‹ Auguste Marceau, capitaine de Frégate, commandant de l'Arche d'allianceChapitre 124 sur 178 · LIVRE III. - CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE III. - CHAPITRE I

d'un sacrifice. Il prend son chapeau et ses boites d'une main, son chapelet de l'autre, et, le regard baissé modestement comme un pénitent, il gravit nu-pieds, à huit heures environ du matin, la longue montée qui conduit au sanctuaire vénéré de Notre-Dame de Fourvière. Les âmes d'élite en furent édifiées; les chrétiens ordinaires durent trouver de l'exagération dans ses vertus ; les impies et les mondains auraient ri de cette action , s'ils en avaient eu connaissance. Pour lui, ne faisant rien pour les éloges, ne s'inquiétant pas des blâmes, il se tournait entièrement du côté du ciel. Son ami, ayant été informé de son pèlerinage par une personne qui l'avait rencontré, lui dit : « On me rapporte de vous , cher ami, quelque « chose de nouveau; qu'avez-vous fait?» MaTceau le lui raconta avec simplicité. « C'est l'amour- « propre, ajouta-t-il, qui a fait tout mon mal- « heur; il faut que j'écrase l'amour-propre. » L'ecclésiastique lui répondit : « C'est bien pour « une fois; mais promettez-moi de ne pas y re- « venir, sans ma permission. — Je vous le pro- « mets, Père. »

Vingt-deux ans plus tard , nous trouvâmes à Chartres un homme mûr qui se souvenait fort bien d'avoir vu Marceau à Fourvières à genoux, au bas de l'église , et pieds nus. Il nous ajouta qu'il l'avait pris pour un fou. « Non , lui répondit quel- « qu'un, c'est un saint!» Cette apparition, son

jugement d'alors, la réplique s'étaient gravés dans son esprit.

Cependant le pieux serviteur de Marie montait sans cesse au béni sanctuaire, et quand il avait le libre choix de ses dévotions, il n'aimait pas à les faire ailleurs que dans cette chapelle si célèbre par les grâces qu'on y obtient. Il y communiait , dit-on, tous les jours. Le bruit de ses vertus se répandit peu à peu, et plusieurs personnes montaient à Fourvière pour le connaître. La sainteté se trahit par l'odeur qu'elle répand , et ce parfum attire les amis de Dieu.

Ses conversations aussi ne respirant que la foi la plus pure, que l'espritpropre de l'Évangile, pénétraient les cœurs , et de vertueux négociants, modèles de la cité, disaient : « Qu'il fait bon s'entretenir avec un tel homme! Quand on le quitte, on se sent meilleur. »

De plus, dans ses rapports, il donnait de grandes preuves de prudence, de capacité, de sagesse; sa tête était aussi calme que son cœur était ardent; il ne faisait pas parler l'enthousiasme ni l'imagination, mais il échauffait par la foi. Ainsi on commença à prendre confiance en lui; et la confiance qu'on avait en sa personne passant insensiblement à l'œuvre qu'il patronnait, on l'écoutait avec bienveillance, on le secondait un peu, mais toujours lentement.

Remarquons-le à la gloire de celui qui aime à

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