LIVRE III — CHAPITRE I
opérer ses œuvres par ce qu'il y a de plus faible : dans le principe ce ne furent peut-être pas les hommes éminents et influents de la cité qui adoptèrent avec le plus de chaleur ce noble projet, et prirent le plus à cœur de le faire réussir; Dieu, dit-on, se servit surtout de ce sexe si faible par sa nature, si généreux souvent par sa charité.
Il y eut aussi de bien beaux traits. Comme on contribuait à cette entreprise non plus par souscription, mais en prenant des actions de cinq cents francs, on vit dans les pensionnats de jeunes élèves se cotiser pour pouvoir être actionnaires. Dans un collège célèbre, la classe de rhétorique, composée seulement d'une douzaine de jeunes gens, aurait pris une action, si la prudence des supérieurs, dépositaires de l'autorité paternelle, ne fût intervenue. De pauvres filles , qui avaient fort peu de ressources, apportaient leurs cinq cents francs au trésor commun, en disant qu'il fallait un peu se gêner pour la propagation de l'Évangile, et forçaient les répugnances de ceux à qui elles les offraient. Un bon jeune homme, mal partagé des biens de la fortune, se fit actionnaire; plusieurs donnèrent à condition qu'ils ne seraient pas connus; un autre déjà chargé d'un frère, et qui lui-même avait parfois besoin d'être assisté, vendit des objets à son usage pour réaliser une somme et contribuer au bien. Nous pourrions multiplier ces détails, et montrer que, si les per-
sonnes aisées ouvrirent avec libéralité leur bourse, les gens de médiocre condition et même des pauvres rivalisèrent avec elles.
Voilà ce que produisent dans toutes les classes le sentiment de la foi et du zèle, excité parla vue et les paroles d'un homme qui avait tout quitté pour Dieu.
Cependant le pieux officier, qui était logé à l'hôtel , exprima son désir de venir vivre au milieu desMaristes; une maison de retraite lui paraissait beaucoup plus propre à sa nouvelle vocation. 11 ne tenait d'ailleurs plus au monde que par l'habit dont il était revêtu. Il fit cette demande avec tant d'instance, qu'on ne put lui refuser l'entrée de la maison-mère. Ces Pères ont estimé que Dieu leur avait fait une grâce précieuse en mettant sous leurs yeux, pendant plusieurs mois , un si beau modèle.
La piélé véritable est toujours fondée sur l'humilité, et plus cette piété est élevée, plus l'humilité qui lui sert de base est profonde. Celle de Marceau ravissait les prêtres de la société de Marie. Il était avec eux simple comme un enfant , toutes les fois qu'il ne s'agissait pas d'affaires; il leur parlait chapeau bas; et sa politesse exquise, la distinction de ses manières, empruntaient de sa foi une couleur religieuse, un air de vénération et de saint abaissement qui était un sujet de confusion pour ces ecclésiastiques; il faut avouer que le