie d'Angleterre, à cause des nécessités detsa mission, avait vu et entendu Marceau, avanL

de s'embarquer, et avait très-bien auguré de sa coopération dans cette œuvre. « C'est l'homme « qu'il nous faut », avait-il écrit. Bientôt le supérieur général des Maristes jugea par lui-même de ce que lui avait annoncé le vicaire apostolique de la Mélanésie. II ne pouvait s'empêcher de dire : « Voilà un militaire qui nous donne de grandes a leçons de générosité. »

A Lyon, le lieutenant de vaisseau se lia d'une amitié étroite avec un prêtre Mariste de son âge (le père Eymard) , auquel il ouvrit dès lors, soit de vive voix, soit par lettres , son âme tout entière. Il le prit même pour son directeur. Nous avons puisé à celte source authentique , vénérable et si chère, de précieux renseignements.

On ne peut se figurer quelle opposition Marceau rencontra dans cette ville. Ceux qui l'avaient envoyé voulaient qu'il n'y passât que quelques jours; il resta plusieurs mois. Ce qu'il y avait de plus décourageant dans ces oppositions (si son âme forte avait pu se décourager), c'est que c'était moins des contradictions que de l'inertie et une espèce de lassitude. Mais la foi et l'amour triomphent de tout. L'homme de Dieu priait continuellement.

Voyant toutefois que le Seigneur paraissait sourd à ses prières, et que ses efforts 'auprès des hommes ne réussissaient pas, il résolut de vaincre le ciel par un coup oVÉtat, de fléchir Dieu au prix

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